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© Lucie Porquet

© Augustin Brillatz

Rétablir l’éclairage public la nuit, c’est l’une des premières mesures que veut prendre Thomas Cazenave, le nouveau maire de Bordeaux. La décision de plonger la ville dans le noir datait de Pierre Hurmic, l’ancien maire écologiste, qui, face à la résistance de l’opposition, avait fini par décaler l’heure d’extinction des feux à 2h30 au lieu d’1h. Même chose à Besançon, où le nouveau maire Ludovic Fagaut a déjà rallumé la citadelle la nuit. À Strasbourg, Catherine Trautmann, fraîchement élue, promet de délibérer dès le premier conseil municipal sur la réduction des prix du stationnement, qui avaient été augmentés par sa prédécesseuse écologiste, Jeanne Barseghian. 

Ces reculs sur les mesures des anciennes équipes écologistes sont la suite logique du scrutin municipal du 22 mars. Sur les neuf grandes villes gagnées en 2020, seulement trois pavoisent encore en vert. Tantôt c’est Renaissance qui s’est installé, à Bordeaux et à Annecy, tantôt ce sont Les Républicains (LR), à Colombes et à Besançon. La commune de Fagnières, elle, est la première de la Marne à basculer au Rassemblement national (RN). À Strasbourg, la liste du Parti socialiste (PS), menée par Catherine Trautmann, a repris la mairie après une alliance controversée avec le candidat Horizons. Les listes écologistes gagnent malgré tout quelques villes moyennes, comme Bagnolet et Villepinte, et se maintiennent à Grenoble, Tours ainsi que Lyon. Mais la métropole lyonnaise, elle, passe aux mains de LR. 

Lorsqu’on défile la longue liste des homonymes présents sur des listes, un nom revient régulièrement : Lutte ouvrière. Exemple à Falaise, où Michel et Nelly Hie sont frère et soeur, ou encore à Saint-Brieuc avec le couple Le Foll-Van den Berghe. Les trotskistes seraient-ils plus « famille » que d’autres ? C’est plus compliqué que ça, d’après notre chercheur : « Ces partis d’extrême gauche sont très structurés mais ont relativement peu de membres et un fort contrôle à l’entrée, donc ils vont avoir tendance à se tourner vers les familles de leurs membres. » Avec 11 000 candidats pour 8 000 adhérents revendiqués, on imagine bien qu’il a fallu aller sonner aux portes de tonton et tantine pour compléter les listes. 

À lire aussi : « Si on milite pas, on crève » : l'indéboulonnable Lutte ouvrière

Du côté des Le Pen, la famille a toujours été sacrée. Dans un article de 2020, Christophe Lévêque soulignait l’importance du réseau familial dans les listes présentées par celui qu’on appelait encore FN lors des municipales de 2014. Un phénomène manifestement toujours d’actualité. À Angoulême, on retrouve le couple Limare mais aussi la mère du mari et le frère de la femme. Game of Thrones, version extrême-droite.

Dans certaines communes, l’écharpe de maire se transmet comme héritage, le plus souvent de père en fils. Réélu sans opposition en 2026, Marc-André Dodivers a succédé à son père, Bernard, en 2020, qui avait lui-même succédé à son père, André, en 1971, qui avait lui-même succédé à son père, Numa, en 1942, qui avait lui-même succédé à son père, Louis, en 1888. Vous êtes toujours là ? C’est pas fini : des ancêtres Dodivers avaient déjà occupé le fauteuil de maire entre 1818 et 1830 puis de 1832 à 1854. Record de longévité à battre : quarante-neuf ans d’exercice, avec Bernard. Élu à 52 ans, peu de chances que son rejeton Marc-André le batte. 

De Strasbourg à Bordeaux, en passant par Poitiers ou Besançon, les écologistes ont perdu six grandes villes aux élections municipales par rapport à 2020. Leur nombre d’élus est réduit à peau de chagrin, face à des majorités de droite ou du centre.

