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Des frères qui s’écharpent pour récupérer le siège de leur père, des dynasties qui durent depuis plus d’un siècle, un père et son fils repris de justice : autant d’histoires que racontent les dernières municipales. On s’est plongé pour vous dans la presse quotidienne régionale.
2 Achin, C. et Lévêque, S. (2014). « La parité sous contrôle. Égalité des sexes et clôture du champ politique ». Actes de la recherche en sciences sociales, 204(4), 118-137.
Seulement 2,75 % des communes françaises sont administrées par un ouvrier ou une ouvrière, alors qu’ils et elles représentent près de 10 % de la population française de plus de 18 ans. Patrick Durand est l’un d’entre eux. Il compose avec la fatigue, le manque de temps et les pertes de revenu pour jongler entre l’usine et la mairie.
1 Les conseils municipaux de toutes les villes peuvent décider d’octroyer une indemnité du maire inférieure à la grille de référence fixée par la loi. Les conseils municipaux des villes de 100 000 habitants peuvent la majorer de 40 %.
2 Les élections municipales de 2032 seront sûrement décalée à 2033, en raison des élections présidentielles et législatives prévues également cette année.
Selon la taille des communes, le renouvellement des élus ne s’observe pas de la même manière, notamment en fonction du genre. Dans les villes considérées par l’Insee comme « rurales non périurbaines », c'est-à-dire la catégorie la moins densément peuplée, 70 % des femmes élues - maires ou conseillères municipales - l'étaient pour la première fois, contre 51,5 % des hommes. Dans les communes les plus denses, l’écart s’affaiblit : 64 % des femmes et 58,5 % des hommes sont des nouveaux élus.
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En 2026, avec l’extension de la loi sur la parité en politique, toutes les communes, y compris celles de moins de 1 000 habitants, ont dû proposer des listes paritaires. Ainsi, on a vu arriver un grand nombre de conseillères municipales dans les plus petites communes.
Patrick Durand touche 2 000 euros nets d'indemnité par trimestre pour son poste de maire. Près de 650 euros par mois quand on touche un peu plus que le Smic (autour de 1 450 euros net), ce n’est pas négligeable. Mais il l’assure : « Je ne fais pas ça pour l’argent ». Il perd 8 à 10 jours de congés payés, pour assurer ses obligations d’édile, comme « les AG ou la sortie du club des anciens en décembre ». À l’usine, il est forcé de se mettre en indisponibilité « certains jours fériés, alors qu’ils sont hyper bien payés. Parce que le 8 mai, si je veux faire la cérémonie tranquillement, je ne peux pas travailler. Le 11 novembre, non plus. Je perds peut-être 200 euros de pouvoir d'achat juste pour ça. » Autre galère : la gestion des week-ends. « Quand je célèbre un mariage un samedi où je suis censé être à Laïta, je suis obligé de retravailler un autre samedi. » Bref, « on n'a pas d'avantages à être maire au niveau de l'usine ».
« La chance »
Pour autant, Patrick Durand ne cesse de répéter avoir « de la chance ». De la chance d’avoir un emploi du temps fixe qui lui permet de s’adapter : « À partir du moment où j'ai une date, je préviens mes chefs, et ils peuvent changer mon planning. Ça se fait assez facilement. Il y a d’autres usines où ça doit être très compliqué déjà de s'absenter une journée par-ci, par-là. » Pour le maire ouvrier, le rythme n’a jamais été trop dur à suivre au point qu’il ait l’envie d’arrêter. Ce qu’il redoute davantage, c’est d’avoir à constater un suicide ou à annoncer un décès à une famille du vilage : « Moi, j'ai eu des mariages, j'ai eu des baptêmes, j'ai eu des Pacs. Juste une fois, j’ai dû mettre des scellés sur un cercueil et constater que c’était le bon corps dedans. En six ans, j’ai de la chance. »
Jusqu’ici tout va bien, mais Patrick Durand n’a plus 20 ans : « Parfois, je fais des journées de 3h30 - 23h30, et le lendemain, il faut quand même se relever à 3h30. Quand on est jeune, on récupère vite, mais passé 50 ans, c'est de plus en plus dur. » Il vient de rempiler pour six ou sept ans2 de cette course au rythme effréné.
© Titouan Catel--Daronnat
Édité par Eva Lelièvre
1Marie Acabo, Sébastien Michon, Devenir des professionnel⸱les de la politique, une liste écologiste et citoyenne à la tête d’une ville, Du Croquant coll. Sociopo, 2025.