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Pauvreté infantile, le Parlement européen pousse à l'action


12 février 2026

Ce jeudi 12 février, le Parlement européen s'est prononcé en faveur d'un rapport de lutte contre la pauvreté qui replace les enfants au centre de l'enjeu, grâce à un budget propre. Un texte clé dans le cadre de la nouvelle stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, prévue au deuxième trimestre 2026.

L’éradication de la pauvreté est un choix politique”, affirme João Oliveira (The Left, extrême gauche), à l’origine d’un rapport d’initiative de lutte contre la pauvreté. Adopté à 385 voix contre 141 ce jeudi 12 février, ce texte vise à éradiquer la pauvreté d’ici à 2035, en faisant de la précarité infantile une priorité. Il est d’autant plus crucial qu’il permet au Parlement d'influencer la Commission avant la publication d’une nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté, au deuxième trimestre 2026. L’ambition est claire : réduire d’au moins 5 millions le nombre d’enfants en risque de pauvreté, qui s'élève aujourd’hui à 19,5 millions, soit un enfant sur quatre. Pour y parvenir, les députés se sont prononcés pour l’accès gratuit à l’éducation, à la santé, à un repas sain par jour ou encore au droit à un logement adéquat. Des mesures étroitement liées à l’adoption d’un budget de 20 milliards d’euros, pierre angulaire du rapport.

Rompre le cycle de la pauvreté

Eurodéputés, ONG et experts, ont travaillé ensemble pour comprendre concrètement ce qu’est la pauvreté infantile et la définir. Des critères liés aux conditions de vie de l’enfant ont été retenus. “Un enfant pauvre est un enfant qui ne mange pas assez, qui n'a pas un logement confortable, qui n'a pas assez d’argent pour aller à l'école, chez le dentiste...”, explique Ally Dunhill, directrice de la politique et de la communication pour le réseau d’organisations Eurochild. Lutter contre ces problématiques permet surtout d’éviter la perpétuation de la précarité. “Parce qu’un enfant pauvre sera un travailleur pauvre et un retraité pauvre, il faut rompre le cycle de la pauvreté, sa transmission entre les générations”, a souligné João Oliveira.

Des actes plutôt que des paroles

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait déjà inscrit la pauvreté infantile dans ses orientations du mandat précédent, notamment avec la Garantie européenne pour l’enfance. Adoptée en juin 2021 par le Conseil des ministres européens, elle n’est toutefois pas contraignante et faute de budget propre, les plans d’action nationaux ne peuvent être exécutés. “L’UE n’a pas tenu ses promesses, c’est un échec politique”, déplore Leila Chaibi, députée du groupe d'extrême gauche The Left.

Alors que le vote du budget 2028-2034 de l’UE se profile, le Parlement entend fixer des objectifs concrets, grâce à un budget spécifique d’au moins 20 milliards d’euros pour la Garantie européenne pour l’enfance. “Nous sommes des acteurs politiques réalistes, pragmatiques. Nous savons qu’il y a un prix attaché à ces politiques. Parfois les rapports sont bons, mais ne sont que des mots. On a besoin d’actions, et pour ça, on a besoin d’argent”, insiste Aodhàn O Riordain (S&D, gauche), rapporteur fictif. Il s’agit donc pour les députés européens d’envoyer un message politique fort et “d’exercer une pression politique pour que très rapidement, il y ait une proposition législative qui émane de la Commission”, brigue Martin Schirdewan, coprésident The Left.

Les députés estiment que sans budget, la Commission ne parviendra pas à atteindre les objectifs fixés. © Anaïs Coste et Lilou Marjolet

"Investir tôt pour économiser demain"

Mais l’impératif d’un budget de 20 milliards ne fait pas consensus au Parlement européen. Pour le groupe d’extrême droite PfE, il faut parier sur “le travail, la création de richesse et le respect des compétences de chacun”. Quant au reste de l’hémicycle, tous considèrent que ce budget n’est pas une dépense sociale mais un investissement. “La politique de l’enfant nous coûte des dizaines de milliards d’euros, sous forme de politiques de santé, de prestations sociales qu’il faudra payer plus tard. Investir tôt dans les enfants, c’est économiser beaucoup demain”, assure Niels Geuking, député PPE (droite).

Un amendement déposé par l’extrême droite a bien failli supprimer l’objectif chiffré du rapport. Une stratégie d’opposition le vidant de sa substance. Tout compte fait, les 20 milliards font bel et bien partie du texte, voté par une petite majorité des députés (291 contre 238). Reste à savoir s'il sera retenu par la Commission, qui fait de sa prochaine stratégie de lutte contre la pauvreté “une priorité politique quinquennale”, indique un fin connaisseur du dossier.

Anaïs Coste et Lilou Marjolet

L’Espagne, triste championne de la pauvreté infantile

Derrière la Roumanie, l’Espagne est le pays le plus touché par la pauvreté infantile dans l’Union Européenne, avec un enfant sur trois en situation de risque de pauvreté ou d’exclusion. Un chiffre alarmant, qui contraste avec la forte croissance économique du pays, gouverné par les socialistes. Les causes sont multiples : faiblesse des politiques publiques en matière de protections sociales, accessibilité des services, niveau de revenus des ménages… Dans un rapport de novembre 2025, l’ONG Caritas dénonce notamment un ascenseur social dysfonctionnel. "Il y a un échec profond des politiques sociales de mon pays, regrette Estaras Ferragut député PPE espagnol (droite). On a besoin d’une stratégie ambitieuse, intégrale et qui place les enfants au centre de l’action publique."

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