© Augustin Brillatz

Au RN, on aime la famille

Difficile de savoir si le phénomène est plus important cette année. Mais cela pourrait être le cas, d’autant qu’il y a une nouvelle règle : toutes les listes doivent obligatoirement être paritaires, y compris dans les communes de moins de 1 000 habitants. « Ça peut conduire à contacter des gens un peu par défaut, donc instinctivement je dirais que ça peut faire augmenter le nombre. Pour faire la parité, on va avoir tendance à aller chercher la femme d’un des co-listiers par exemple », estime Christophe Lévêque. Comme on n’a pas le temps d’aller fouiller les archives de la presse locale pour 2020 et 2014, on le croit sur parole. Mais pour éviter les listes aux allures de réveillon de Noël, le législateur veille. D’après le Code électoral, « le nombre des ascendants et descendants, frères et sœurs, qui peuvent être simultanément membres du même conseil municipal est limité à deux ». Une règle applicable seulement aux communes de plus de 500 habitants. Mais pas d’inquiétude pour les amateurs de cousinades : oncles, tantes, cousins et cousines ne sont pas affectés par ces interdictions. 

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Des proches concurrents en politique ? Une configuration pas si rare que ça. © Augustin Brillatz

Plus de 888 000 noms, répartis dans les 34 875 communes françaises. Le fichier Excel, colossal, commence par l’Ain, finit par la Nouvelle-Calédonie, et répertorie l’ensemble des personnes présentes sur une liste candidate pour les élections municipales de 2026. Plus de 160 Martin, des dizaines de Dubois et une centaine de Payet à La Réunion. Parmi eux, combien de frères et de sœurs, de maris et de femmes, de parents et d’enfants, de cousins et cousines ? Difficile de le savoir. « La seule information qui nous permettrait d’établir des données, c’est le nom de famille, mais sinon c’est impossible », confirme Christophe Lévêque, statisticien et chercheur à l’Université de Bordeaux, qui a enquêté sur les liens familiaux lors des élections municipales de 2008 et 2014. 

En bon matheux, il nous parle en « estimation à effet fixe par nom » pour étudier les « variations de probabilité » lorsqu’on l’interroge sur la possibilité de réaliser des statistiques fiables sur le sujet. On pourrait comprendre vite mais il faudrait nous expliquer longtemps, alors on choisit une autre méthode. Moins exhaustive, certes, mais tout aussi éclairante et fiable : la presse locale et régionale s’avère être une mine d’or sur le sujet. Des dizaines d’articles évoquent ces situations souvent insolites dans lesquelles des membres d’une même famille se retrouvent impliqués dans les élections municipales. Soixante-trois cas ont pu être établis. On démarre au pied du mont San Petrone, en Haute-Corse, où six des sept sièges du conseil municipal de Campana sont occupés par la famille… Campana. Ça ne s’invente pas ! Plus people : à Paris, c’est l’ancienne ministre Marlène Schiappa, présente sur la liste de Pierre-Yves Bournazel (Horizons), qui affrontait son père Jean-Marc, soutien de Sophia Chikirou (La France insoumise). C’est la fille qui a finalement été élue sur la liste de Rachida Dati. Il faut bien tuer le père. 

Loin des idées, près du coeur

Des proches concurrents en politique ? Une configuration pas si rare que ça, avec 18 cas recensés sur l’ensemble de nos données. À Saint-André (La Réunion), Jean-Marie Virapoullé (divers centre) affrontait son frère Laurent (soutenu par le Rassemblement national). Le premier affirmait même au Monde que « la politique n’est pas une question de filiation, mais de méritocratie ». Culotté : leur père Jean-Paul a été maire de la ville de 58 000 habitants pendant quarante-deux ans. Pas rancuniers, les deux frangins ont fini par mettre les désaccords de côté et fusionner leurs listes entre les deux tours. Ce qui ne les a pas empêchés de perdre la mairie à 34 voix près. 

À Mulhouse (Haut-Rhin), on est proche d’un mauvais scénario de comédie romantique. D’après L’Alsace, au moins trois couples s’affrontaient sur des listes différentes, avec notamment les Freybuger, présents sur les listes menées par Loïc Minery et Annouar Sassi ou encore Delphine Ghelli, présente sur la liste vainqueure de Frédéric Marquet, et son mari Pierre-Yves Guillot, en huitième position sur celle de Cécile Sornin. En Bretagne, les Briochins aussi sont désireux de mélanger amour et politique : d’après Ouest-France, trois couples faisaient partie de la liste Unité pour combattre l’austérité à Saint-Brieuc, tout comme sur la liste Vivre Saint-Brieuc.

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