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À Samut Sakhon, les pêcheurs vendent leurs prises quotidiennes au marché de Mahachai. Dès 5h00 du matin, l'effervescence commence. © Anouk Seveno

À Samut Sakhon, les pêcheurs vendent leurs prises quotidiennes au marché de Mahachai. Dès 5h00 du matin, l'effervecence commence. © Anouk Seveno

Arthur Besnard

Pauline Moyer

Nutwaree Titwattanasakul

En réponse à cette crise, la classe politique « n’a pas les outils » pour faire les investissements adéquats, d’après Cyrille Moyon. Parmi les freins, le spécialiste cite l’impact de la corruption sur les investissements publics, ou encore la défiance commerciale entre les pays de l’Asie du Sud-Est, empêchant tout investissement collectif.

Thitiwat, lui, dit ne plus faire confiance aux partis au gouvernement, dont il dénonce la connivence avec les élites économiques. Malgré tout, il ne manque pas de nostalgie en évoquant la politique de subvention qui, dans les années 2000, a accordé des prêts avantageux aux agriculteurs. Thaksin Shinawatra, largement soutenu dans les campagnes, était alors Premier ministre.

Aujourd’hui, Thitiwat travaille parfois avec des élus du Parti du peuple, qui représentent une opposition centriste libérale ; mais il doute de leur capacité à agir face à l’influence des grandes corporations agroalimentaires.

Au moins, la récolte de cette année s’annonce bonne. Prophétie des bœufs ou non, c’est avec un sourire non dissimulé que Thitiwat nous montre son champ fraîchement germé.

L'action publique à la traîne

Rangsan Kaendaeng, pêche depuis ses 15 ans. Au fil des années, il a vu le nombre d'espèces se raréfier dans le golfe de Thaïlande. © Eva Lelièvre

Face à la situation critique, ses camarades du mouvement national Mop Chao Na (foule paysanne) et lui manifestent régulièrement à Bangkok pour exiger des prix fixes sur le riz. La veille de notre rencontre, Thitiwat se trouvait au Parlement pour discuter de sa situation avec des élus. Aujourd’hui encore, les prix dégringolent, et son espoir avec : « Ça ne changera jamais », se désole-t-il.

À 55 ans, Thitiwat a l’âge moyen des agriculteurs thaïs. Ses collègues et lui ne se posent pas encore la question de la retraite, mais dans un secteur où « de moins en moins de jeunes veulent travailler sur les fermes », les investisseurs chinois ou les gros conglomérats agroalimentaires thaïlandais sont aux aguets pour tout racheter. Pas moyen de savoir si cet avenir les inquiète, mais la perspective est claire : « Si on continue comme ça, nous serons employés et plus propriétaires de nos terres. À terme, nous devrons partir. » Près d’Ayutthaya, beaucoup ont déjà dû vendre du terrain pour renflouer leurs dettes, rapporte Thitiwat.

À lire aussi : À Samut Sakhon, les petits pêcheurs chavirent

Cyrille Moyon fait état, lui, d’une riziculture « au bord de la falaise », tant sur le plan économique qu’environnemental. Les rizières actuelles, concentrées sur peu de variétés sélectionnées pour leur productivité, ne sont ainsi pas prêtes à supporter des cas extrêmes. Les crues et les fortes sécheresses peuvent alors mener à la perte de toute une récolte. « Si vous avez plusieurs variétés, certaines vont résister à l’inondation et d’autres pas, précise le biologiste, plus vous mélangez, plus votre système est résilient. »

Côté pluie aussi, il estime que les infrastructures, vétustes, ne sont plus adaptées : « On a des bassins de rétention, mais avec l’augmentation des précipitations, le système hydraulique n’est plus à l’échelle. »

« À terme, nous devrons partir »

Le gouvernement thaïlandais organise des programmes d’accompagnement avec des entreprises spécialisées dans les biotechnologies, la robotique ou l’agriculture biologique. Ces innovations restent toutefois inaccessibles pour une grande partie du monde agricole thaïlandais. « Pour changer le modèle, il faut de l’argent, précise Cyrille Moyon, auteur d’un rapport à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec) à Bangkok. Ce n’est pas en ayant des agriculteurs déjà endettés que ce sera possible. »

Dans les foyers agricoles thaïs, la dette médiane s’élève à 250 000 bahts (environ 7 000 euros) et se transmet souvent par héritage.

Cyrille Moyon décrit ainsi des masses de petits agriculteurs qui se précarisent « en partie à cause des engrais ». Leur prix s’est envolé en même temps que celui du baril de pétrole lors du blocage du détroit d’Ormuz à la suite des attaques menées par les États-Unis en Iran.

Derrière la pile de paperasse de son bureau, Thitiwat, élu local de Manwichai et agriculteur, parle d’une dette quasi universelle dans la commune. Située à une vingtaine de kilomètres de Bang Sai, la riziculture y fait vivre presque tout le monde. Cette détresse économique est en grande partie liée à une firme « intermédiaire », qui, sans que l’on nous dise son nom, exerce un quasi-monopole sur le secteur. À la fois vendeur d’engrais, de produits phytosanitaires et acheteur de riz, cette unique « grosse entreprise » emploie des représentants pour traiter avec les producteurs de la zone. Dans ce rapport de force asymétrique, difficile de négocier ses prix.

« Pour changer de modèle, il faut de l’argent »

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