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Une association italienne d'extrême droite

Si le groupe ECR a été la porte d’entrée de l’exposition au Parlement européen, c’est l’association italienne liée à l’extrême droite Pro Vita & Famiglia (pour la vie et la famille) qui occupe le rôle de commissaire d’exposition. Cette association défend une vision conservatrice de la famille, anti-IVG et « formée par le mariage d’un homme et d’une femme » selon leur site internet. Son objectif à travers cette exposition est de « rendre visible l'origine de la vie et la placer sous les yeux de ceux qui, en ces lieux, décident de l'avenir de millions d'enfants à naître » revendique Maria Rachele Ruiu, porte-parole de l’association, dans une interview donnée à l’agence de presse italienne Adnkronos lors de l’inauguration. De son côté, Antonio Brandi, président de l’association également présent appelle à « mettre fin à ce génocide » en référence à l’IVG.

Chloé Ridel parle à ce propos « d'importation de la politique américaine » en Europe. En effet, Pro Vita & Famiglia reçoit, pour cette exposition, le soutien de Live Action, un lobby américain anti-IVG qui attaque régulièrment l'équivalent américain du planning familial. 

La Présidence du Parlement européen saisie

Les groupes de gauche The Left, Socialistes et démocrates (S&D) et The green (EFA) ont décidé de saisir la présidente du Parlement européen Roberta Metsola pour demander que l'exposition soit retirée. Dans leur communiqué commun publié ce mercredi après-midi, ces groupes dénoncent « un message politique qui remet directement en cause le droit fondamental des femmes de décider librement de leur propre corps et de leur vie reproductive ». Ils rappellent également que « les restrictions à l'avortement n'empêchent pas les avortements d'avoir lieu ; elles contraignent seulement les femmes à se retrouver dans des situations plus dangereuses », une affirmation confirmée par l’OMS.

Karine Manoury et Alina Mikhalets montrent aux interessés la cabine dans laquelle elles travaillent. Photo : Myriam Blanc 

Sur la place Kléber, le « bus de l’emploi » recherche ses nouvelles conductrices de bus, alors que la profession reste très masculine. 

La pluie battante n’a pas suffi à décourager de potentiels candidats à se rapprocher du stand de la CTS. La compagnie de transports en commun de l'Eurométropole de Strasbourg a garé ce mercredi son « bus de l’emploi » sur la place Kléber, en marge du marché. Pour la petite équipe présente, l’objectif est de faire connaître les offres d’emploi de l’entreprise, qui cherche à recruter 140 personnes, dont 120 conductrices et conducteurs.  

Debout à l’avant du bus accessible aux intéressés, Alina Mikhalets fait découvrir la cabine dans laquelle elle travaille tous les jours. Elle accompagne une passante en recherche d’emploi, curieuse de découvrir le métier de conductrice. « Ça a eu l'air de lui plaire mais elle ne candidatera sans doute pas. Elle est maman d’enfants en bas âge et n'a pas de solution de garde qui corresponde à nos horaires», regrette la salariée de la CTS. 

Selon la jeune femme, la garde des enfants, encore majoritairement assurée par les mères, est le seul frein concret à la féminisation du métier. « Dans le quotidien, il n’y a rien qui fait qu’une femme serait moins compétente. S’il y a plus d’hommes dans le métier, c’est avant tout une question d’image », complète sa collègue Karine Manoury, elle-même reconvertie en conductrice de bus depuis un an après avoir passé onze ans dans l’armée et huit ans à La Poste. 

12 % de conductrices seulement 

Les chiffres sont pourtant bien là. Si les instances dirigeantes de la compagnie comptent plus de 45 % de femmes, l’écart reste important quand on quitte les emplois de bureau. Sur les 1 146 conducteurs et conductrices de bus ou de tram que compte la CTS, seulement 12 % sont des femmes. Un chiffre qui étonne Karine Manoury et Alina Mikhalets, uniformes professionnels et bonne humeur assortis, qui disent ne pas ressentir cet écart au quotidien, « mais c’est vrai qu’on a vu bien plus d’hommes s’approcher du stand aujourd'hui », constatent-elles. 

Communiqué de presse des groupes parlementaires de gauche contre l'exposition anti-IVG EUman

Des eurodéputées des différents groupes de gauche dénoncent une exposition inaugurée mardi 15 septembre au sein du Parlement européen de Strasbourg. 

Quatorze images des différents stades de développement du fœtus ornent les murs en face de l’hémicycle du Parlement européen de Strasbourg ainsi qu’une vidéo en boucle qui retrace cette évolution. Mardi, les eurodéputées de gauche Manon Aubry (LFI), Chloé Ridel (PS) et Emma Rafowicz (PS) se sont indignées sur les réseaux sociaux de cette exposition anti-IVG. 

L’exposition en question est titrée « Just EUman » – jeu de mot entre le mot human (humain en anglais) et EU pour européen – en français : « juste des humains européens ». Un titre au sous-entendu raciste qui « met en lumière leur idéologie », ironise Chloé Ridel. Pour l'eurodéputée socialiste, c'est une vision « profondément choquante » dans un couloir « où passent les eurodéputés pour aller à l'hémicycle ».

