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“On sera condamnés ici”
Jean-Philippe Scheer, ancien agriculteur de 75 ans, aide encore son fils Thierry sur l'exploitation familiale d’Eckbolsheim. Le retraité a été amputé de plus d’une quarantaine d'hectares de maïs au cours de sa carrière, notamment au niveau de l’actuel Auchan à Hautepierre. Plus récemment, son fils a été délesté de 0,4 hectare avec la création du parking-relais du tram à Wolfisheim. Des pertes qu’il compense par le rachat de parcelles toujours plus en périphérie de Strasbourg. “On sera condamnés ici, mon fils ira s’étendre à Holtzheim, où nous avons récupéré des terres”, prophétise son père.
Ajouté à cela, la majorité des inscrits optent pour le paiement en trimestres proposé par l’école. Le directeur Thomas Ganzoinat regrette malgré tout les commentaires de certains élèves lors de leur réinscription : “C’est plus cher que l’année dernière !”
Lorsque l’on arrive au nord de Wolfisheim, l’odeur de fumier prend au nez. L’effluve persiste à travers le kilomètre de champs qui sépare la commune de sa voisine Eckbolsheim. Bientôt, la zone commerciale s’étendra le long de l’extension du tram F inauguré le 15 novembre. Un projet qui menace les surfaces agricoles encore cultivées : 360 hectares à Eckbolsheim, 220 à Wolfisheim. Ces terres sont en partie partagées par les cinq exploitants des deux communes. En 1960, ils étaient une cinquantaine.
Fondé en 1919, le club compte aujourd’hui plus de 300 licenciés évoluant dans 19 équipes. Chez les super vétérans (plus de 45 ans), de nombreux joueurs sont passés par les équipes de jeunes. Défenseur en équipe première, Tom Rohmer, 24 ans, a commencé le football à 5 ans : “J’allais voir mon père le dimanche et moi je jouais déjà sur le côté du terrain à ce moment-là.”
Les infrastructures du FCE ont toujours été reconnues comme un atout majeur. La qualité des pelouses fait sa réputation : en 2019, le Racing club de Strasbourg Alsace est venu disputer un match de pré-saison, “simplement parce qu’ils cherchaient un terrain de qualité”, précise Patrick Moebs, président depuis 2019. Tout le mérite revient au jardinier Richard Schultz, ancien joueur, décrit comme une “véritable pointure dans l’entretien des pelouses”.
Installé en 2004 au bord du canal, le complexe Pierre-Sammel s'est développé autour du terrain d’honneur du club.
La réduction des pesticides et des engrais fait partie intégrante de leur démarche, et pas uniquement parce que les prix ont flambé au fil des années. Les deux frères ne comptent pas pour autant se tourner pleinement vers une culture biologique. “On ne traite pas par plaisir. On met le moins de produits phytosanitaires possible, juste ce qu’il faut, reconnaît Mathias. Mais en ce moment, les prix de vente des productions bio sont les mêmes qu’en conventionnel, alors que ça demande bien plus de ressources.”
Le futur de l’agriculture
Les changements se font aussi à plus grandes échelles. Le soja représente désormais 7 % de leurs cultures. Cette plante capte l'azote, un engrais naturel très puissant présent dans l’air, et le stock dans la terre. Ainsi, les cultures suivantes auront moins besoin d’être fertilisées.
Les food trucks séduisent même au-delà de la ZA. Devant le camion de Jérémy Lekieffre, un chauffeur routier de passage et les gendarmes de Wolfisheim, des habitués, s’arrêtent pour manger. Nezvat Bagg ne cache pas sa fierté d’avoir réussi à attirer des fidèles de son ancien restaurant de Strasbourg : “Je fais se sentir les gens chez eux. Donc, même si c’est dans unezone industrielle, ils viennent.”
L'urbanisation de Wolfisheim entraîne l'arrivée de nouveaux habitants attirés par un cadre rural préservé. Une aubaine pour les promoteurs immobiliers, un crève-cœur pour les Wolfisheimois de toujours.
Les évolutions des conditions sur le terrain les poussent à faire des changements : “On a dû arrêter les pommes de terre. On n’arrivait pas à se débarrasser du taupin”, se rappelle Mathias. Ses larves, très friandes des tubercules, prospèrent les années humides, altérant les récoltes. Pour éviter ces ravages, les deux frères reprennent la recette de leur père ; ils investissent. Ils souhaitent construire un silo et un séchoir à grains afin de stocker leurs céréales dans de bonnes conditions. Ils pourront ainsi revendre la récolte annuelle plus chère à leur coopérative. Il y a trois ans, ils se sont mis à la culture de la rhubarbe, dont ils vendent la production aux pâtisseries de Strasbourg. Un bon pari qui leur permet de contrôler leurs prix de vente. “Pour l’instant, la rhubarbe est presque anecdotique par rapport à nos cultures classiques, mais on voudrait en faire plus”, affirme Mathias. Il assume de suivre les tendances : “On change tous nos manières de faire, même si on ne le dit pas trop. Ça nous pousse à produire de la qualité. On a une réputation à tenir maintenant.”