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Les deux pieds à l’intérieur d’un pneu de vélo crevé qui fait office de cercle, Noo se prépare à tirer la boule de son adversaire, trop proche du cochonnet. Le regard fixe, le poignet à 90 degrés, les genoux légèrement fléchis. Ses deux premières passent à côté, laissant une trace sur le terrain de gravier. L'équipe adverse souffle. La troisième tape dans le mille, elle envoie paître celle de l’opposant à l’autre bout du terrain. « Noo est le meilleur, son lancé est très précis », commente Serm, 75 ans, depuis le banc, offert par la maison de retraite à quelques mètres d’ici.
Un tintement métallique reconnaissable entre mille, une bande de potes la bière à la main et la clope au bec, un tableau de score allant jusqu’à 13 : il ne manque que le bruit des cigales. Cette partie de pétanque ne se joue pas en Provence, elle se dispute dans le centre-ville de Bangkok. À deux pas des gratte-ciel luxuriants du complexe One Bangkok, dans le quartier de Bonkai, se cache un boulodrome autogéré par les habitants du logement mitoyen.
Un tintement métallique reconnaissable entre mille, une bande de potes la bière à la main et la clope au bec, un tableau de score allant jusqu’à 13 : il ne manque que le bruit des cigales. Cette partie de pétanque ne se joue pas en Provence, elle se dispute dans le centre-ville de Bangkok. À deux pas des gratte-ciel luxuriants du complexe One Bangkok, dans le quartier de Bonkai, se cache un boulodrome autogéré par les habitants du logement mitoyen.
Dans le centre-ville de Bangkok, Tycoon, 18 ans, sirote son café glacé. Les yeux rivés sur son ordinateur portable, le membre du collectif Bad Students collecte des témoignages d’adolescents sur Instagram et X. Ceux-ci dénoncent des violences de la part des enseignants, allant de la tonte jusqu’aux sévices corporels, à coups de bâton. De 2022 jusqu’à 2025, il a recensé 460 signalements, dont une grande majorité concerne la coupe de cheveux.
« On partage les récits, mais on n’a pas le pouvoir de changer les règles d’une école. » Parmi ces témoignages, celui d’un écolier, violenté par son professeur. « On a contacté le ministère à ce propos. Ils ont envoyé un inspecteur pour interroger l’enseignant en question. Une fois parti, le prof a frappé à nouveau l’élève pour l’avoir dénoncé. »
L’étudiant en art, ayant rejoint le collectif après les révoltes, développe : « Même lorsqu’on change la règle, les enseignants continuent de maltraiter les élèves. Le problème est la culture de l’école thaïlandaise. » Tycoon défend une abolition de toutes ces réglementations, afin de permettre à la jeunesse de s’émanciper. « La liberté du corps est le premier palier vers une vraie liberté. Avant de pouvoir s’exprimer, il faut être capable de se coiffer et de choisir ses vêtements comme on veut. »
Connue pour la boxe pied-poing, la Thaïlande se distingue aussi en pétanque et accueillera les Mondiaux en novembre. Dans le quartier de Bonkai, chaque soir, les regards sont fixés sur le cochonnet.
« Cultiver l'ordre », récolter la révolte
Pour Duangkamol Klindee, directrice adjointe de l’école, ces restrictions sont nécessaires. Elle défend le port de l’uniforme, pour « contrôler les différences sociales visibles entre les familles des élèves », et les règles sur les coupes de cheveux, afin de « cultiver l’ordre ». Cela dans un seul dessein, celui de « former les adultes de demain ». « On prépare l’étudiante à vivre dans la société. On leur apprend les traditions, les façons de se saluer. Également à être fière du monarque, fière d’être une citoyenne thaïlandaise. »
Dans la cour de l’école, les avis divergent. « On est d’accord avec l’uniforme, mais les cheveux, c’est trop strict », témoigne Ayda, une lycéenne de 16 ans. Elle profite des vacances pour essayer les dernières coupes à la mode. « Je m’aime plus quand je ne suis pas à l’école, je m’habille comme je veux. C’est l’occasion de tenter des choses, de se plaire davantage. » « Notre uniforme, ça ne va pas, conteste Pie, 18 ans. Ce n'est pas comme dans les films, c’est moche. Ceux des écoles privées sont beaucoup plus stylés, on sait juste en les regardant qu’ils sont riches. »
« Cultiver l’ordre »
En mars 2025, la Cour suprême a tranché : c’est désormais aux établissements d’établir leurs propres réglementations en matière d’uniformes et de coiffures, et non plus au Ministère. Le gouvernement thaïlandais avait déjà assoupli les règles suite aux manifestations, puis en 2023. Une fausse victoire selon les adolescents mobilisés. Au sein de Satriwithaya, une des meilleures écoles publiques réservée aux filles du centre-ville de Bangkok, de nombreuses règles restent aussi en vigueur. L’uniforme complet, propre et repassé, est attendu tous les matins à l’entrée en cours. Chaussures vernies, sac à dos conforme et pins de l’école compris. Quant aux cheveux, ils doivent être attachés avec un ruban blanc de 2,5 à 3 cm et ne doivent pas dépasser 12,7 cm de long sous les épaules. Interdiction pour elles de porter des franges, des colorations, des permanentes et autres coupes « décadentes ». Une fois par mois, l’équipe scolaire s’assure que les règles sont respectées, mètre à la main. Les contrevenantes s’exposent à des travaux d’intérêt général.
Une fausse victoire pour les étudiants