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Depuis les années 1960, la Thaïlande mise sur le tourisme. Et ça marche : le secteur représente entre 10 et 15 % du PIB national, mais souffre aujourd’hui du surtourisme. Plages de sable fin, vie nocturne animée, plats typiques : le pays a de quoi séduire, et à des prix très abordables. Pourtant, depuis quelques années, le secteur est en crise. La hausse des cours des carburants liée à la guerre en Iran, qui fait grimper le tarif des billets d’avion, ne devrait pas arranger les choses. 

Concurrence régionale, hausse des prix, désamour des Chinois… Depuis la crise du Covid-19, le tourisme en Thaïlande est en berne. Au même moment, les autorités du pays tentent d’endiguer les incivilités de certains visiteurs.

Massacre au « centre du monde »

Quelques jours plus tard, une commémoration en chasse une autre. Deux groupes se font face sous les écrans géants du neuvième plus grand centre commercial du monde, le Central WOrld, à Ratchaprasong. Les « chemises rouges » chantent et dansent au rythme d’une musique pop originaire de la région Isan au nord-est du pays. Ici même sur les lieux où, en mai 2010, des militants et des journalistes ont été tués par la police et l’armée. L’épisode traumatique a fait une centaine de morts et plus de 1 500 blessés, déclenchant de violentes émeutes. À l’époque, Chadchart Sittipunt n’était pas encore engagé en politique, travaillant notamment dans l’immobilier. Une possible réponse à son absence de l’hommage.

À côté, le Parti du Peuple s’est déplacé en soutien, non sans soigner sa communication, influenceurs et journalistes mobilisés pour l’occasion. Ses représentants politiques, eux, participent à une cérémonie religieuse menée par des moines, qui ne se soucient guère des « chemises rouges ». Parmi les participants, Folk, 22 ans, attend un concert de rap thaï qui tarde. L’étudiant en économie vit à Bangkok depuis deux ans et note l’écoute de l’administration du gouverneur. « J’ai utilisé la plateforme Traffy Fondue pour me plaindre de l’absence d’éclairage et des trottoirs encombrés. Le problème a été réglé en une semaine », déclare-t-il tout sourire. 

Renouveau démocratique

Fort de sa popularité, Chadchart Sittipunt, 59 ans, espère reproduire son succès de 2022 pour l’élection du 28 juin 2026. Cet ingénieur formé aux États-Unis a raflé le gouvernorat avec 52 % des voix dans un scrutin qui a vu 2,6 millions de votants s’exprimer. Une victoire écrasante dans l’histoire de la capitale, après des années sans élections, des suites du coup d’État militaire de 2014. Une junte, menée par Prayut Chan-o-cha, général de l’armée royale, et qui s’est chargée de nommer le gouverneur pendant huit ans. Seule métropole de Thaïlande à élire son édile, Bangkok est un cas unique : les autres villes doivent faire avec un édile nommé par Anutin Charnvirakul, ministre de l’Intérieur, qui cumule le poste avec celui de Premier ministre du pays. 

Lié à la galaxie de Thaksin Shinawatra et du Parti pour les Thaïs, Chadchart Sittipunt est ministre des Transports au sein du gouvernement de la sœur aînée de l’ancien Premier ministre (2001-2006), Yingluck, de 2012 jusqu’à leur destitution en 2014. Au fil des années, il s’est forgé l’image d’un technicien pragmatique, davantage intéressé par l’efficacité sur le terrain que la tambouille politicienne. Toujours proche des « chemises rouges », il s’est toutefois présenté comme indépendant, malgré des approches du Parti du Peuple, communément appelé le parti Orange. Une stratégie électorale pour Pravit Rojanaphruk, journaliste au Khaosod English : « Si Chadchart avait rejoint un parti, il aurait dû faire des compromis. Le parti Orange étant perçu comme très progressiste, il se serait aliéné une partie de l’électorat. »

Le prétendant à un second mandat a également fait de la proximité et de la transparence ses marques de fabrique. Surnommé « l’homme le plus fort du monde » par ses soutiens, Chadchart Sittipunt se montre quasi quotidiennement en direct sur Facebook. Déambulations dans des quartiers, échanges, footing matinaux : « Ses contempteurs disent que c’est un showman et qu’il se préoccupe davantage de ses vidéos que du vrai monde, mais il travaille dur », ajoute cet observateur aiguisé de la vie politique thaïlandaise. 

Au refuge de Pom Prap Sattru Phai. © Tom Soriano

Les personnes en situation de précarité attendent l'arrivée des maraudes au refuge de Pom Prap Sattru Phai .

© Maud Karst

Sitthichai ne veut pas informer ses enfants de sa précartié.

© Tom Soriano

Mais la réaction du gouvernement se fait attendre. « Ce qui m'énerve, c’est qu'à chaque élection, les candidats promettent toujours aux personnes âgées qu’ils augmenteront leur pension. Ils disent 3 000, 3 500 bahts, et ils ne tiennent jamais leurs promesses », regrette le créateur de l’ONG.

Aim Chuveera

Maud Karst

Tom Soriano

Guntanut Tainkul

 

« Ils ont gagné de l’argent, payé des impôts et maintenant qu’ils sont trop vieux, ils vont tout perdre, déplore Friso, citoyen hollandais arrivé en Thaïlande il y a 16 ans, et cofondateur de la Bangkok Community Help Foundation. Pour cette génération-là, il est déjà trop tard. Mais il faut que ça s'améliore, sinon on verra de plus en plus de personnes âgées finir à la rue, on verra le taux de natalité baisser encore plus, on verra l'endettement des ménages augmenter. Maintenant, il faut prendre soin de nos aînés. »

Monsieur Kaan est le manager d’un centre de soins privé dans le quartier de Chatuchak. Il détaille : « Nos tarifs commencent à 40 000 bahts par mois et peuvent atteindre 100 000 bahts, près de 2 700 euros. »  Un tarif qui reste difficilement accessible même pour les fonctionnaires, qui touchent en général autour de 20 000 bahts de retraite. La plupart du temps, l’établissement accueille d’anciens employés ou cadres d’État qui ont aussi d’autres activités, leur pension ne permettant pas de couvrir les frais dans leur intégralité. Quant aux établissements de soins publics, la demande est telle que les listes d’attente s’étendent sur plusieurs années.

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