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LEGENDE

Avec plus d’un million de cas résolus sur plus de 1,2 million de plaintes déposées selon Aekvarunyoo Amrapala, porte-parole du BMA, la plateforme est devenue un symbole du mandat de Chadchart. Centrée sur des mesures concrètes, l’application permet de signaler des problèmes urbains. Traffy Fondue sert ainsi d’interface entre besoins des citoyens et administration qui se veut travailleuse.

Des complexes luxueux aux zones précaires, les déchets jonchent trottoirs neufs et canaux. Dans cette mégapole de plus de 10 millions d’habitants, sacs plastiques à usage unique, mégots et bouteilles en verre s’accumulent. Si des plans de gestion des déchets ont vu le jour, leur application reste partielle. « Le peuple thaï n’est pas très discipliné. Ces politiques restent difficiles à faire appliquer », relève Prinya Thaewanarumitkul, professeur de droit public à l’Université de Thammasat. 

Bangkok étant menacée de devenir la ville la plus chaude d’Asie du Sud-Est d'ici à 2050 selon l’Asean Centre for Energy, la végétalisation fut l’un des axes majeurs du mandat du gouverneur. Et double sa promesse d’un million d’arbres plantés. « Les gens ont besoin de fraîcheur naturelle, pas de deux millions de climatiseurs », relève l’enseignant. « Bangkok 15 minutes » incarne cette méthode, visant un parc à moins d’un quart d’heure de marche. Inspirée de tendances internationales initiée par le Paris d’Anne Hidalgo et du C40 Cities Climate Leadership Group, où siège notamment l’ancien maire de New York et milliardaire Michael Bloomberg. Cette tactique s’inscrit dans un mouvement global de villes durables. Si le BMA s’est vanté de la sortie de terre d’une centaine de « parcs de poche », les effets bénéfiques pour la santé restent moindres et les craintes d’une gentrification verte fondées. 

« Ce n’est pas un désastre. Mais il a fait le strict minimum », estime Pravit Rojanaphruk. Même chez ses détracteurs, les critiques restent tendres. Quantum, 26 ans, scrolle sur son téléphone en marge d’un immense centre commercial. Polo noir brodé du triangle inversé orange en évidence : « Il n’est ni bon, ni mauvais, il aurait dû plus se concentrer sur le trafic routier. »

Les camions venus du port déchargent des caisses et des caisses de nourriture dès 3 h du matin. Sur les étals, une dizaine d'employés éviscèrent des poulets à mains nues et écaillent des poissons entiers en quelques secondes. Malgré l'heure matinale, l'ambiance est, à ce qu’il nous semble, faite de blagues entrecoupées de coups de machette sur les planches de bois.

Sur le sol, le sang se mélange à la graisse. Une mixture glissante qui ne dérange pas le monde qui s'affaire autour de nous. Les grossistes vendent à bon prix, les acheteurs négocient au meilleur. Les porteurs fendent la foule en tractant leur charrette sur le dos. De la bidoche à la poiscaille, des légumes aux fruits exotiques, du piment aux bidons de sauce de poisson fermenté… on trouve de tout. Khlong Toei est un ventre, il ingère et fait subsister toute la ville, sans lui personne ne mange. Notamment ceux que l'on voit pointer le bout de leur nez aux alentours de 6 h : les travailleurs. En costume de bureau ou en combinaison de chantier, ils viennent acheter leur gamelle du midi et prennent un petit déjeuner sur le pouce.

Il y a quinze ans, le quartier n’aurait pas pu être plus différent. Un rapide voyage dans le temps par image satellite donne à voir un espace périurbain composé de maisons hautes de deux ou trois étages, pas plus, et de quelques carrés herbacés où rien n’avait encore été construit. Entre les deux époques, la ville a inauguré l’extension d’une ligne BTS. Si voyager sur ces lignes est rapide et permet de survoler les embouteillages, le ticket reste plus onéreux que les motos agiles, omniprésentes dans la capitale et toujours capables d’embarquer un passager supplémentaire. Toujours est-il que la mise en fonction de cette nouvelle extension a rapidement fait grimper la valeur des terrains qui la longent, poussant les propriétaires à vendre. Progressivement remplacés par les condominiums et les concessionnaires automobiles, les logements d’origine sont de moins en moins visibles. Quant aux occupants qui ont refusé de s’installer dans les immeubles, ils ont été repoussés vers de nouveaux quartiers périphériques.

Mais rien ne vaut le rendez-vous le plus attendu de la journée : l'aérobic, une danse rythmée très cardio qui commence à 17 h. En quelques années, le concept est devenu si populaire que la ville a installé d'immenses écrans et une grosse sono. Chaque jour, des influenceurs se déhanchent face à leur trépied de caméra, à côté de personnes plus âgées en quête d'exercice physique. « Je viens ici tous les jours, j'adore l'ambiance », crie un vieil homme pour se faire entendre par-dessus la musique T-pop qui rythme la scène. 

Le coup de sifflet d’un agent de sécurité immobilise la foule. Il est 18 h, le moment quotidien de l'hymne national. Les enceintes baissent le son pour écouter le Phleng Chat, composé en 1932 pour honorer la proclamation de la monarchie constitutionnelle. Quelques minutes plus tard, un nouveau sifflement strident marque la fin et la vie reprend son cours. Les enceintes tonnent à nouveau, et la chorégraphie repart de plus belle.

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