Première à Strasbourg, la résidence "les Pot'âgés" a été inaugurée jeudi 6 février. Arrivés depuis peu, les locataires prennent leur temps pour apprendre à se connaître et investir pleinement les lieux.
Quatre résidentes des "Pot'âgés" ont lu un texte pour l'inauguration de cet habitat participatif, le jeudi 6 février 2025. Photo Liza Hervy-Marquer
Blanches, noires, en plastique ou avec des pieds en bois… Autour de la table du salon, les chaises sont dépareillées. Il y en a dix. Une pour chaque locataire de cet habitat sénior participatif, situé près du parc de l'Étoile à Strasbourg. "On a apporté chacun des meubles pour aménager les espaces communs", explique Alain Lévy. Il fait partie des deux hommes et huit femmes qui ont investi, ces dernières semaines, la résidence des "Pot'âgés", inaugurée ce jeudi 6 février.
L'immeuble, géré par la coopérative Habitat de l'Ill, est destiné aux personnes seules de plus de 60 ans, afin de lutter contre l'isolement. Le premier du genre à Strasbourg. Le concept est simple : chaque locataire dispose d'un studio individuel allant de 29m2 à 35m2 comprenant une cuisine, une salle de bain, un salon et une chambre. Et ils partagent aussi 150m2 d'espace commun. Au 3e étage, les habitants peuvent profiter de deux chambres d'amis, d'une buanderie et d'une grande pièce à vivre, dans laquelle les dix compères ont réalisé leur première soirée crêpes pour la chandeleur, la semaine dernière.
À 61 ans, Alain Lévy est le benjamin du groupe de locataires séniors. Photo Liza Hervy-Marquer
Un immeuble idéalement situé
À 61 ans, Alain Lévy est le benjamin du groupe. Il a rejoint en cours de route ce projet d'habitat participatif, qui a débuté en 2015. Statues du Bénin et du Mali, récompenses de judo au mur… La décoration colorée et étoffée de son appartement contraste avec le reste du bâtiment encore peu aménagé.
Accompagné de son chat Garfield, Alain Lévy a quitté un grand appartement à Saverne. "Dans un premier temps, ce qui m'a attiré, c'est le prix, car c'est un logement social et dans un second temps, sa localisation, explique-t-il. L'immeuble est directement à proximité des transports en commun, des commerces. Maintenant, je fais tout à pied."
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À part les secousses du tramway, qu'il aperçoit depuis son balcon, le studio est calme et Alain Lévy s'y sent bien. Il apprend tout doucement à connaître ses voisins. "Cette expérience me permet de rencontrer des personnes que je n'aurais pas connues autrement. Liliane, par exemple, a 78 ans, c'est la femme la plus âgée du groupe et je m'entends très bien avec elle, sourit-il. Pour Noël, elle nous a fait des bredele."
Un moyen de se sentir exister
À l'autre bout du couloir, Baya Moulfi se réchauffe en buvant de la soupe dans son salon-cuisine. Ici, la décoration aux murs est plus minimaliste et l'intérieur lumineux, faisant le bonheur d'un petit ficus calé près de la fenêtre.
Depuis que Baya Moulfi a emmenagé dans la résidence, elle a vendu son véhicule car elle ne se déplace plus qu'à pied. Photo Liza Hervy-Marquer
À bientôt 70 ans, elle ne souhaitait plus se sentir isolée. "J'habitais en Charente au milieu des vignes. Rester seule en avançant dans l'âge me préoccupait." La résidence est complète, la dernière locataire ayant intégré son logement il y a trois semaines. "Ce qui compte, c'est de vivre au jour le jour avec des personnes qui savent que vous existez, qui se préoccupent de vous et s'inquiètent de ne pas vous voir un matin."
Mélissa Le Roy