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Face à la pollution du fleuve Chao Phraya, le temple Wat Chak Daeng, dans la banlieue sud-est de Bangkok, transforme chaque année des tonnes de déchets plastiques en robes pour moines. Une initiative à la fois écologique et spirituelle.
Rupture. Sur le marché de Khlong Toei, un building noir surplombe les étals de poissons et de viande. Comme seule ligne de démarcation, une route à deux voies sur laquelle les scooters foncent avec agilité. C’est ici, à deux pas du bidonville le plus peuplé d’Asie du Sud-Est que le gouverneur démissionnaire de Bangkok, Chadchart Sittipunt, avait décidé d’entamer sa campagne en 2022. Un choix symbolique, inscrit dans sa volonté de se tourner au plus près des habitants, qui rompt avec ses prédécesseurs.
Assise derrière des poulets déplumés prêts à la vente, Maprany, 21 ans, reconnaît des changements concrets pour le marché alimentaire, même si elle n’attend pas grand-chose du gouverneur sortant Chadchart Sittipunt – qui avait fait du quartier sa première visite en tant qu’élu en 2022. « Avant son élection, les gens déversaient les eaux usées directement dans le canal », raconte-t-elle. Aujourd’hui, ils risquent la fermeture de leur commerce s’ils récidivent.
Autre mesure pour les commerçants, l’interdiction de vendre des poulets vivants pour des raisons sanitaires. Désormais, les contrevenants risquent une amende de 50 000 bahts, plus de 1 300 euros. Pourtant, les chants des coqs continuent de résonner au cœur des allées. Développé autour du port de Bangkok, le quartier est régulièrement confronté aux incendies et aux inondations, aggravés par la vétusté des constructions et un système d’évacuation des eaux défaillant.
« En traitant les problématiques telles que les trottoirs, les passerelles ou le drainage, des améliorations dans chaque district sont visibles, y compris à Khlong Toei », affirme Chadchart Sittipunt, interpellé le 17 mai. Présent lors des commémorations aux victimes des manifestations pro-démocratie de mai 1992, le gouverneur a troqué sa chemise/cravate pour un tee-shirt et une veste sans manches noirs aux bandes réflectives. Détendu et avenant, il prend le temps d’échanger avec les personnes présentes.
« Chadchart se préoccupe vraiment des habitants du quartier : il y a moins de déchets et moins de stands de street-food qu’avant », observe Kanya, 24 ans, qui tient une échoppe de pâtisserie dans une station de métro souterrain près de Khlong Toei. Les marchands ambulants, indissociables de l’identité de Bangkok, sont dans le viseur du gouverneur. Son objectif : rendre la ville plus praticable aux piétons. En quatre ans, plus de 1 100 km d’espaces piétons ont été réaménagés selon l’administration métropolitaine de Bangkok (BMA). Mais d’où peut bien venir cette idée ? Pas besoin d’aller bien loin : à deux heures de vol, Singapour ressemble à ce que les urbanistes de la capitale thaïlandaise envisageraient comme la ville idéale.
Ood, 71 ans, découpe des quartiers de mangue à l’arrière d’une échoppe du réfectoire de l’université Thammasat, proche du Palais royal qui borde le fleuve Chao Phraya. Mooh, son épouse du même âge, empaquette du riz sucré dans une barquette en plastique. Depuis plus de cinquante ans, ils régalent les étudiants et ne sont pas prêts d'arrêter leur activité. Entre deux sourires adressés à celles et ceux venus profiter d’une pause, ils l’assurent : continuer de travailler à leur âge n’est pas un poids. « Cela nous permet de garder du lien. Si l’université nous disait de partir, on ferait la même chose devant notre maison », confirme le septuagénaire.
Cet investissement reste toutefois contraint par une réalité financière. L’allocation minimum de vieillesse perçue par le couple n’est pas suffisante pour leur permettre de régler leurs factures. « Tant qu’on est en capacité de le faire, on travaillera », s’accordent-ils.
Ood, 71 ans, découpe des quartiers de mangue à l’arrière d’une échoppe du réfectoire de l’université Thammasat, proche du Palais royal qui borde le fleuve Chao Phraya. Mooh, son épouse du même âge, empaquette du riz sucré dans une barquette en plastique. Depuis plus de cinquante ans, ils régalent les étudiants et ne sont pas prêts d'arrêter leur activité. Entre deux sourires adressés à celles et ceux venus profiter d’une pause, ils l’assurent : continuer de travailler à leur âge n’est pas un poids. « Cela nous permet de garder du lien. Si l’université nous disait de partir, on ferait la même chose devant notre maison », confirme le septuagénaire.
Cet investissement reste toutefois contraint par une réalité financière. L’allocation minimum de vieillesse perçue par le couple n’est pas suffisante pour leur permettre de régler leurs factures. « Tant qu’on est en capacité de le faire, on travaillera », s’accordent-ils.
À Bangkok, la vie active continue après 60 ans. Les allocations de vieillesse ne permettent pas de vivre au-dessus du seuil de pauvreté. Chez les seniors particulièrement, la précarité grandit de façon inégale.
Texte et photos : Pierrot Destrez