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L’Europe de la défense face à l’imprévisibilité de Donald Trump


12 février 2026

À Strasbourg, les déclarations de Donald Trump ont ravivé les doutes sur la fiabilité américaine. Face à cette incertitude, l’Union européenne se voit contrainte de concrétiser son virage stratégique.

Cette semaine à Strasbourg, l’inquiétude géopolitique n’était plus feutrée : elle s’est exprimée frontalement. Les prises de position de Donald Trump sur l’OTAN, son souhait de voir le Groenland passer sous la coupe américaine, ses signaux parfois ambigus envers Moscou et ses allusions répétées à un possible désengagement international ont fait réagir le Parlement. “Trump veut détruire l’UE, l’OTAN et l’ONU. Qu’est-ce qu’il doit faire de plus pour qu’on comprenne qu’il est une menace à notre sécurité ?”, a lancé Jaume Asens Llodrà (Les Verts, écologistes), résumant la nervosité d’une partie des députés. Même tonalité, plus mesurée chez Pascual de la Parte (PPE, droite), qui confie dans un entretien que “les incertitudes causées par les États-Unis sont le plus grand défi pour l’UE.” Au-delà des formules, un constat s’impose : l’imprévisibilité américaine est devenue un facteur stratégique à part entière, obligeant l’Europe à concrétiser sa mue sécuritaire.

Réarmer l’Europe : l’industrie de défense au cœur du sursaut stratégique

Pour répondre à cette urgence, la Commission européenne propose un renforcement massif de la base industrielle via le plan ReArm Europe et son instrument financier. Le commissaire Andrius Kubilius a affirmé que l'industrie de défense “doit accroître ses lignes de production et produire, produire et produire.” Cette transformation concrète nécessite selon lui des investissements majeurs, comme les 150 milliards d'euros de prêts déjà engagés, afin de transformer ce “géant assoupi” en une puissance capable de protéger ses infrastructures critiques et d'assurer une dissuasion efficace par ses propres moyens technologiques.

Le plan ReArm Europe entend transformer le "géant assoupi" qu'est l'Europe en une puissance véritable. © Emeric Eymet

Comment réveiller le géant ? 

La majorité des groupes politiques européens sont d’accord sur ce constat : il faut réveiller “le géant”, à savoir le complexe militaro-industriel de l’Europe assoupi depuis 1945 sous le parapluie américain de l’OTAN, l’Organisation du traité de l'Atlantique nord qui compte 32 membres. “Si demain nous avions une attaque directe contre un territoire d’un pays européen, comment répondrait-il ?, se demande José Cepeda du groupe S&D, gauche. C’est le rôle de la Commission et du Parlement d’essayer de réveiller le géant.”

Une question a pourtant divisé l’hémicycle : avec ou sans l’OTAN ? “Nous devons moderniser notre défense mais en fin de compte, nous avons besoin du partenaire OTAN”, plaide Engin Eroglu (Renew, centre-droit). Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l’Institut Français de Géopolitique, partage ce constat : “Nous n’avons pas d’armée commune, presque pas d'entraînement communs comme l’OTAN, pas de plans, pas de leader comme les Etats-Unis à la tête de l’OTAN.” Selon lui, la défense européenne n’existe pas, seul se met en place un marché commun pour que les Etats puissent s’équiper en masse. “Arrêtons de voir l’OTAN et l’UE comme des acteurs, ce sont juste des cadres d’alliance d’Etats souverains et ils ne sont pas d’accord. C’est toute la difficulté car en face, la Russie est un État.” Selon lui, la seule option serait de renforcer le leadership de l’Europe, Royaume-Uni compris, au sein de  l’OTAN, selon le souhait des Etats-Unis. 

Rêve éveillé et grand sursaut

Mark Rutte, à la tête de l’OTAN, était venu rencontrer les députés européens le 26 janvier dernier. Il évoquait la défense européenne comme une illusion : “Keep on dreaming”, continuez de rêver a-t-il lancé. Beaucoup de députés ont souhaité répondre à Mark Rutte dans l’hémicycle, à l’image de Reinier Van Lanschot (Les Verts, écologistes) :  “Ce n'est pas un rêve, c'est un plan.” Mais à l'heure où les Etats-Unis menacent de s’emparer du Groenland, territoire du Danemark, membre de l’OTAN et l’UE, les Européens restent divisés.

Flavia Adamciuc et Juliette Subra de Bieusses

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