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En Bretagne, au contraire, on peut voir que les mouvements autonomistes ne récoltent pas le soutien populaire dans les urnes. Ici, c’est dû, toujours selon Romain Pasquier, à une progressive dilution des mouvements régionalistes dans des alliances avec des partis nationaux.
L’Union démocratique bretonne (UDB), principale organisation partisane régionaliste, avait par le jeu des alliances avec le Parti socialiste et le Parti communiste obtenu plus de 80 conseillers municipaux aux élections de 1986, avant de connaître un fort déclin à partir de la fin des années 80. « Le vote des lois de décentralisation par ses alliés de gauche, ainsi que des dissensions internes, l’ont affaibli électoralement », explique le chercheur à Sciences Po Rennes. Résultat ? Aujourd’hui, l’UDB n’est plus un acteur majeur de la politique locale : avant mars 2026, elle avait quatre mairies. Elle n’en n’a eu que deux le mois dernier – Plounéour-Menez et Montreuil-le-Gast – sur les 1 208 que compte la région. D’ailleurs, l’UDB n’était plus reconnue comme « régionaliste » par l’État lors du scrutin.
La grille officielle pour qualifier une liste de « régionaliste » s'appuie sur un faisceau d’indices : la revendication du régionalisme, autonomisme ou nationalisme, le programme politique, les alliances ou le parcours de la tête de liste… Ce qui peut apparaître comme un « fourre-tout » pour des listes difficilement positionnables sur le spectre politique national.
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La concurrence des partis nationaux limite aussi l’espace politique des régionalistes, car ils ont progressivement intégré dans leurs programmes des thèmes comme la décentralisation ou la valorisation des identités locales. Lors des élections législatives de 2024, le candidat du parti basque EH Bai, régionaliste assumé, a par exemple été élu à l’Assemblée sous l’étiquette « Union de la gauche », après avoir rejoint le Nouveau Front Populaire.
Un succès inégal selon les régions
Pour la France hexagonale, c’est en Corse que, plus qu’ailleurs, le scrutin a réaffirmé le rôle central des régionalistes et autonomistes. Ils ont présenté des listes dans cinq des six plus grandes villes de l’île de Beauté. Un investissement payant : à Bastia (46 000 habitants), Gilles Simeoni du parti Femu a Corsica (« Faisons la Corse ») l’a emporté au second tour. À Porto-Vecchio (11 200 habitants), Jean-Christophe Angelini a été élu dès le premier tour. Les mairies de Biguglia et de Prunelli-di-Fiumorbo, en Haute-Corse, ont également été décrochées.
« La Corse, c’est une exception, assure Romain Pasquier, politiste et directeur de recherche au CNRS. En effet, il y a un système clanique toujours assez présent. C’est pourquoi la composante ethno-régionaliste est ancrée dans le système politique local. » Le régionalisme corse défend depuis longtemps une plus grande autonomie pour l’île par rapport à la France continentale ; comme un symbole, lors de son intronisation, le nouveau maire de Bastia Gilles Simeoni a retiré son écharpe tricolore juste après l’avoir reçue.
Dans le Pays basque français, la partie sud-ouest des Pyrénées-Atlantiques, sur 12 listes envoyées dans 10 municipalités, les régionalistes ont enlevé cinq villes, toutes de plus de 5 000 habitants : Saint-Pée-sur-Nivelle, Cambo-les-Bains, Ciboure, Ustaritz et Saint-Pierre d’Irube.
108 573, c’est le nombre de voix qu'ont obtenu les 52 listes régionalistes identifiées par l’État au premier tour des dernières élections municipales. C’est 0,39 % du total de votants en France, mais c’est aussi une forte hausse par rapport au scrutin précédent. En 2020, ces mouvements avaient totalisé 66 918 voix au premier tour.
Les voilà à la tête de 14 mairies avec 530 conseillers municipaux au total (contre 191 en 2020). C’est dans les territoires d’outre-mer qu’ils font leurs plus gros scores en termes de suffrages exprimés. Des dizaines de milliers d’électeurs leur accordent leur confiance aux Antilles (5 262 en Guadeloupe et 23 679 en Martinique) ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie (28 253). C’est aussi dans ces territoires que les régionalistes étaient les plus représentés au premier tour, avec 33 listes en tout.
