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En France, 20% des étudiants ne mangent pas à leur faim. À Strasbourg, face à la généralisation du repas à un euro depuis mai dernier, les avis sont cependant mitigés.

Midi. Au restaurant universitaire Gallia du Crous de Strasbourg, la queue s’étend jusqu’à l’angle du Quai du Maire Dietrich. Une centaine d’étudiants attend de pouvoir déjeuner sous la pluie battante. « Depuis que les repas sont à 1 €, il y a beaucoup trop de monde », soupire Fatima, étudiante en histoire de l’art de 22 ans.  Cela fait déjà vingt minutes qu’elle patiente. « Parfois j’attends une heure, ensuite il faut manger vite. Depuis mai, c’est très rare que j’arrive à déjeuner ou dîner ici, parce que la queue est trop longue ». Pour cette boursière échelon 6, arrivée d’Afghanistan en 2018 et dont le père, ouvrier, travaille en intérim avec des revenus irréguliers, les repas du CROUS sont pourtant une nécessité. « La fin du mois approche, je vais devoir faire attention. Alors chez moi, je mange surtout des œufs, du riz et des pâtes. J’ai 550 euros de bourse et 318 euros de loyer à payer : c’est très serré. »

 

Contre l’avis du directeur de l’époque 

Un mois à peine après l’attaque du 7 octobre et le début des représailles de Tsahal, de premières crispations se font sentir chez des étudiants. Le syndicat Solidaires Étudiants, qui reproche à l’établissement partenaire des prises de position ouvertement alignées sur les opérations militaires à Gaza, demande la suspension de l’accord. En juin 2024, le conseil d’administration de l’IEP adopte, à une courte majorité et contre l’avis du directeur de l’institut Jean-Philippe Heurtin, une motion validant cette demande. 

Le texte, qui dénonce des prises de position contraires aux valeurs de l’école, s’ébruite au niveau national à l’automne. L’affaire prend une tournure politique et le gouvernement monte au créneau. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Patrick Hetzel, déplore une dérive quand le chef de la diplomatie, Jean-Noël Barrot, dénonce un choix « navrant ». La situation se tend. Les assemblées générales et les blocages se succèdent. Pour sortir de la paralysie, l’administration met sur pied un “comité d’examen interne” composé d’enseignants chercheurs. Ce groupe de travail, voué à être plus académique que politique, rend ses conclusions le 8 avril 2025. 

Le partenariat laissé en suspens

Dans ce document, que Cuej.info a épluché, le comité appelle à la fin immédiate des échanges d’étudiants. Si les conclusions du rapport semblent plutôt consensuelles et rejettent toute idée de boycott, elles sont rejetées par le conseil d’administration. Le partenariat n’est pas suspendu mais laissé en suspens, inactif, en attendant son échéance en septembre 2026.

Pourtant, les motifs relevés sont édifiants. Certains témoignages d’étudiants en échange ont déploré “la mauvaise réception de travaux à l’égard de la colonisation”. Le comité a aussi constaté que la “porte-parole de l'université surveillait et rappelait à l’ordre les enseignants dans le cadre de leur expression”. 

“Le prof m’a jeté un regard noir et m’a dit que mon sujet dérangeait” 

Une ancienne étudiante de l’Université Reichman, qui a réalisé une année de master en 2021 (hors partenariat avec l’IEP), confirme ce manque de liberté d’expression. “Je ne me sentais pas à l’aise de prendre la parole pour dire ce que je pensais, pour parler des Palestiniens, explique Mathilde*. Le dernier jour, j’ai décidé de faire un papier sur l’importance d’intégrer la communauté bédouine dans les politiques du gouvernement israélien. Le professeur m’a jeté un regard noir et m’a dit que mon sujet dérangeait.”

Celle qui travaille désormais en sécurité industrielle explique également s’être rendue compte que “tout le monde à la fac allait partir dans les renseignements ou dans l’armée”. Le document de Sciences Po Strasbourg confirme. Reichman “a un focus important sur les débouchés professionnels dans les domaines en lien avec la sécurité”. Par ailleurs, des cours et conférences sont dispensés par des officiers de Tsahal, qui opèrent depuis octobre 2023 sur le front, à Gaza. 

*prénom modifié

Clément Vaillat et Adèle Tabaali 

 

L’accord universitaire, source de vives tensions au sein de Sciences Po Strasbourg, est arrivé à échéance. Un rapport interne mentionnait dès avril 2025 des liens entre l’Université Reichman et l’armée israélienne.
 

Devant le Cardo, le bâtiment moderne de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, ce début d'université est marqué par l’apaisement. “Honnêtement, j'espère que ça va calmer les choses, parce que ce n’était pas joyeux les années précédentes.” explique Sarah, étudiante en troisième année. “C’est une bonne nouvelle, assure Robin*. Je suis content de faire ma rentrée dans une école qui a pris cette décision”.

La décision en question, c’est celle de ne pas reconduire le partenariat entre l’école et l’Université Reichman, située à Herzliya, dans la banlieue de Tel Aviv. C’est cet accord qui secoue depuis trois ans l’IEP. Depuis le début de la guerre à Gaza, l’établissement israélien soutient ouvertement le gouvernement de Benyamin Netanyahou et l’armée, dont il a toujours été proche. Retour sur les événements qui ont agité le campus de Sciences Po.

Photo : Collectif Protégeons Durrenbach 

Axelle Imhoff, dans le temple Saint Luc, à Souffelweyersheim, où elle officie le dimanche.

Photo : Collectif Protégeons Durrenbach 

Photo : Collectif Protégeons Durrenbach 

Une église comme refuge pour toutes et tous

« Être queer est tout à fait compatible avec le fait d’être croyant, je ne peux pas imaginer un Dieu queerphobe », défend-elle avec conviction. Pour autant, Axelle ne nie pas la difficulté de se sentir en sécurité dans les espaces religieux et comprend que certains s’en détournent. « Si je pouvais discuter avec des personnes queers qui remettent en question leur foi, je leur dirais qu’elles ont leur place auprès de Dieu, qu’elles sont aimées telles qu’elles sont. Je comprends leur choix de s’éloigner des églises qui ne sont malheureusement pas des espaces assez "safe", mais vivre sa foi en communauté, c’est tellement beau. » 

Pour appuyer ses propos, les mots de l’évêque sud-africain, Desmond Tutu l’accompagnent au quotidien et Axelle aime les citer : « Jamais je ne louerais un Dieu homophobe. Je refuserais d’aller dans un paradis homophobe, je préférerais aller de l’autre côté. » Dans cette approche, la pasteure promeut une église qui peut-être un refuge : « Dans mon ministère pastoral, c'est l'inclusivité de manière générale qui compte. Intégrer celles et ceux qui cheminent spirituellement, mais aussi les enfants, les personnes âgées, handicapées, racisées ou queers est primordial. » 

Une mission sur la bonne voie, avec son culte d’installation qui s’est déroulé ce dimanche 13 septembre avec bienveillance et dans de très bonnes conditions. En guise de soutien, l’inspectrice de la paroisse a d’ailleurs rapidement organisé une soirée de formation et d’échanges ouvertes à toutes et tous sur la transidentité. Le 20 novembre, Axelle apportera son témoignage lors de l'événement organisé à Strasbourg par l’Antenne inclusive à l’occasion du TDoR, la Journée internationale du souvenir trans.

Estelle Bouchart, édité par Jeanne-Esther Eichenlaub

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