Un rythme difficile à tenir
Ces horaires nocturnes ont des conséquences sur la santé. Côté alimentation, trouver son rythme n’est pas une mince affaire : “J’en ai pas mal souffert, souligne Sylvain Trotignon. À quelle heure tu manges, en quelle quantité... On se bousille vite l’organisme. Quand on rentre, soit on mange des pâtes comme d’habitude, soit c’est McDo, et là ça devient compliqué.” Pour tenir, le gérant essaye de garder la forme en allant à la salle de sport deux fois par semaine.
Transmettre son entreprise et son savoir-faire peut relever du défi. La preuve avec un garagiste, un armurier et un tapissier.
La micro-forêt de Wolfisheim située le long du canal de la Bruche. © Nina Brulaire et Robin Grange
Des horaires nocturnes contraignants qui offrent l'avantage d’échapper aux embouteillages. En voiture ou à moto, le patron et les employés habitent tous dans un rayon de six kilomètres et arrivent en quelques minutes à L’Authentique.
Leurs conditions de travail ont beaucoup évolué au cours des trente dernières années. “En boulangerie, on était les champions du monde [de la pénibilité]”, souligne le gérant. Avant l’arrivée de machines programmées, les boulangers démarraient généralement à 20h. Aujourd’hui automatisées, elles permettent de planifier la poussée des pains et viennoiseries. Cette avancée considérable en fait “un métier plus conventionnel”, selon Sylvain Trotignon.
Nina Brulaire et Robin Grange
À l’échelle des émissions de Pampers, la compensation par cette micro-forêt semble marginale. L’efficacité d’une telle initiative dépend essentiellement de son entretien. "Au moment où les plantes vont mourir, elles vont libérer le CO2 qui a été stocké. C'est un stockage qui est temporaire pendant la croissance", décrit Renaud Toussaint, directeur de l’Institut Terre et Environnement de l’université de Strasbourg. Par ailleurs, les indicateurs donnés par les entreprises de reforestation se basent sur des données scientifiques encore ténues. Renaud Toussaint rappelle que l’action reste avant tout symbolique : "Un agriculteur avec des haies va avoir un impact plus fort que ça."
Greenwashing ? N’en parlez surtout pas à Mathieu Verspieren. "Pampers ne m’a pas demandé de les mentionner sur le panneau d’information. Les entreprises essaient de faire leur part", défend-il avec conviction. Et Laurence Meyer de renchérir : "Il vaut mieux que les entreprises fassent ça plutôt que d'aller créer une mine dans le sud de l'Afrique."
Concernant le sommeil, les boulangers ont leurs propres habitudes : “Je travaille jusqu’à 10h puis je dors deux heures l’après-midi, raconte Sylvain Trotignon. La motivation la plus dure à trouver c’est au réveil de la sieste.” Pour Théo, la fatigue accumulée se fait sentir “surtout en fin de semaine”. Chose rare pour les boulangers, cet artisan dispose de son week-end, mais pour le reste de l'équipe le repos s'étend du dimanche au lundi.
L'équilibre social mis à rude épreuve
Eliot Carlier, 21 ans, apprenti à L’Authentique avec les Compagnons du devoir*, y trouve son compte. Vivant dans la résidence des Compagnons à Strasbourg, sa vie sociale est bien remplie, entre après-midi libres et quelques fêtes. De son côté, Sylvain a coupé les ponts avec certains amis mais s’en est fait de nouveaux. “Le plus compliqué, c’est dans la vie de couple, c’est chaud à accorder quand l’autre ne fait pas le même métier.”