Elles y défendent des revendications diverses. Aux Antilles, ces mouvements demandent surtout une plus grande autonomie au sein de la République, par exemple pour gérer localement l’économie ou l’éducation. En Nouvelle-Calédonie, d’autres revendiquent l’indépendance totale, comme l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), qui a remporté la mairie de Poindimié (4 600 habitants) avec 35,7 %, ou le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) qui a notamment emporté la mairie de Houaïlou au second tour (59,3 %).
Un succès inégal selon les régions
Les régionalistes ultramarins insistent aussi sur la valorisation des langues et cultures locales, comme les créoles ou les langues kanak, ainsi que sur une meilleure prise en compte de l’histoire locale, notamment celle de l’esclavage et de la colonisation. Leur succès électoral plus important que les listes régionalistes en France hexagonale s’explique surtout par des circonstances historiques, des identités locales plus affirmées et des difficultés économiques plus visibles, comme la dépendance vis-à-vis de l’Hexagone ou le coût élevé de la vie. En Guadeloupe, celle-ci est en moyenne 16% plus chère qu’en métropole.
Les candidats régionalistes aux élections municipales ont performé dans les territoires ultramarins, ainsi qu’en Corse et au Pays basque. Des résultats en hausse par rapport au précédent scrutin, malgré leurs difficultés à peser politiquement.
Marge de manoeuvre réduite
Les tentatives d’explication vont donc bon train depuis les élections, mais ne changent rien pour les perdantes et les perdants. Une partie d’entre elles et eux siège malgré tout dans l’opposition des conseils municipaux, mais leur marge de manœuvre est fortement réduite. À Poitiers, les élus écologistes ne sont plus que sept sur 53, contre 38 auparavant. À Colombes, les écologistes ont également subi une défaite notable : ils perdent 36 de leurs élus, ne conservant que cinq sièges sur 53 au conseil municipal. À Bordeaux, ils sont 16 sur 65, au lieu de 48, et à Strasbourg, la débâcle est plus cuisante encore avec six conseillères et conseillers sur 65, au lieu de 47. Ces nouveaux groupes d’opposition doivent maintenant composer avec une majorité qui leur a été hostile lors du dernier mandat.
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Dans la capitale alsacienne, la nouvelle maire, Catherine Trautmann (PS), s’est dit prête à « un mandat d’apaisement » lors du conseil d’installation, après avoir tenu une posture virulente au sein de l’opposition ces six dernières années. Les écologistes strasbourgeois trouveront-ils des projets en commun à défendre avec les socialistes, qui constituent des alliés ailleurs en France ? « Cela dépendra de si [Catherine Trautmann] a la main tendue, et si elle préfère travailler dans un esprit de revanche, ou dans un esprit de travail », confie Syamak Agha Babaei, ancien premier adjoint de Jeanne Barseghian, quelques jours après la déconfiture.
Lucie Porquet
Édité par Augustin Brillatz
© Lucie Porquet
Si les écologistes avaient créé la surprise avec la « vague verte » des dernières municipales, ce revirement n’en est que plus frappant. Les alliances conclues au second tour avec d’autres listes de gauche n’ont souvent pas réussi à réunir suffisamment d’électeurs. Ces derniers ont de nouvelles priorités, davantage centrées autour de la sécurité que de l’écologie. Certains se disent aussi en quête d’un renouveau, et déçus du mandat écoulé : la décision de la maire de Strasbourg de rendre le stationnement payant, par exemple, a fortement déplu à un certain nombre d’électeurs, et a été l’un des arguments de l’opposition pour discréditer Jeanne Barseghian.
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Du côté d’Orange (Vaucluse), ce sont les Bompard qui se succèdent à l’hôtel de ville… et au tribunal. Élu en 1995 avec l’étiquette Front national, réélu à quatre reprises, Jacques Bompard a dû quitter la mairie en 2021 après avoir été condamné à cinq ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts. Son fils Yann prend alors la succession. Preuve qu’on échappe rarement à son milieu : lui aussi a été condamné à cinq ans d’inéligibilité – pour emploi fictif cette fois-ci – le forçant à démissionner, début 2026. C’est donc le patriarche qui a fait son come-back. Sans succès.
Augustin Brillatz
Édité par Zoé Fraslin