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30/01/18
19:11

Justice : "Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça"

Deuxième jour du procès de Mohamed El Amri, qui comparait pour plusieurs crimes : le meurtre de sa compagne et de son bébé de deux mois ainsi que tentatives d’homicide sur son beau-fils, alors âgé de 14 ans, et sur un policier. L’audience s’est penchée sur les circonstances de l’interpellation de l’accusé.

« Pour moi, ce n’est pas un schizophrène, pas à ce moment là. » Le policier agressé ce 13 février 2015 ne mâche pas ses mots. Profondément marqué par son agression, il a longuement relaté à la barre le déroulement de l’interpellation. « C’était un parfait guet-apens pour tuer du flicard. » Selon lui, le calme qui régnait dans cet appartement de la rue de Touraine et la froideur de l’accusé ne correspondaient pas à une crise de schizophrénie. « J’ai eu affaire plusieurs fois à des schizophrènes, lâche l’intéressé. Ils n’ont jamais des gestes contrôlés. Là, il avait mis en place une embuscade. S’il voulait le faire, il n’aurait pas mieux fait. De plus, il avait une certaine technicité dans sa manière de tenir le couteau, la lame vers le bas. »

 

Tout au long de la journée, les trois policiers qui ont participé à l’interpellation tenaient la même version. A l’image de Hakim Drid qui était à la tête de l’opération et qui est apparu très ému à la barre. Entre deux sanglots, il explique que le beau-fils avait « le visage qui ressemblait à une machine à gaz. Il avait le visage tuméfié, les yeux rouges et la bouche déformée. » Et lors de l’accrochage, Mohamed El Amri avait « le geste rapide et précis. C’était quelque chose de préparé, pas fait sur un coup de folie. » Tout à été décrit : la découverte des deux corps dans le couloir, l’agression au couteau ainsi que la neutralisation de l’accusé. Quant au troisième membre de l’équipage, il a expliqué avoir été touché par la vision des deux corps. « Quand on progresse à plusieurs dans un couloir, le dernier patauge dedans. »

 

« Ce n’est pas Paris Match ici »

 

Outre les policiers, la voisine du couple, une amie d’enfance de la victime et les médecins-légistes ont chacun présenté leurs versions. Les coups portés par plusieurs couteaux sont avérés et les proches parlent d’un homme parfois violent avec sa famille. Pendant toute la journée, l’accusé se mure dans le silence. Ce n’est que lorsque le président de la cour d’assises lui demande, "on ne sait jamais, s'il a quelque chose à dire", qu'il lancera quelques mots du bout des lèvres: « je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. »

 

Face au silence de l’accusé, Alain Hahn se lance dans l’énumération des différents interrogatoires menés lors de l’enquête, et lit les propos d'El Amri. « Je n’ai rien à vous dire. » « J’ai une fille, ah non, je n’ai pas d’enfant. » « Je suis conscient de ce que j’ai fait, mais personne ne me comprendra. » L’accusé  ne répond à aucune question, baisse la tête et fuit le regard du magistrat. Il ne parlera plus de l’audience.

 

L’avocate générale se lève et en fixant l’accusé : « vous avez trois enfants. Deux qui grandiront sans leur mère et un qui ne grandira pas du tout. » A ces mots, l’avocat de la défense Me. Gsell s’agace, se met devant son client pour le protéger des regards, dénonçant le harcèlement envers un homme malade. Le président met fin à la passe d’armes. « Vous plaidez là ! Attendez les experts demain, vous savez qu’ils ne sont pas tous d’accord. » 

 

Vient ensuite la question de la diffusion de photos des victimes aux jurés. Le parquet souhaite les montrer, mais Me. Gsell s'y oppose, et obtient gain de cause. La défense parle de manipulation, des propos que l’avocate générale trouve « outrageants ». « Attention au poids des mots par rapport au choc des photos. Ce n’est pas Paris Match ici. »

 

Le policier agressé au couteau, Fitzgérald Marques Da Silva, est revenu sur la responsabilité de l'accusé lors du deuxième jour d'audience. Pour lui, il n'était pas schizophrène au moment des faits.

Arthur Blanc et Elsa Vande Wiel

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