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Cartographie de l'immobilier et des espaces boisés à Wolfisheim © Naelysa Boubtita et Clément Vaillat


Les pays d’origine des artistes étrangers s’étant produits sur la scène du Wolfi Jazz ces trois dernières années.

© Colin Berson et Baptiste Domergue

Le fort Kléber de nos jours

L’expansion démographique de Wolfisheim reflète une dynamique plus large. En France, les secondes couronnes des grandes agglomérations connaissent une urbanisation accélérée, selon un rapport de France Stratégie. “L’atout de Wolfisheim est qu’elle ne se transforme pas en ville-dortoir”, pondère Benoît Vimbert, directeur de recherche à l’Agence de développement et de l’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise. “La plupart des services y sont disponibles comme en ville, tout en gardant son esprit de village.” Rose et Elsa, adolescentes natives du village des loups, résument : “Ici, c’est un peu l’entre-deux : on a tout.”

Naelysa Boubtita et Clément Vaillat

L’agriculture paie le prix fort de l’artificialisation. Sur 337 hectares urbanisés dans le Bas-Rhin entre 2012 et 2018, 92 % étaient des terres agricoles selon l’Insee. Les projets d'urbanisation sont majoritairement conduits à proximité des villes. À elle seule, Strasbourg en concentre 47 %. Environ la moitié des surfaces artificialisées vont au logement, indique Dominique Metreau, chef de la gestion du territoire à la chambre d’agriculture du Bas-Rhin. Le reste est équitablement réparti entre le transport et les zones industrielles et commerciales.

Le fort Kléber à l’époque militaire

La résistance au dortoir

Au bar PMU “Chez Max”, où les habitants de toujours ont l’habitude de se retrouver, la transformation urbaine ne suscite pas l’enthousiasme. Bernard, “né sur la  commune”, se moque gentiment de “ces maisons Playmobil sans identité”. Ces “anciens” sentent leur fibre rurale s’affaiblir à mesure que les nouveaux ménages viennent chercher cette atmosphère de “village”. Les couples d’une quarantaine d’années avec enfants et les personnes âgées forment l’essentiel des acheteurs, confirme Mathieu Beyer, agent immobilier à Wolfisheim depuis quinze ans. “C’est le côté vert et campagne qui attire d’anciens citadins de Strasbourg”, explique l’entrepreneur de 49 ans. “Les gens se sentent loin de la ville, en étant tout proches.”

Les alentours forestiers de la Bruche offrent un “biotope d’intérêt particulier”, selon le conservatoire botanique Alsace-Lorraine, et constituent l’une des spécificités de la ville. “Dans une volonté de protection du milieu naturel, nous rachetons toutes les terres qui se vendent au sud, le long du cours d’eau dans un but de préservation, explique Maurice Saum, adjoint à l’urbanisme. La commune a deux identités : ce milieu campagnard et notre côté villageois.”

“J’étais coincée dans ma génération, explique la femme aux cheveux rouges. C’était hors de question qu’une fille s’émancipe pour devenir comédienne.” Malgré l’éducation traditionnelle de sa mère et de sa grand-mère, la lycéenne de Mai-68 privilégie ses études, soutenue par son père. Grâce à lui, Christa découvre la culture du théâtre, du “spectacle vivant” comme elle dit. “Avec mon frère, on a été biberonnés à la musique classique et à l’art en général.” À 14 ans, la collégienne de Lucie-Berger embarque un petit groupe de copines dans sa première représentation. Vingt ans plus tard, c’est en tant qu’enseignante de français à Villerupt (54), puis au collège de Schweighouse-sur-Moder, qu’elle mettra en place des ateliers théâtre. La Strasbourgeoise née en 1952 transporte le 6e art partout, même là où on ne l’attend pas.

Christa aime les mots “challenge” et “renouveau”. À l’issue de sa maîtrise, elle fait de sa soutenance un véritable spectacle : théâtre, danse et musique. En 1977, elle monte une troupe en Algérie avec d’autres coopérants. À son retour trois ans plus tard, elle suit un an de cours dans l’école de théâtre Jacques-Lecoq à Paris et obtient par la suite le statut d’intermittente. 

Parmi les rescapés, Jean-Pierre Metzger et Philippe Grosskost, anciens associés et spécialisés en pommes de terre et betteraves sucrières à Wolfisheim, présentent fièrement le plan des deux communes qu’ils ont mis un an à cartographier. Dans le petit bureau de leur corps de ferme, les retraités montrent les terrains récemment urbanisés, comme ces deux hectares et demi partis dans le dernier lotissement, construit il y a deux ans derrière le fort Kléber. Au fil des années, ils voient les bâtiments sortir de terre, avec des conséquences en série sur leurs activités. “Quand on a commencé, il n'y avait pas autant de trafic sur la route ; maintenant c’est impossible de circuler avec les engins ”, s’offusque Jean-Pierre Metzger. 

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