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À Samut Sakhon, les moules - molusques épargnés par le tilapia - sont de plus en plus pêchées. © Anouk Seveno

Des entreprises qui s’adaptent aux pressions internationales 

Thai Union, leader mondial de la mise en conserve du thon – qui détient notamment Petit Navire et Parmentier – a réalisé un chiffre d’affaires de 132,72 milliards de bahts (3,51 milliards d’euros) en 2025. Malgré les puissants moyens financiers et politiques dont disposent les grosses entreprises, reste une contrainte forte : la pression internationale. En 2014, une enquête du Guardian, en parallèle d’autres médias,révélait que l’entreprise CP Foods se fournissait via une chaîne d’approvisionnement alimentée par des bateaux esclavagistes, profitant de la main-d’œuvre de migrants, pour la plupart birmans ou cambodgiens. D’autres entreprises prospéraient aussi grâce à ce système illégal.

Un an plus tard, la Commission européenne adressait un carton jaune à la Thaïlande pour ces pratiques de pêche illicites. La menace d’un arrêt des échanges commerciaux avec la zone européenne, couplée d’une forte pression états-unienne, a poussé le pays à lutter contre ces pratiques. Le gouvernement a ainsi investi plus de 80 millions d’euros dans la transition du secteur, supprimant les bateaux non conformes et mettant en place un système de traçabilité pour lutter contre les sorties en mer non déclarées. En 2019, face aux progrès réalisés, l’UE a retiré sa sanction et négocie actuellement un accord de libre-échange avec la Thaïlande.

Pour la première fois de l'histoire des délocalisations, le Cuej a exploré la capitale de la Thaïlande, Bangkok. À travers 17 reportages, la mégalopole se dévoile comme une cité bouillonnante, forte d’une identité multiculturelle qui lui est propre, mais confrontée à des enjeux majeurs pour son avenir.

Rangsan Kaendaeng pêche depuis ses 15 ans. Au fil des années, il a observé la chute de la biodiversité dans le golfe de Thaïlande. © Eva Lelièvre

Pas question de se laisser faire pour autant : à Bangkok, ils sont nombreux à se battre à leur échelle. Mais au sein de cette cité assourdissante, impossible de les entendre. L’enjeu est de taille, et le rouleau compresseur n’est pas près de faire marche arrière. Quitte à laisser sur le bas-côté ceux qui ne suivent pas le mouvement.

Moncef Arbadji

Et pour ces gens ? Ceux qui doivent continuer à travailler après la retraite par manque d’argent ? Qui ne souhaitent plus avoir d’enfants au vu de leurs conditions de vie ? Qui peinent à se faire accepter depuis leur arrivée ? Face aux problèmes qu’on ne devine pas sur le visage des principaux concernés, la peine est discrète. Beaucoup n’y répondent pas par les mots. Pour eux, l’issue, c’est de s’adapter. « Tant qu’on est en capacité de le faire, on travaillera », prônent certains, sourire en coin, comme une forme de mantra.

Sur ce point, ça va de mal en pis : le conflit irano-américain fait monter les prix de l’énergie et alourdit les coûts du quotidien. Le tourisme, autre secteur vital pour la bonne santé financière du Royaume, accuse aussi le coup. Pour s’en sortir, même logique : la Venise de l’Est se rêve reine du progrès et mise gros sur le numérique.

Moins de ressources naturelles, donc. Elles forment pourtant le tronc d’une Thaïlande qui peine à croître, et dont les racines continuent de nourrir la vie des Bangkokois alors que les branches prennent des directions opposées.

Une partie de ceux qui font cette ville avance à toute allure. Les autres, à reculons. Ils voient leurs filets de poissons s’alléger, le cours du riz fluctuer et leurs habitations disparaître. La faute à une ville en quête de modernité et toujours plus gourmande, dont l’expansion semble être sans limites. Avec ce goût prononcé pour le neuf, on voit les gratte-ciel jaillir de terre et regarder de haut les temples ancestraux installés quelques mètres plus loin, censés incarner l’âme de la capitale.

À plein régime. Que ce soit depuis les larges routes sur lesquelles rugissent les moteurs à toute heure, le long des ruelles sillonnant les quartiers vibrants, ou de part et d’autre des cours d’eau qui traversent les grands ensembles, un vacarme se dégage. Mais au milieu de la cacophonie de Bangkok, mégalopole survoltée de plus de 10 millions d’habitants, beaucoup ne tiennent pas la cadence.

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