À l'approche des élections municipales, la presse de proximité joue plus que jamais un rôle central dans la vie politique française. Avec 51 titres sur le territoire, le maillage est immense, mais dans un rapport publié le 10 mars, Reporters sans frontières alerte sur les difficultés rencontrées par les médias locaux.

En France, 51 titres quadrillent le territoire. © Pauline Moyer
Que ce soit à travers l'organisation d’un débat, comme l’a fait les Dernières Nouvelles d’Alsace, la mise en lumière des bilans de mandats proposée par la Voix du Nord ou encore les vidéos incarnées sur les réseaux sociaux de la Nouvelle République, on ne peut pas passer à côté du rôle central de la presse locale dans les élections municipales 2026, dont le premier tour aura lieu ce dimanche 15 mars.
En France, 51 titres quadrillent le territoire, et malgré leur grand nombre, les journaux locaux font face à de grandes difficultés. Notamment, la concentration : neuf grands groupes possèdent 47 de ces 51 titres. D’après une enquête menée par Médiacités, le nombre de départements possédant au moins deux titres de presse appartenant à des entreprises différentes a été divisé par deux en 2009 et 2019, passant de 34 à 17.
« La réduction de l’information locale a pour conséquence la remise en cause de la capacité de chacun à pouvoir se forger une opinion pour s’insérer sereinement dans le débat démocratique », déplore Thibaut Bruttin, directeur de Reporter Sans Frontière dans l’introduction du rapport intitulé «l’information locale en première ligne », publié le 10 mars. Dans la publication, l’ONG alerte sur les difficultés que rencontrent les médias locaux, en presse écrite, radio, ou télévision.
Conséquence directe du regroupement des médias, de moins en moins de journalistes sont embauchés par les titres locaux. Selon les chiffres de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), on compte près de 19 000 journalistes professionnels en Île-de-France, 1 500 en Bretagne et 700 dans le Centre-Val de Loire. Rapporté à la population de chaque région, on se retrouve avec 151 journalistes pour 100 000 habitants en Île de France, 42 en Bretagne, et seulement 26 dans la région Centre-Val de Loire.
Le nombre de journalistes diminue dans beaucoup de régions, et cela s’explique notamment car beaucoup de départs à la retraite ne sont pas remplacés, à cause des difficultés économiques rencontrées par les médias locaux. Dans l’ensemble, les principaux titres connaissent depuis plusieurs années une baisse de leurs ventes.
D’un côté, la presse quotidienne régionale, comme le reste du secteur, fait face à la montée des prix du papier. De l’autre, le premier janvier 2026, la Poste a augmenté de 7 % en moyenne ses tarifs de distribution, explique l’ONG Reporters sans frontières dans son rapport. Cette hausse concerne près de l’ensemble des 4 864 publications enregistrées sur les listes de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) en 2026. Il s’agit d’une instance qui permet à certains titres de presse de bénéficier de tarifs postaux avantageux.
Outre cette augmentation des coûts, on observe de plus en plus de fermeture au sein des médias locaux. Début 2026, la chaîne de télévision locale des Hauts-de-France Weo a été placée en liquidation judiciaire et a été contrainte de raccrocher l’antenne, après un désengagement de la région et une chute de ses revenus publicitaires. Pourtant, elle représentait à elle seule près de 30 % de l’audience des télés locales en France.
Pauline Moyer
Edité par Zoé Fraslin