Le module est validé, il peut être inséré dans un article pour être consulté par les internautes.
Toutefois, il reconnaît avoir parfois été tiraillé, faute de preuves suffisantes sur la véracité des accusations. « Quand on boycotte un lieu, ça touche aussi les bonnes personnes qui y travaillent : elles peuvent se retrouver dans une situation de précarité et se faire juger », déplore Victor. Le jeune homme opte dans ces cas-là pour une alternative : « Assister quand même aux soirées pour soutenir les collectifs qui y jouent, mais ne pas consommer sur place pour ne pas participer à l’économie de l’établissement. »
Carol Burel
Édité par Pierrot Destrez
Pour les établissements accueillant les événements, le fait de bannir des personnes jugées problématiques est aussi devenu un enjeu. Jennifer, programmatrice d'événement au People Bar, l’assure : « Si demain il y a une accusation de viol contre un artiste, bien sûr que je ne vais pas le faire programmer ». Mais elle nuance : « Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tout va très vite. Parfois les réactions peuvent être disproportionnées et plomber une personne pour rien. »
Les établissements peuvent se retrouver au milieu de griefs interpersonnels, fruits de rumeurs lancées volontairement pour nuire, ou insuffisantes pour refuser de programmer un musicien. Elle tempère : « Ma priorité reste la sécurité de mes clients et collaborateurs, mais il faut faire attention à ne pas participer aux petites guéguerres entre associations. »
« Aujourd’hui avec les réseaux sociaux tout va vite »
Rafa, 23 ans, apprentie dans un atelier d’artistes, le pratique aussi. Engagée depuis son jeune âge, la sculptrice est convaincue de l’efficacité politique du boycott : elle en a été témoin. En effet, un autre lieu de fête strasbourgeois, le Molodoi, s’était retrouvé en octobre 2021 sur la sellette. Deux personnes avaient pointé du doigt sur Instagram, l’inaction de l’établissement face à des comportements racistes à leur égard, au cours de l’une de leurs soirées. Rafa avait participé à l’époque à l’appel au boycott qui avait suivi sur les réseaux sociaux. L’établissement s’était excusé et avait adopté plusieurs outils pour lutter contre les violences racistes, dont la mise en place d’une « safe team » dans les soirées. « Notre pouvoir, c’est notre pouvoir d’achat, affirme Rafa. Les gérants ont réagi très vite car ces lieux tiennent à leur image. »
DJ dans un collectif de musique électronique à Strasbourg, Igor ne dit pas autre chose : « Il nous est déjà arrivé de refuser de jouer dans des lieux pour ne pas soutenir et être affilié à ses gérants ». Les raisons sont diverses : violences sexuelles, soutien ou non à une cause politique, conditions de travail non respectées… « Je ne veux pas enrichir des personnes qui ne l’ont pas mérité, dit-il. Le boycott, c’est la seule arme du public. Les autorités compétentes devraient intervenir, mais en l’absence de réaction de leur part, c’est un bon moyen d’agir. »