Après la poudre, les loisirs
Construit en 1875 par l’armée impériale allemande, le fort Fürst Bismarck - son nom d’origine - fait partie de la ceinture de 14 ouvrages destinés à protéger Strasbourg. À la Libération, il revient à l’armée française et sert de dépôt de munitions pour le 421ᵉ régiment d’artillerie antiaérienne. En 1966, le fort devient centre mobilisateur : il abrite alors 4 officiers, 17 sous-officiers et 60 militaires du contingent, ainsi que le matériel et l’équipement nécessaires à la mobilisation de 2 000 soldats.
À l’annonce de la fin du service militaire obligatoire, en 1996, l’armée quitte les lieux et l’État cherche à s’en débarrasser. Wolfisheim achète les terrains et la bâtisse pour 2,72 millions de francs. “Avec ce genre d’ouvrage, les mairies se retrouvent avec de grands bâtiments qui nécessitent des investissements. Ils coûtent cher avant même qu’on arrive à en faire quelque chose : il y a les chaufferies, l’eau, l’électricité…”, explique Philippe Burtscher, spécialiste de la ceinture fortifiée strasbourgeoise.
Au sud de Wolfisheim, la construction d’un bassin d’orage, débutée en juillet 2024, touche à sa fin. Le bassin limitera les rejets du système d’assainissement dans les cours d’eau de la ville : la Bruche et le Muehlbach.
Claudine regrette les changements que connaît la profession, notamment la facilité avec laquelle on peut apprendre certaines techniques de l’esthétisme. “Aujourd’hui, on peut se former sur YouTube grâce aux tutos. On peut tout faire avec internet : acheter des dermographes, des pigments.” Selon elle, il existe une fracture avec les “petits instituts qui se développent en proposant des cils, ongles et blanchiments dentaires”. Ces commerces, qui reposent sur des modes, seraient éphémères. “Je les ai vus ouvrir et fermer”, affirme-t-elle. Une vision que ne partagent pas Emma et Mandy. “Pour les ongles, on disait que c’était éphémère. Pourtant ça fait des années que ça perdure”, se défend Emma.
Malgré l’implantation de ces instituts de beauté, aucune des gérantes ne semble craindre la concurrence. “Il y a de la place pour tout le monde, on a toutes des clientèles différentes, qui ont des âges différents”, soutient Claudine.
Chloé Laurent et Antoine Dana
Cependant, les deux entrepreneuses ne sont pas autorisées à réaliser certaines prestations esthétiques réservées aux titulaires d’un CAP et d’un brevet professionnel, dont les épilations, qui sont proposées dans quatre des cinq autres instituts présents dans les deux communes.
Deux visions différentes du métier
Situé à quelques centaines de mètres de la Maison des cils, L’Institut propose ce genre de prestations. “Ça fait quarante ans que je suis dans le métier, j’ai vu l'évolution de l’esthétique à travers les années”, affirme Claudine Fanchini, la gérante. Des tableaux qu'elle a peints elle-même ornent les murs de son salon, un vase rempli d’une collection d’échantillons de parfums vintage trône sur un des meubles. Son commerce a ouvert en 2007 à la place d’une ancienne cordonnerie. Elle y propose des cures d’amincissement, des massages, des soins du corps et du maquillage permanent.
Christa Wolff a, toute sa vie, exprimé sa passion pour le théâtre. À 73 ans, elle est la créatrice de l’association Thenso, une troupe implantée à Wolfisheim et inspirée du Théâtre du soleil.
Mandy et Emma incarnent cette nouvelle génération d’entrepreneuses dans le monde de la beauté. D’ailleurs, les deux jeunes femmes se connaissent bien : Emma a partagé un temps son local avec Mandy, avant que cette dernière ne déménage pour un espace plus grand. Présentes sur Instagram et TikTok, les deux jeunes femmes se servent de leurs publications pour attirer une nouvelle clientèle. “J’ai commencé mon activité en étant en partenariat avec une influenceuse strasbourgeoise. Je lui faisais ses ongles et les filles qui la suivaient venaient chez moi après”, raconte Mandy.
MCBelezaa et la Maison des cils sont des commerces axés autour d’un seul type de prestations, le nail art et la pose de faux cils, qui ne nécessitent pas de diplômes. Emma et Mandy se sont formées en seulement quelques jours. “Pour pouvoir me lancer dans l’onglerie, j’ai suivi une formation d’une semaine à Strasbourg”, confie Mandy, son certificat de formation fièrement exposé derrière son bureau. Quant à Emma, elle a suivi la formation “cils à cils” qui ne dure qu’une journée. “On peut ouvrir un salon sans diplôme, ce n’est pas un problème”, affirme Emma.
Une attractivité aléatoire dans la ZA
Cependant, tout peut se jouer à quelques mètres. Juste à côté, l’entreprise de nettoyage Sonetmo peine à pérenniser l’installation de food trucks sur son parking. Don Carlo, pizzaïolo, venait tous les mardis devant la boutique. Un emplacement “trop caché” selon lui, à l’origine d’un manque d’affluence, qui l’a poussé à partir après seulement trois mois d’activité. Pour les restaurateurs, la ZA n’est pas toujours perçue comme rentable. “On a contacté une association de food trucks qui a refusé de venir”, explique Nicolas Vorburger, président de Sonetmo.
L’offre de l’entreprise est pourtant alléchante. “Ils ne paient pas de loyer et nous, ça nous permet d’avoir plus de visibilité. C’est vraiment donnant-donnant”, précise Nicolas Vorburger. Vachement Bon, un truck de burgers, a ainsi tenté sa chance en remplaçant Don Carlo en octobre 2025. Laura Beauguitte, sa gérante, connaissait l’endroit : “On était déjà dans la zone l’année dernière, sur un emplacement public. Mais avec les travaux d’arrivée du tram, on a vraiment vu notre chiffre baisser.” Avec des premiers services d’une quinzaine de burgers, elle espère que les ventes décolleront d’ici l’année prochaine.
Également président de l'Association des entreprises de la zone d’activité, Nicolas Vorburger souhaite développer un site internet pour “se renseigner sur ce qu’il y a à manger dans la zone”. L’objectif : aider les food trucks à se faire connaître, tout en créant plus de cohésion entre les entreprises.
Bertille Lietar et Enora Moreau