La dette de sommeil influe les résultats scolaires et les émotions
Sur le parvis du lycée Fustel-de-Coulanges, dans le centre de Strasbourg, Léonie se souvient avoir remarqué un changement dès la 5e : « J’ai tout le temps besoin de repos, je ne fais plus grand-chose à côté. » Habitant à 30 minutes de Strasbourg, Léonie et son amie Leelou doivent se réveiller à 6 h tous les matins. Fatiguées, elles avouent parfois somnoler en cours de physique-chimie. La dette de sommeil a des effets sur les enseignements, mais également sur les émotions. « Le soir, ma mère me dit que je suis de mauvaise humeur, explique Leelou avec un sourire coupable. Quand je rentre des cours, il ne faut pas me parler, je vais faire une sieste. »
En repoussant le début des cours d’une heure, les co-signataires de la tribune espèrent de meilleures nuits pour les ados, et donc moins de fatigue durant la journée. « C’est intéressant, estime Denis, le copain d’Inès. Mais ça va juste décaler les cours à plus tard. Je préfère commencer tôt et finir tôt. » « Moi, c’est l’inverse, désapprouve sa moitié. Quand je commence plus tard, je me sens mieux. J’arrive plus à me concentrer, je sens une grosse progression. »
Comme Denis, la secrétaire générale adjointe du syndicat des chefs d’établissements (SNDPEN), Christelle Kauffmann, est sceptique :« Les intentions sont très bonnes, mais la concrétisation est plus compliquée. Tous les cours de 8 à 9 h, il faudra les mettre plus tard. » Pause méridienne d’une heure, fin des cours à 17 ou 18 h ; les emplois du temps sont déjà bien chargés au lycée. De nombreux lycéens choisissent par ailleurs des options afin d’embellir leur dossier en vue de Parcoursup, ce qui alourdit leurs journées. Inès a deux heures de chinois et deux heures d'allemand chaque semaine, Denis a opté pour trois heures de « Maths expert » et deux heures d’euro anglais.
Au-delà des soucis d’organisations, Christelle Kauffmann, également directrice du lycée Louis-Rascol à Albi (Tarn), pointe des contraintes extérieures à son établissement : le rythme des parents, les horaires des transports… Si on veut repousser le début des cours, « il faut mettre tout le monde autour de la table. » Du côté des co-signataires de la tribune, on refuse « que ces problèmes d’adultes continuent de primer sur la physiologie des adolescents. »
Entre six heures et six heures et demi. C’est la durée de sommeil d’Inès, en Première générale à Strasbourg. Quand elle ne rentre pas de la danse classique à 22 h, ses nuits s’allongent à sept heures. Pas mal, mais encore loin des huit à dix heures préconisées par les experts. « Le matin [en classe], je ne comprends rien. Je suis obligée de rattraper mes cours le soir », témoigne-t-elle pendant sa pause méridienne dans le centre de Strasbourg, mercredi 11 mars.
La veille, une trentaine de spécialistes du sommeil ainsi que la députée et ancienne ministre de l’éducation Anne Genetet ont signé une tribune dans Le Monde. Ils y plaident pour un début des cours à 9 h dans tous les collèges et lycées de France. Le but : permettre aux élèves de mieux dormir. Comme Inès, 88 % des 15-24 ans estiment être en manque de sommeil, selon une étude de l’Institut national du sommeil et de la vigilance de 2018.
En plus de l’utilisation des écrans, les experts pointent du doigt un facteur biologique. À la puberté, le rythme circadien, l’horloge interne du corps humain, se transforme. Les adolescents sécrètent de la mélatonine, l’hormone régulatrice du sommeil, plus tardivement, l’heure du coucher est alors repoussée à plus tard par rapport à un enfant ou à un adulte.
Une trentaine d’experts ont co-signé, dans Le Monde, une tribune appelant à commencer les cours à 9h pour les collégiens et lycéens. Les étudiants apprécieraient une heure de sommeil en plus mais certaines réalités du terrain se heurtent au projet.
« La littérature de jeunesse n’est pas anodine »
Car au-delà de l’émergence de ces nouvelles publications, la littérature jeunesse reste un support de diffusion des représentations genrées. Lors d’une conférence en 2019, la sociologue Sylvie Cromer pointait du doigt les publications pour enfants, où les personnages masculins sont plus nombreux, plus visibles, et plus engagés dans l’aventure, alors que les personnages féminins sont davantage liés à la sphère domestique et familiale. Et cela n’est pas sans conséquences. Dans un article sur les représentations du masculin et du féminin dans la littérature enfantine, Sylvie Cromer et Carole Brugeilles analysent que « Les albums illustrés véhiculent des rapports sociaux de sexe inégalitaires. La littérature de jeunesse n’est pas anodine [...]. Elle contribue à la reproduction et à l’intériorisation de normes de genre. »
D’où l’intérêt de faire s’asseoir les enfants sur des coussins colorés, de capter leurs regards, et d’emporter leurs esprits dans le champ des possibles, où une mouche peut grimper une montagne, où une petite fille chute cent fois avant de réussir sa figure de skate, pour espérer qu’ensuite cet horizon imaginé devienne réalité.
Eva Lelièvre
Édité par Lucie Porquet
Une pratique du sport différenciée
Cependant, en France, plus de 4 adolescentes sur 10 renoncent à la pratique sportive avant l’âge de 15 ans, selon une étude de la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN), publiée en janvier. Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2024 indique qu’à tous les âges les filles sont moins actives que les garçons. Parmi les raisons principales du renoncement : les contraintes sociales et les stéréotypes de genres.
« Le savoir, c’est le pouvoir », énonce Ceren, mère d’Ezra, 3 ans et demi. À l’opposé de l’éducation qu’ils ont fournie, leur fils « est déjà dans un modèle stéréotypé », regrette-t-elle, déplorant le rôle de l’école qui renforce les normes de genres. « En moyenne section, les garçons jouent au pirate, ils vont embêter les filles, leur tirer les manteaux… » Ces lectures de conte sont donc l’occasion « d’éduquer au mieux les générations futures, et dès le plus jeune âge », complète le père, Camille.
Il s’agit là d’un paradoxe contemporain. Les nouvelles initiatives culturelles foisonnent - entre contes, BD et romans jeunesse cherchant à renouveler les représentations. Pour n’en citer que quelques-uns : Histoires du soir pour filles rebelles d’Elena Favilli et Francesca Cavallo, datant de 2017, les publications de Julia Petri, avec La grande princesse et Le Petit guide de la Foufoune Sexuelle de 2021, ou encore Le bel au bois dormant par Karrie Fransman et Jonathan Plackett, de 2024. Malgré cela, la socialisation reste différenciée.