
Dans sa stratégie bas carbone, la France souhaite sortir des énergies fossiles d’ici 2050. © Paul Fleury
Dans un rapport rendu jeudi 12 mars, le Haut Conseil pour le climat a évalué la stratégie nationale bas carbone de la France. Si les objectifs affichés sont louables, quelques points restent à préciser pour mettre en place des politiques climatiques efficaces.
C’est un avis en demi-teinte. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a rendu son appréciation ce jeudi 12 mars sur la troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC). Feuille de route en matière climatique, elle vise à atteindre la neutralité carbone en 2050. Le HCC, chargé de l’évaluation des politiques climatiques françaises, a salué « les avancées et l’ambition » du gouvernement mais s’interroge sur la mise en place effective de sa stratégie.
Le 16 décembre dernier, le gouvernement a déposé un texte de plus de 200 pages dessinant les orientations des politiques climatiques des dix années à venir. Objectif : réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990. Le Haut Conseil pour le climat a réclamé une « mise en œuvre rapide » du texte qui, avant d’être publié, doit être soumis à plusieurs instances. La SNBC devrait être publiée au printemps, avec près de trois ans de retard. Plusieurs fois reportée, la mise en place et l’évaluation de la stratégie nationale pour le climat a souffert de l’instabilité politique et du faible engagement environnemental des gouvernements depuis 2024. Et ce, alors même que le scénario de limitation du réchauffement à +1,5 °C établi par les Accords de Paris n’est plus envisageable.
« Il est urgent de sortir des énergies fossiles »
Pilier des politiques climatiques, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est au cœur de la SNBC. La copie du gouvernement prévoit une baisse des émissions dans l’ensemble des secteurs d’activité, de l’agriculture à l'industrie en passant par les transports. Pour y parvenir, la France a rehaussé ses ambitions par rapport à sa dernière stratégie nationale. La baisse des émissions à effet de serre à l’horizon 2050 passe ainsi de -93 % contre -85 % dans les prévisions précédentes. Si les scénarios sont ambitieux, le Haut Conseil pour le climat émet quelques réserves quant à leur mise en place. Les émissions devraient baisser de 4,5 % par an pour atteindre les objectifs affichés, un chiffre bien éloigné de celui des années précédentes. En 2024 et 2025, la diminution des émissions était respectivement de 1,6 % et 1,8 %.
Autre point saillant : les énergies fossiles, responsables de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans sa feuille de route, le gouvernement détaille un calendrier de sortie des fossiles : en 2030 pour le charbon, en 2040 pour le pétrole et en 2050 pour le gaz fossile. En réaction au contexte international, le Haut Conseil pour le climat souligne l’importance de la souveraineté énergétique. « On est en plein dans un choc pétrolier (...) il est urgent de sortir des énergies fossiles », a souligné à l’AFP le président du HCC, Jean-François Soussana. Pour l’expert, le calendrier de sortie des énergies fossiles manque de clarté et de détails sur les modalités à mettre en place dans chaque secteur.
Pour absorber les émissions de Co2, deux options sont envisageables : les puits de carbone naturels - à savoir les sols ou forêts -, et les solutions technologiques. Face à la dégradation des écosystèmes forestiers et agricoles, liée aux effets du changement climatique, les politiques prévoient un fort investissement dans les solutions technologiques. Les experts du HCC alertent toutefois sur la « disponibilité incertaine des volumes et des sites de stockage » et préconisent de travailler aussi sur le renouvellement des espaces naturels. Ils rappellent que la France ne respecte pas, pour l'instant, l’objectif réglementaire européen d’absorption minimum de Co2 par ses sols et forêts.
Plus de sobriété et des financements à préciser
Qui dit politiques ambitieuses dit financements nécessaires. Et, comme beaucoup des politiques publiques de long terme, c’est la zone d’ombre de la SNBC. Sacrifiée sur l’autel de la baisse du déficit public, l’enveloppe dédiée à l’environnement a encore diminué en 2026. À titre d’exemple, le budget du programme France 2030, qui accompagne la réindustrialisation verte a été amputé de 1,1 milliards d’euros. Le financement de la mission Agriculture, lui, a baissé de 2,4 % par rapport à 2025. La rénovation des logements, le changement des chaudières au fioul ou encore la transition « verte » des industries - utiles pour réduire les émissions -, nécessitent toutefois des fonds importants. Le Haut Conseil pour le climat précise donc qu’une feuille de route budgétaire précise manque à la stratégie du gouvernement et doit être établie afin de chiffrer les investissements nécessaires.
L’avis du HCC met aussi en avant la faible prise en compte de la sobriété. À savoir, selon le (GIEC), « l’ensemble des mesures et des pratiques quotidiennes qui permettent d’éviter l’utilisation d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau ». Pour les experts, le gouvernement fait encore trop peser la sobriété sur des gestes individuels. Ils suggèrent, par exemple, « de décarboner l’ensemble du système alimentaire » et « d’adopter une alimentation saine et moins riche en produits d'origine animale ».
« Dans les grandes lignes, on va essayer d'être plus précis », a assuré à l’AFP le cabinet de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, suite aux recommandations du Haut conseil pour le climat. Il reste donc quelques mois au gouvernement pour réaliser les ajustements nécessaires avant l’adoption du texte.
Anouk Seveno
Édité par Arthur Besnard