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Odile, elle, a fini de faire le plein. Elle retire le pistolet de son réservoir et lâche : « Voyez! », en pointant la pompe derrière elle. Sur l’écran, le solde vient de s’afficher : 90,77 euros. Militante engagée pour l’écologie, co-présidente de son quartier d'Illkirch, et grand-mère de trois petits enfants, la retraitée, malgré son énergie, dit ne pas se faire d’illusions sur l’avenir : « La planète va mal, tout va mal. Je milite pour me dire que je n’aurai pas de regrets, que j’aurais fait ce que j’ai pu. Mais je n’ai pas d’espoir. »
Gaby Fabresse
Édité par Bertille Lietar
Un mort toutes les 30 minutes
Cette épidémie est à ce jour, « la plus rapide jamais enregistrée », a indiqué le chef des affaires humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, le 17 août dernier.
Elle « tue une personne toutes les 30 minutes », avait-il alors alerté. En 2018, lors de la dernière épidémie de la fièvre hémorragique, en République Démocratique du Congo, il avait fallu attendre 235 jours pour atteindre les 1.000 cas détectés. En 2026, ce chiffre a été atteint en 40 jours à peine. Mais qu’est-ce qui explique la vitesse inédite à laquelle le virus s’est transmis ?
À la pompe, le souvenir des gilets jaunes n’est jamais loin. Il y a ceux, comme Jean-Marc, artisan menuisier (dont le budget carburant s’élève à 200 euros par semaine) qui craignent que les blocages de sites pétroliers et les appels à manifestations qui se multiplient, ne créent une pénurie d'essence : « Tout est cher, je veux pouvoir travailler pour ne pas perdre plus d’argent. » D’autres, qui avaient soutenu le mouvement en 2018, s’avouent aujourd'hui désabusés par la situation : « À l’époque, le litre était moins cher qu’aujourd’hui et la mobilisation était énorme. Si on n’y est pas arrivé à ce moment-là , c'est que c'est foutu », déplore ainsi Sarah.
« On essaie juste de ne pas être trop à découvert. »
Un défaitisme que partage Wahiba, 47 ans, assistante maternelle. « Je ne prends la voiture que si je n'ai pas le choix : pour les courses ou comme aujourd’hui, pour le gaz, parce que c’est lourd. » Mère de trois enfants âgés de 14, 18 et 20 ans, elle peine à boucler ses fins de mois, malgré trois contrats cumulés et 50 heures de travail hebdomadaire. « Je gagne 1900 euros, mon mari, éducateur spécialisé, est à 2000 euros, et même comme ça on n’y arrive pas. Ça fait un mois qu'il fait tout à vélo, parce qu'on ne peut plus faire le plein. » Pour elle, le prix de l’essence n’est qu'une partie du problème. « On fait tellement de sacrifices. On n'achète plus de viande, plus de fruits et légumes frais. C’est devenu un luxe d’acheter des yaourts. Je fais mes courses, j'en ai pour 100 euros, et quand je rentre chez moi, je me demande : mais qu'est-ce qu'on va manger ? » En quelques années à peine, elle a vu la situation de sa famille se dégrader. Les vacances annuelles au Maroc ont à présent lieu une année sur deux et le premier poste de dépense sacrifié a été celui des loisirs : « On ne pense plus à économiser. On essaie juste de ne pas être trop à découvert. Alors les loisirs franchement… »
C’est le 15 mai dernier officiellement que l’épidémie d’Ebola s’est déclarée, dans la province d’Ituri, dans le Nord-Est du pays. Selon la Croix Rouge de la RDC, l’élément déclencheur serait le changement de cercueil d’un défunt de Mongbwalu, ville située à quelques encablures de Bunia, le chef-lieu de cette province, considérée comme l’épicentre de la propagation du virus.
Depuis le début de la crise, 3.475 personnes sont décédées de cette maladie infectieuse qui se manifeste par des maux de têtes, des diarrhées, de fortes fièvres et peut se terminer tragiquement par des hémorragies internes ou externes.
Avec 7.200 cas détectés et 3.500 morts depuis le mois de mai 2026, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la 17ème crise épidémique d’Ebola en RDC est la plus meurtrière.
Le conflit au Proche-Orient provoque une augmentation de tous les prix de l’énergie, carburant, gaz et électricité, avec des conséquences sur les entreprises et les particuliers. Abdel, 39 ans, est chauffeur de taxi médical à son compte depuis deux ans. « C’était mon rêve », concède-t-il, sourire aux lèvres, mais avec un ton grave. « Avant, mes charges étaient à 600, 700 euros par mois. Depuis mai, je suis à 1600, 1700 euros. C’est juste intenable. » Ce père de trois enfants voulait travailler à son compte pour se sentir indépendant, pour « ne plus avoir de patron ». Mais la réalité du métier, alliée à l’explosion des prix de l'essence, l'a fait déchanter : « Je me lève à 5 h, je ne rentre pas chez moi avant 19 h, 20 h. Tout ça pour quoi ? Je me verse 300 à 400 euros par mois. J’ai pris 18 kilos. Je dors mal. C’est une angoisse permanente. » Sa famille vit grâce au salaire de sa compagne, responsable dans un magasin de bijoux fantaisie. Détenteur du permis poids lourd, Abdel a pris la décision de retourner au salariat. « En décembre j’arrête et j’espère que ça ira mieux », rit-il, avant de reprendre la route.
« Mais est-ce qu’on va se mobiliser ? »
Pour faire face à l’augmentation des prix, chacun y va de ses astuces. Garance, 24 ans, vient de finir ses études d’ingénieur. Pour faire des économies, elle roule au gaz de pétrole liquéfié (GPL) : « C’est moins d’un euro le litre, ça fait une sacrée différence. » Mais dans deux mois elle commencera son premier contrat pour une collectivité à Colmar, avec des trajets quotidiens à effectuer depuis Strasbourg : « C’est sûr que là, ça risque vite de chiffrer. » À la pompe d’à côté, William, ouvrier dans le BTP, essaie de se restreindre au maximum. Il est en retard pour son chantier : « Je n’avais plus d’essence, je suis obligé d’en remettre. » Il remplit juste ce qu’il faut pour atteindre le seuil de sa réserve. 12 euros d’essence qu’il paie en soupirant : « C’est beaucoup trop cher ». Alors, certains ont délaissé la voiture. Comme Sarah, étudiante de 25 ans en orthophonie, qui se déplace désormais à moto : « C’est beaucoup moins cher. » Elle remplit son réservoir pour 11 euros, de quoi assurer les trajets entre son appartement étudiant et l’université de médecine pendant deux semaines. « Mais le problème est général, ça n’est pas que l’essence. Je comprends le ras-le-bol des gens. Mais est-ce qu’on va se mobiliser ? »
Ce jeudi, un jeune homme de 18 ans comparaissait devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour être entré par effraction dans le domicile familial d’où il avait été chassé, et pour avoir, à cette occasion, violenté son père.