Après sa victoire aux élections municipales de Strasbourg en mars 2026, Catherine Trautmann tarde à adopter une ligne économique claire. Les résultats du double audit financier sur l'endettement de la ville promis durant sa campagne politique et commandés à son arrivée paraissent aujourd'hui. Retour sur cette promesse de campagne et ce qu’elle présage en matière de gestion municipale.

De nombreux projets économiques repoussés ou supprimés par la nouvelle municipalité de Catherine Trautmann.
Catherine Trautmann voulait le lancer dès son éventuelle élection. Elle l’avait annoncé en même temps que l’officialisation de sa candidature aux dernières municipales, le 10 octobre 2025. C’est désormais chose faite : les conclusions de l’audit financier portant sur l’endettement de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg seront présentées cet après-midi. Elles ont suivi le même processus, démarré au printemps et confié aux mains du cabinet de conseil britannique Deloitte.
Aux Dernières Nouvelles d’Alsace, en juin, la maire socialiste indiquait vouloir « un appui indépendant, hors politique et hors polémique, à la stratégie financière, pour éclairer les choix budgétaires à venir ». Elle ajoutait « [avoir] besoin d’un audit pour connaître le rythme de désendettement ». Mais en avait-elle vraiment besoin pour évaluer la dette, ou pour asseoir une nouvelle politique plus austéritaire, aux antipodes de la doctrine dépensière de sa prédécesseure ?
Un rapport récent de la Chambre régionale des comptes (CRC) Grand-Est faisait déjà une synthèse de la gestion budgétaire écologiste, puisqu’il avait été publié le 23 juin 2025. Les magistrats indiquaient que la dette de la ville de Strasbourg avait bondi, passant de 203 millions d’euros au début du mandat à une projection tablant sur 491 millions d’ici 2027.
Ils envisageait également un délai de désendettement à « 11,9 années en 2027 », le seuil d’alerte étant fixé à 12 ans. Mais il s’agit là d’un indicateur recommandé par l’État, et en aucun cas d’une limite légale. Ce que ne manque pas de rappeler Syamak Agha Babaei (SE), ex-premier adjoint chargé des finances, qui tente d’expliquer les choix budgétaires de son équipe, dirigés vers les investissements : « Le seuil des 12 ans est une « bonne pratique » financière qui n’a aucun lien avec la durée d’amortissement d’un équipement. Vous ne construisez pas une école à 25 millions d’euros pour qu’elle soit utilisée 12 ans ! »
Cette démarche – et en particulier la décision de recourir à un prestataire privé – a fait l’objet de vifs débats au sein du nouveau conseil municipal, avec des critiques menées de front par le groupe d’opposition formé autour de la maire sortante, Jeanne Barseghian (Les Écologistes) ; ainsi que celui mené par Florian Kobryn (LFI).
Clash sans fin au sujet de la dette
La guéguerre entre la socialiste et l’écologiste ne date pas d’hier. Pourtant, il y a six ans, les deux femmes avaient hésité à faire liste commune pour les municipales de 2020. Depuis, les clashs n’ont pas cessé et la campagne de 2026 a vu le débat se brutaliser autour des finances publiques à plus d’une reprise. « Je ne suis pas surprise de la situation des finances de la Ville, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit si difficile », lançait encore la maire, élue fin juin, devant les médias. Syamak Agha Babaei, désormais conseiller municipal d’opposition, dénonce une stratégie qu’il juge revancharde : « Il s’agit de vendre une situation catastrophique pour justifier la trajectoire libérale de la nouvelle équipe municipale, avec une réduction des services publics, une politique d’inaction et anti-écologique. » Sollicité par Webex, le premier adjoint chargé des finances, Mathieu Cahn (PS), n’a pas souhaité répondre et nous a renvoyé vers la conférence de presse qui se tiendra cet après-midi.
