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Nous ne sommes plus que des souris, qui se chapardent dans les ruelles de la Krutenau. Le quartier de la vie estudiantine est devenu le terrain de jeu du chat, épaulé de toute sa hauteur par son drone. « Aujourd'hui, se passer de drones, c'est comme se passer de la vue », avait déclaré le sous-directeur de l’emploi des forces de la gendarmerie. Ils voient tout. Ici-bas, tout est désordre. 

Rattrapé par la nuée, il escalade apeuré comme un lapin la barrière d’un jardin. Treize ans seulement, premier gazage. « Oh les fils de pute, je vais les niquer. » Le petit chenapan, a voulu faire comme les grands. De son école buissonnière, il a appris la répression policière. Bon baptême du feu. 

Troisième acte. Fin.

Quatre dispersions sont venues à bout des groupes mobiles. La partie est finie. Les noirs battent en retraite. Cinq à zéro pour les Bleus. Motif d’interpellation : refus de dispersion, dissimulation de visage, jet d'œuf, possession d'une barre de fer et de deux broyeurs à cannabis… Mais le dénouement ne marque pas la fin de la pièce. Prochain acte, le 24 septembre. 

Mahault de Fontainieu et William Jean

Edité par Zoé Fraslin

Nouvel acte. Rue du Maréchal Juin, les figurants laissent place.  Bleus et noirs se font face à face. « Grève, blocage, manif sauvage. » Côté police, on ronge son frein. La Légion, adossée à quatre camions de police — première cellule des futur·e·s interpellé·e·s — n’attend que d’être lancée. Ici, plus de manifestation déclarée, c’est de la « violence urbaine » à leurs yeux. Pas de son de cor mais un mégaphone robotique qui scande : «  Vous faites partie d’un rassemblement illégal ».

Première scène, première sommation

Fumée, brûlure, toux. Merde. Inhalation, respirer, c’est suffoquer. Sous ce grand soleil, le brouillard se lève. Ceux auprès desquels nous marchions sont devenus des ombres. Ils ne sont que des directives pour fuir. Derrière nous, les colosses bleus aux boucliers rayés écoutent. La lacrymo, solution de dispersion, solution de soumission. 

Au travers de ce rideau de particules, elle apparaît. Son keffieh sur les épaules, elle hurlait quelques minutes plus tôt face aux boucliers sans visage. Le nez retroussé, la bouche déformée par la lutte contre ce système qui selon elle  l'étrangle et lui creuse les yeux. Chose faite. Son visage juvénile est strié de larmes noircies par son eye-liner coulant.

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Deuxième scène. Dispersion, course, charge, prise

La Légion ne saute plus comme à son habitude. « Bond offensif », aime-t-elle à dire dans son langage codifié. Feinte pour effrayer les récalcitrants. Ici, elle est revenue à sa forme la plus musclée. La prise de terrain, pas de retour en arrière. Nous courrons, ils poursuivent, les fourgons talonnent. « Tout paraît simple, mais le plus simple est compliqué. » D’accord, Clausewitz. Courir, c’est simple, mais sous gaz beaucoup moins. 

Allongés sur un canapé, lunettes sur le nez, Nouria et son ami Ludwig profitent de 15 minutes de luminothérapie avant de réviser. © Camille Carvalho

Camille Carvalho

Édité par Pierrot Destrez

Vincent, 22 ans, en licence cinéma-audiovisuel, observe avant d’essayer. Originaire d’Aix-en-Provence, il vient de quitter le foyer familial pour la première fois : « Les différentes activités du soir cette semaine m'ont permis de socialiser, de rencontrer des gens de partout. » 

Car l’atelier de Sophie Aourtilane est proposé dans le cadre de la semaine d’intégration du Crous. Chaque rentrée, les huit résidences de Strasbourg proposent repas collectifs, ateliers culturels, sportifs ou bien-être. « Beaucoup sortent du lycée et se retrouvent seuls. Ces activités leur permettent de faire des rencontres et d’apprendre à souffler », exlique un agent d’accueil de la résidence Gallia qui voit passer plus de 200 étudiants par jour. 

Un soutien d’autant plus précieux qu’un tiers des étudiants déclarent des symptômes psychologiques, et plus de la moitié se disent régulièrement épuisés, selon la dernière étude de l’Observatoire national de la vie étudiante.

Il est 20h30, fin de la séance. Mais, Sabrina, l’étudiante rencontrée plus tôt, débarque avec son amie Anaïs comme promis. Sophie Aourtilane les accueille, et chacune opte pour une sieste de 15 minutes avec de la musique. Elles se lèvent, relaxés, et regagnent la chambre de Sabrina pour continuer la soirée. La rentrée reste exigeante, mais ce soir, la lumière aura offert une parenthèse bienvenue à Gallia.

« Faire des rencontres et apprendre à souffler »

À Strasbourg, l’intersyndicale a laissé place à une manifestation spontanée - autrement appelée « violence urbaine » par la préfecture. Sommation, charge... plongée à l'intérieur d’un dénouement musclé.

Les syndicats souhaitent “maintenir la pression” sur le gouvernement, et brandissent la menace d’une nouvelle journée de grève.

Titouan Catel--Daronnat

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