Chloé Ridel souligne également qu'il y avait « 95% d'hommes à l'inauguration » et Emma Rafowicz ajoute « il n'y avait quasiment que des hommes dont des représentants religieux ». Manon Aubry interpelle de son côté sur la présence de Marion Maréchal Le Pen. À l’heure où la nièce de Marine Le Pen revient en grâce au sein du Rassemblement National, c’est bien son groupe au Parlement européen, les Conservateurs et Réformistes européens (ECR) qui est partenaire de l'exposition.

Le monde vacille et l’Union européenne est contrainte de le suivre dans l’inconnu. Derrière les déclarations d’usage affirmant la force et l’indépendance de l’Union, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, impose un « en même-temps » pour jouer avec les nouvelles règles internationales. 

Dans l’hémicycle strasbourgeois, elle a défendu la lutte contre le réchauffement climatique et le développement de l’IA avec la même fermeté. Peu importe si leur coexistence demeure une chimère, ces « deux points de bascule » sont les défis de l’année à venir. Et si l’IA a le don « d’affecter profondément nos démocraties », son développement dans divers secteurs permettra  « d’améliorer la qualité de l’emploi et de favoriser l’accès au travail pour tous ». Le commerce n’est pas épargné. Le déficit commercial avec la Chine coûte « 1 milliard d’euros par jour à l’Europe », mais la cheffe de l’exécutif se targue d’avoir passé des accords de libre-échange « avec 80 pays », quasiment tous plus exportateurs que importateurs.

L’adaptation est nécessaire, mais à quel prix ? Jean Monnet affirmait que l’UE s’était « construite dans les crises ». Celle de Ceuta prouve qu’elles peuvent aussi la déconstruire. Le mécanisme d’urgence proposé par la cheffe de la Commission permettra à l’UE de « déroger aux procédures standards » pour lutter contre l’immigration irrégulière. Tant pis si le droit international y perd le peu de plumes qui lui reste. « L’Europe aura toujours un rôle de premier plan sur la défense de ce système [international] fondé sur les règles, cependant nous ne pouvons agir seul pour protéger nos intérêts », a affirmé la cheffe de l’exécutif, comme cela devient son habitude.

A lire aussi : Ce qu'il faut retenir du discours d’Ursula von der Leyen sur l’état de l’UE au Parlement européen

Il faut tout de même lui concéder une certaine réactivité face au nouvel ordre géopolitique. Face au tsunami d'incertitudes provoqué par Donald Trump, l’UE fait preuve de résilience, en accueillant son voisin canadien, bientôt « membre associé ». Une décision prometteuse pour ce pays et pour les 27. Résiliente aussi face au démantèlement américain de l’Otan, avec l’annonce d’un nouveau Conseil européen de la sécurité, pour affronter les menaces « de moins en moins hybrides » de la Russie.  

« Notre Union n'a jamais été aussi forte mais peut sembler plus précaire que jamais. Ces deux affirmations peuvent sembler contradictoires mais sont toutes deux vraies », a-t-elle déclaré. Ursula von der Leyen conserve des élans de lucidité.

Bertille Lietar et Clément Vaillat. Edité par Héloïse Lartia

A travers ce film documentaire, la réalisatrice Marie Dumora arpente l’Alsace et récolte des récits de témoins du camp de Natzweiler-Struthof.

 

Inégal mais essentiel

Caméra à l’épaule, focus hésitant, cadre hasardeux, la réalisatrice semble parfois aussi perdue que nous à mesure que le film avance. « Où est le camp du Struthof, là ? », demande-t-elle plusieurs fois, évidemment bien moins familière avec le paysage de la vallée de Schirmeck que les interlocuteurs de son documentaire, tous nés et élevés dans la région. Mais nous aussi, manquons de repères. Où sommes-nous, avec qui, quelles sont les relations entre les personnes que nous voyons à l’écran ? Marie Dumora choisit de ne pas l’expliquer. Et de laisser les spectateurs assembler les éléments qui apparaissent avec chaque nouveau personnage.

Si le côté pédagogique pêche un peu, l’immersion est sans pareille. Sans voix off, la distance avec les témoignages est réduite à son minimum. Chaque histoire est laissée nue. Authentique. Une grand-mère qui pleure lorsqu’elle se remémore les actes héroïques de sa mère, alors que sa petite fille l'enlace, nous émeut. Le directeur du mémorial qui parle avec détachement de l’histoire de son arrière-grand-père nous laisse plus indifférents. En résulte un documentaire inégal, à la fois poignant et longuet. Mais qui fait la part belle au récit. Au silence aussi, qui sublime les témoignages. 

L’objectif ? Que le spectateur prenne la mesure de l’Histoire. Du Struthof qui occupe tous les souvenirs, tous les paysages des communes alentour. D’une transmission intergénérationnelle, des arrières-grands-parents aux arrières-petits-enfants, qui découvrent à leur tour une bribe de leur histoire. Un film, malheureusement alourdi par sa trop grande exhaustivité, mais qui aborde un sujet plus que nécessaire.

Nina Brulaire
 

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