12 février 2026
Dans l’hémicycle de Strasbourg, le ton est donné dès les premiers votes. Sur la protection des agriculteurs dans l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, la majorité s’est dessinée autour du Parti populaire européen (PPE, droite).
Depuis sa victoire aux élections européennes de 2024, la droite impose son tempo en plénière, comme elle le fait déjà à la Commission et dans une grande partie des gouvernements nationaux.
Longtemps perçu comme une institution progressiste, le Parlement européen a vu son centre de gravité se déplacer. La gauche et les écologistes continuent d’y faire entendre leur voix, mais ils n’en fixent plus autant l’agenda en Conférence des Présidents, au profit du PPE parfois allié à l'extrême droite. Pour les observateurs français, cette évolution est d’autant plus frappante que la plus grande délégation de l'Hexagone au sein des groupes est celle de Patriots for Europe (PfE, extrême droite).
Sur l’urgence du renforcement de la défense européenne, relancée par l’instabilité géopolitique et le retour de Donald Trump, un consensus traverse l’hémicycle. Sur le fond, l’accord est quasi général ; sur les moyens, beaucoup reste à préciser. Là encore, le PPE avance en chef de file, porté par l’alignement des États membres.
La gauche n’est pas pour autant absente. Jeudi, lors du vote sur le rapport de lutte contre la pauvreté, le PPE s’est allié aux socialistes et aux Verts. Des alliances subsistent, notamment sur certains textes sociaux, mais elles deviennent de plus en plus rares.
C’est sur l’immigration que les fractures apparaissent le plus nettement. Les parlementaires européens ont durci les politiques migratoires de l'UE en adoptant deux législations qui externalisent le droit d'asile. Pour les adopter, le PPE a pu notamment compter sur le soutien du groupe Patriots for Europe (PfE, extrême droite). En avril 2025, son président Manfred Weber affirmait qu’aucune alliance ne serait possible avec lui. Ces votes sur la réforme du droit d’asile montrent pourtant l’inverse.
Sans être dominé par l’extrême droite, le Parlement voit ses thèmes et son agenda se droitiser. Plus qu’un basculement brutal, c’est un glissement progressif qui s’opère : celui d’un PPE qui, au nom de l’efficacité, accepte de plus en plus les rhétoriques à sa droite.
Marion Guédot