Le 30 juin, lors d’une rencontre devant les médias à l’occasion des 100 premiers jours de son mandat, Catherine Trautmann résumait aux journalistes les grands projets à venir. A savoir : un nouvel incinérateur, la relance du tram Nord, une circulation plus fluide sur la M35 et un projet de gare « suspendue et futuriste », connectée à la route métropolitaine. Des réalisations conditionnées aux résultats de l’audit : « Mon problème c’est l’argent. On a un mur devant nous », indiquait-elle aux journalistes.
Des projets suspendus pour être réévalués
La réalisation de cet audit budgétaire - même si Mathieu Cahn s’en est défendu à plusieurs reprises dans la presse ces derniers mois - coïncide avec la mise à l’arrêt de nombreux chantiers entamés par la municipalité sortante, pour les rediscuter, les « revoir » ou encore les « rephaser ».
“L’exemple phare pour moi, c’est la maison urbaine de santé du quartier Laiterie, déplore Syamak Agha Babaei. Des médecins et soignants réfléchissent depuis deux ans à la configuration des locaux, au recensement des besoins et à l’accueil des patients… Est-ce que ce collectif sera encore là après la suspension ? » A ce jour, aucun nouveau calendrier n’a été détaillé par l’équipe de Catherine Trautmann.
La construction de cette maison de santé avait pourtant été approuvée en février 2026 par le conseil de l’Eurométropole. Elle devait pallier une offre de soins dégradée dans le quartier Laiterie, classé Quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV). Un statut qui offre l’appui financier de l’Agence régionale de santé Grand-Est pour encourager les professionnels à venir s’y installer.
Autre projet interrompu : le réaménagement de la place d’Ostwald, qui doit être rediscuté alors qu’un collectif d’habitants travaille sur le dossier depuis déjà quatre ans. Ce lieu central du quartier de Montagne Verte, aujourd’hui traversé par un trafic automobile important, devait être végétalisé et repensé pour « la vie de quartier ». Un marché public relatif à ces travaux avait été ouvert par l’Eurométropole en décembre 2025. Mais puisqu’ils n’avaient toujours pas commencé, un coup de frein a été donné.
Flou manifeste autour de l’Opéra national du Rhin
La rénovation de l’Opéra national du Rhin (OnR), lieu culturel emblématique de la capitale européenne, a aussi été bousculée. Un report décidé par celle qui a été ministre de la Culture sous Lionel Jospin, et qui a vu l’obtention par l’établissement du label “Opéra national”, lors de son premier mandat à la tête de la mairie de Strasbourg. Pendant les travaux, prévus de 2029 à 2033, l’OnR était censé déménager dans le Palais des Fêtes, second bâtiment dont la réfection devait permettre de l’accueillir temporairement, avec de premières briques à l’été 2026.
Mais encore une fois, le calendrier a été revu. Dans les lignes d’Actu.fr, le 13 septembre 2026, l’adjoint à la culture Pierre Jakubowicz (HOR) évoquait un défaut de permis de construire pour ce second ouvrage, « qui n’aurait jamais été déposé ». « Les groupements qui étudient les différents scénarios pour les travaux n’ont pas encore rendu leurs conclusions », ajoutait l’adjoint, qui indiquait vouloir sécuriser une saison supplémentaire à jauge pleine pour l’Opéra.
Un argument que ne comprend pas Syamak Agha Babaei : “C’est un artifice pour ne pas répondre aux questions. On avait un lieu, ce sujet a été débattu autour d’une table avec l’État, les architectes des bâtiments de France, la Région et la CEA. A aucun moment je n’ai le souvenir qu’un problème de permis de construire ait été soulevé. Par ailleurs, je mets au défi la nouvelle mandature de trouver un autre endroit et d’engager les travaux.»
Les premières options devraient être proposées par la municipalité à la mi-octobre. D’autres réponses sont attendues dès cet après-midi par les oppositions de gauche.
Marion Guedot et Carl Lefebvre