“Tout le monde ne peut pas se déplacer”, avance de son côté Jean-Pierre. Garé au point de collecte rue de la Chênaie, il s’empresse d’enfiler son gant pour vider son bac avant de décamper, sans quoi son rendez-vous de kiné sera annulé. Promenant son chien dans le quartier du Bois Romain qu’elle sillonne depuis quarante ans, Isabelle Simon trie “dans la mesure du possible”. “Les cartons, je les mets dans la voiture quand j’ai prévu de passer devant [les bennes] mais les petits déchets comme les pots de yaourt, je les jette normalement”, confie la retraitée.
Canettes, conserves, journaux… Munie de son cabas, Séverine Sommer jette consciencieusement ses déchets dans la benne jaune du cimetière d’Eckbolsheim. Habitante de la commune depuis quatre ans, elle se rend au lieu de collecte trois fois par mois. C’est l’un des sept points d’apport volontaire où les Eckbolsheimois peuvent déposer leur tri. “Je ne comprends pas trop, je trouvais ça tellement pratique à Schiltigheim d’avoir sa poubelle jaune”, s’indigne-t-elle. Cet éloignement l’oblige à avoir un cabas supplémentaire dans sa cuisine pour stocker les emballages.
“Tout le monde ne peut pas se déplacer”, avance de son côté Jean-Pierre. Garé au point de collecte rue de la Chênaie, il s’empresse d’enfiler son gant pour vider son bac avant de décamper, sans quoi son rendez-vous de kiné sera annulé. Promenant son chien dans le quartier du Bois Romain qu’elle sillonne depuis quarante ans, Isabelle Simon trie “dans la mesure du possible”. “Les cartons, je les mets dans la voiture quand j’ai prévu de passer devant [les bennes] mais les petits déchets comme les pots de yaourt, je les jette normalement”, confie la retraitée.
À Eckbolsheim, les particuliers se déplacent pour jeter leurs déchets en points d’apport volontaire. En mai 2025, l’Eurométropole de Strasbourg a voté : la poubelle jaune individuelle arrivera dans la ville en mars 2027.
Les contrôles sont fréquents, au point que les forces de l’ordre deviennent des “potes”. Taxes, mise en conformité, systèmes de sécurité, vérifications : “Beaucoup s'imaginent qu'on ne fait que tirer toute la journée, qu'on mange flingue, qu’on pisse flingue, qu'on dort flingue. Non, non, non. C’est 90 % d’administratif, 9 % d'armes et 1 % d’essais.” Une contrainte qui serait impossible à assumer sans la passion et l’histoire familiale. La nouvelle génération est en marche, Adrien est devenu papa en 2024. Il a déjà offert à son fils sa première carabine !
Les licences de vente et de fabrication posent aussi problème. Elles sont nominatives et à vie : si les parents décident de partir à la retraite, leurs licences les suivront. Adrien et Émilien ont donc entamé les démarches d’obtention. Émilien lève les yeux au ciel : “J’ai les compétences et je travaille dans une armurerie depuis dix ans, mais le dossier prend quand même un minimum de cent heures à remplir.”
Mais les deux frères se heurtent tout de même à quelques difficultés pour reprendre l’affaire. “C'est pas un héritage, c'est une malédiction”, rigole Adrien qui raconte les désaccords sur l’entrée d’armes modernes au catalogue. Son grand-père vendait encore des arbalètes quand il propose aujourd’hui des armes électroniques à la pointe de la technologie qui n’ont “même plus de poudre”. La passion de la famille Recht évolue à chaque génération.
Au fin fond de la zone d’activité d’Eckbolsheim, une boutique détonne : Osez Pilirose. Repris il y a deux ans par une employée, ce sexshop fréquenté par une clientèle masculine et âgée vient de nouer une collaboration avec une sexothérapeute et une organisatrice de soirées libertines.
À 60 ans, Nicolas Schwarz se dit prêt à mettre fin à trente-trois années d’activité : “Le temps qu'il me reste à vivre, je vais essayer de le passer avec mon épouse. C'est une page qui se tourne, mais elle doit se tourner.” Face à son regard quelque peu désabusé sur son métier, ses enfants ont renoncé à l’idée de perpétuer la tradition.
La philosophie du grand-père inspire Adrien, qui tient actuellement la boutique avec son frère, tandis que leur père et leur oncle restent propriétaires. Il se dit fier de cet héritage familial : il a grandi avec l’armurerie et ses “tireurs”, comme il les appelle, dont certains sont déjà clients depuis quatre générations.