En deux semaines de guerre au Moyen-Orient, le prix du gazole a bondi de 16 % en France, dépassant parfois les 2 euros le litre, mardi 10 mars. À Strasbourg comme ailleurs, les automobilistes réduisent leur plein tandis que le gouvernement lance des contrôles pour traquer les éventuelles « hausses abusives ».

Les prix du gazole ont dépassé les 2 € dans certaines stations-service, mardi 10 mars, notamment à Strasbourg. © Esther Dabert
« Je ne vais pas mettre plus de 10 euros. » Lucas Bellevoix est l'un des rares automobilistes à s'être arrêtés à cette station-service du centre de Strasbourg ce mardi 10 mars. Et pour cause, les prix qui y sont affichés sont parmi les plus chers des environs (1,95 € le SP-95 et 2,15 € le gazole). « Je suis sur la réserve donc je n’ai pas le choix, explique ce propriétaire d’une Cupra dans un rire jaune. Je vais mettre juste ce qu'il faut pour sortir de la ville et je ferai le plein où ce sera moins cher… enfin si j'arrive à trouver avec la flambée des prix. »
Depuis le 27 février, veille des premières frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le prix du gazole a fortement augmenté dans l’Hexagone (+ 16 %), dépassant par endroit les 2 € le litre. Une situation jamais vue depuis l’été 2022 qui pourrait bien se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine. Les cours mondiaux du pétrole ont chuté (- 10 %) après la déclaration du président américain Donald Trump qui a affirmé que la guerre en Iran « va se terminer bientôt ». Cependant en Europe, les répercussions directes de cette flambée des prix du baril sont encore à venir du fait des bombardements visant les sites pétroliers au Moyen-Orient et du blocage du détroit d'Ormuz.
L’impact sur le quotidien des automobilistes ne s’est pourtant, lui, pas fait attendre. « Je ne vais plus voir ma famille aussi souvent qu’avant », rapporte Clara Herborn, les yeux baissés tandis qu’elle remplit sa petite Toyota grise. Si l’étudiante en alternance ne paye pas elle-même l’essence de sa voiture, elle fait attention à ne pas coûter trop cher à ses parents. « J’essaye de prendre moins la voiture. Là, je pense que faire le plein complet ce ne serait pas raisonnable… »
« 16 % d’anomalies » dans les stations-services
Pour Cédric Hermann aussi la facture est salée : 140 € pour 66 litres de gazole dans sa Mercedes. « C’est pour le travail alors je dois absolument faire le plein », explique l’homme emmitouflé dans une doudoune orange. Cet amateur de géopolitique est plutôt pessimiste à l’évocation d’une potentielle amélioration de la situation dans les prochaines semaines. « Les distributeurs ont déjà augmenté les prix sur leur réserve personnelle parce que leurs barils, ils ne les ont pas achetés au prix actuel, analyse-t-il d’un air las. Je n’ai pas d’espoir. »
C’est justement pour lutter contre ces « hausses abusives à la pompe » que le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé dimanche un vaste plan de contrôle de 500 stations-service sur les près de 11 000 du pays par la répression des fraudes, pendant trois jours. « La guerre au Moyen-Orient ne peut pas servir de prétexte », a martelé le chef du gouvernement sur son compte X où il a fait l’annonce.
Ce mardi matin, près de la moitié ont été réalisés. « Sur 231 contrôles, il y a eu 6 % de procès-verbaux, donc de sanctions », a détaillé le ministre du Commerce, Serge Papin. La ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a de son côté fait état d’« environ 16 % d’anomalies » parmi les établissements contrôlés, précisant que « certaines, évidemment, ont été sanctionnées par des amendes ». La main sur la pompe, Cédric Hermann doute : « Est-ce qu’on est sûrs de la fiabilité de ces contrôles ? Parce que le gouvernement aussi est gagnant dans l’histoire. C’est lui qui récupère la TVA à la fin. »
Face à la flambée des prix, Francis Pousse, le président du syndicat professionnel Mobilians, qui représente 5 800 stations-service, avait quant à lui rappelé sur RMC que : « Le contrôle des marges est possible, mais le carburant bénéficie d’une liberté des prix au même titre que la baguette de pain. »
Des mesures pour freiner la hausse des prix
Afin de lutter contre ces augmentations, plusieurs mesures ont été avancées par les oppositions. À commencer par le leader de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon qui a estimé sur X qu’il « serait plus simple de bloquer les tarifs, car toute hausse dans le contexte est abusive ». Du côté du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient prôné mercredi une réduction de certaines taxes, notamment la TVA qui passerait de 20 % à 5,5 % sur les énergies. Une proposition jugée « inconcevable » par la porte-parole du gouvernement compte tenu de la situation financière du pays.
Le RN réclame aussi la réduction de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), l’accise sur les carburants, qui s’applique à tous les produits pétroliers. En 2024, elle avait rapporté 30,2 milliards d'euros à l’Etat soit 1 % de son PIB.
Esther Dabert
Édité par Quentin Baraja