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Les petites filles chaussent leurs crampons

11 octobre 2018

Tous les mercredis, les Pitchounettes de l’AS Musau, âgées de 4 à 8 ans, s’entraînent au football. Dans ce club situé à la frontière du Neudorf et du Neuhof, c’est dès le plus jeune âge que ces petites filles se dirigent, d’elles-mêmes, vers ce sport.  

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Stade de la Musau, le 10 octobre. Comme les plus grandes, les Pitchounettes de l'AS Musau terminent chaque entraînement par un match.

Elles sont hautes comme trois pommes, pourtant elles s’entraînent sans relâche. Les Pitchounettes de l’AS Musau ont commencé leur initiation au foot début septembre. Agées de 4 à 8 ans, elles sont une petite dizaine à se retrouver au stade tous les mercredis après-midi. Le club recrute dans son quartier d'origine, Neudorf, mais aussi au Neuhof.

Avec le Racing, l’AS Musau est l’un des rares clubs, depuis une vingtaine d’années, à proposer des équipes uniquement féminines. « Plus elles commencent jeunes, plus elles acquerront les bases du football et continueront à le pratiquer », analyse Julie Richard, l’entraîneure des Pitchounettes.

Depuis cinq ans seulement, le club propose une équipe pour les petites filles. Et chaque semaine depuis la rentrée, de nouvelles recrues viennent s’essayer à ce sport. Le club permet aux aspirantes footballeuses de venir tester deux à trois fois avant d’adhérer – 85 euros par an. Ici, environ un tiers des licenciés sont des filles. « Elles ont envie de jouer comme des garçons, mais comme c’est un sport dit "masculin", les parents ont du mal à les inscrire, remarque Estelle Moutinho, joueuse et secrétaire générale de l’AS Musau. Ils préfèrent qu’elles fassent de la danse ou un sport "féminin". Mais petit à petit les mentalités évoluent et il y a de plus en plus de filles dans les petites catégories. »

Convaincre les parents

« L’idée d’imaginer sa fille jouer avec des garçons fait peur, alors qu'une équipe féminine rassure », poursuit Estelle Moutinho. Le club met en avant ses équipes non-mixtes pour attirer les parents. Mais pour ceux qui ont déjà sauté le pas, il était naturel que leur fille fasse du foot. « Elle regarde toujours les matchs à la télé et c’est elle qui a choisi d’en faire, pas moi. J’ai l’espoir qu’elle deviennent une grande joueuse, elle dribble déjà très bien ! » répond fièrement Ihmed en regardant sa fille de 7 ans s’entraîner.

De même pour Sarah, aussi du Neuhof, 8 ans, qui teste pour la première fois le football. « Elle a un cousin qui joue au foot, elle le regardait souvent faire, mais c’est la première fille de la famille à en faire, raconte Robert, son grand-père. Il ne faut pas hésiter à diriger les filles vers tous les sports. »

Pour d’autres, c’est presque une tradition familiale. Tina va avoir 7 ans et a commencé le foot cette saison. Elle suit le parcours de ses deux grandes sœurs, Elena, 11 ans et Emma, 13 ans, elles aussi footballeuses. « C’est une passion familiale, entre le père et nos trois filles, raconte leur mère. Mon mari regarde régulièrement les matchs à la télé, mais ce n’est pas lui qui les y a poussées. Les deux grandes ont découvert ce sport à l’école, lors d’une journée d’initiation et maintenant ça fait huit ans qu’elles en font. » Et tous les mercredis, c’est 100% foot pour leur mère, qui vient assister toute la journée à leur entrainement.

« Nous on essaye de faire comprendre qu’il n’y a pas de sport pour les filles ou pour les garçons et que tout le monde peut pratiquer l'activité qu’il veut », promeut Julie Richard.

Prochain objectif pour le club : avoir une équipe complète dans chaque catégorie d’âge. « Si on atteint déjà ce but-là et qu’on permet aux filles de rester toute leur jeunesse au club, c’est déjà pas mal. On n’arrivera jamais à une parité totale », reconnaît Estelle Moutinho. Les filles se mettent peu à peu au foot, mais l’écart avec les garçons reste très important : selon les chiffres du ministère du Sport, dans le Bas-Rhin, seuls 6,6% des licenciés de foot âgés de 5 à 9 ans sont des filles…

 

Mercredi 10 octobre, les Pitchounettes de l'AS Musau se sont entraînées au football sous le regard de leur coach Julie Richard.

Camille Wong et Stefanie Ludwig

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