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Amincies, élargies, alourdies ou plus légères, nos silhouettes ne sont plus les mêmes. Stress, réconfort dans les aliments, télétravail et horaires déréglés ont modifié notre apparence.

 

Des habitudes alimentaires bouleversées

“Avant le confinement, je n’arrivais pas à me dire ‘pas de sucre à la fin du repas’. C'était comme une drogue. Maintenant, j’écoute mon estomac. Quand je n’ai pas faim, je n’ai pas faim”, réalise Jean-François Grasser. Ce fonctionnaire est passé de 83 à 76 kilos et “flotte dans ses pantalons”. Il voulait qu’il y en ait toujours assez pour cinq personnes pendant 15 jours. “J’ai privilégié mes enfants. Je me suis rationné.” Exit fromage, pain et dessert automatiques : “J’ai perdu ce réflexe ”, constate le Brumathois, qui se sent mieux dans son corps et compte le garder tel quel.

Pendant que Jean-François Grasser disait adieu à ses mauvaises habitudes, Rémi Charles et Florent Geslin en adoptaient d’autres. Le confinement a conduit le premier à “manger un paquet de biscuits par soir. Dès que j’ouvrais le paquet, je me l’enfilais en dix minutes”, avoue ce Sélestadien de 42 ans. Le second s’est mis à grignoter à cause du télétravail : “Quand tu bosses chez toi, tu as tout à portée de main. Entre deux réunions, tu prends un café et souvent un petit gâteau avec.” Contraint par la fermeture des marchés, il a dû remplacer les produits frais qu'il avait l'habitude de cuisiner par des produits transformés. 

Tout l’inverse de Sylvie Gruber, quinquagénaire de Schiltigheim, qui a fait du confinement un allié. Bien qu’elle se présente comme une fervente adepte de la nourriture bio, il lui arrivait auparavant de “manger des plats préparés”, par manque de temps. “Pendant le confinement, j’ai commencé à m'organiser en achetant des paniers de légumes”, sourit-elle. “Maintenant, je préfère manger une salade de carottes plutôt qu’un plat tout fait. Avec le confinement, j’ai même eu le temps de manger des pommes !” Sylvie Gruber a perdu cinq kilos. Rien de volontaire mais “un sentiment d’être comme quand j’étais adolescente”, plaisante-t-elle.

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Grignotage ou perte d'appétit, avec le confinement, les Bas-Rhinois ont vu leur corps changer. © Marylou Czaplicki

L’avis d'Amandine Brendlen, diététicienne-nutritrionniste à Strasbourg : “Si on veut manger sainement, le mieux, c’est d’éviter les plats préparés. L’idée, c’est de faire une transition progressive vers des aliments naturels, plus bruts, moins transformés. Je conseille de manger une soupe maison plutôt qu’une soupe en brique. Par contre, si on n’a pas beaucoup de temps pour cuisiner, on peut toujours manger des conserves ou des surgelés par exemple.”

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Totalement déréglés, certains Bas-Rhinois se sont surpris à grignoter la nuit, juste avant d'aller se coucher. © Marylou Czaplicki

Quand les rythmes se dérèglent 

“Avec le confinement, je me suis pas mal déréglé”, raconte Florent Geslin, 42 ans : “Je déjeunais vers 14h et je dînais vers 21h30.” Une modification du rythme des repas qu’a également connue Justine Reibel. “J’ai eu tendance à vivre la nuit et à peu dormir certains jours”, confie l’élève scolarisée en terminale à Brumath, qui se sent “plus fragile”. Ces changements dans leur horloge biologique ont pourtant eu des effets opposés : là où Justine a perdu trois kilos, Florent reconnaît en avoir pris six. “Comme j’étais moins fatigué de mes journées, je me couchais tard”, explique-t-il. “Il m’arrivait de grignoter vers 23h30-minuit, juste avant de dormir.” 

L’avis de la spécialiste : “Le confinement a fait brutalement changer les rythmes de vie. Le mieux dans ce type de situation, c’est d’essayer de garder des heures fixes, en écoutant sa faim. Et si on a pris un peu de poids, ce n’est pas dramatique, ça va se réguler tout seul avec le retour à la vie habituelle.”

 

Le ventre, ce deuxième cerveau

À cause du stress, le Sélestadien Rémi Charles a pris sept kilos : “J’ai mal vécu ce moment, je me suis senti très seul. Je mangeais pour passer le temps.” D’autres ont vécu l’exact opposé. Stéphane Bader, 38 ans, chef d’entreprise à Sélestat, raconte qu’il “n’avait jamais faim”. “Le fait de m’alimenter était passé au second plan”, regrette celui qui dit désormais essayer de vouloir reprendre de bonnes habitudes et faire à nouveau trois repas par jour.

L’avis de la spécialiste : “Le confinement a engendré beaucoup de pression. Certains ont pu trouver refuge dans la nourriture, en recherchant des aliments réconfortants. Ces types de produits, comme le fromage, le chocolat ou un verre de vin par exemple, permettent de libérer des hormones d’endorphine, qui ont un effet très relaxant sur l'organisme et sur le bien-être psychique.”

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Le stress influe sur le cerveau, qui lui-même influe sur l'estomac. Avec la pression, la nourriture a servi de refuge à certains pendant le confinement. © Marylou Czaplicki

Régime : un pari toujours difficile

“Avec les fast-foods fermés, je me suis dit que c’était l’occasion de faire une diète”, retrace Célia Issenhuth, 23 ans. “J’ai entièrement changé mon alimentation et j’ai fait un jeûne intermittent.” Confinée en famille à Nordhouse, la jeune femme a perdu six kilos et a “constaté du changement au niveau des cuisses et du ventre”. Depuis la fin du confinement, Célia Issenhuth a repris trois kilos. “J’étais fière de la transformation de mon corps, mais la gourmandise est plus forte”, s’amuse-t-elle.

Selon un sondage Ifop, seuls 18% des Français interrogés envisagent de suivre un régime maintenant qu’ils sont de nouveau libres de leurs mouvements. Une preuve, peut-être, que le monde d’après pourrait être celui de l’acceptation de soi. 

L’avis de la spécialiste : “Les régimes sont seulement pour les personnes qui n’ont pas le choix, qui ont des pathologies comme des problèmes d’estomac. Si vous voulez perdre quelques kilos, je ne vous conseille pas de faire un régime mais plutôt de passer à un rééquilibrage alimentaire, avec des produits variés et non transformés.”

Marylou Czaplicki
Alix Woesteland

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