Placée en troisième position des préoccupations des Français dans le dernier rapport Ipsos, la cause environnementale est remontée à la surface à la suite d’un été plus qu’historique. Une résurgence qui ne profite pourtant pas au parti écolo.
On la pensait morte et enterrée à tout jamais mais l’écologie est de retour. Sur les plateaux de télévision climatisés, l’été caniculaire a été suivi sous tous ses angles, obligeant les candidats à la présidentielle, y compris le Rassemblement national – longtemps climatosceptique – à se tenter au langage vert.
Les Français, épuisés par un été historique marqué par une sécheresse record et des vagues de canicule à répétition, classent les questions environnementales au troisième rang de leurs préoccupations, selon le dernier rapport Ipsos. Si les enjeux sociaux et l’état de santé de notre économie demeurent en tête, 13 % des 13 000 sondés considèrent le dérèglement climatique comme une priorité.
Un changement drastique avec la campagne présidentielle de 2022 où l’écologie était boudée, au profit de débats régaliens, tels que l’immigration et l’insécurité, poussés par les candidats d’extrême droite Marine Le Pen et Eric Zemmour.
Des crises qui se multiplient
Pour autant, il est difficile d’affirmer que cet élan vert profite à Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes depuis 2022 et candidate à l’élection présidentielle. Qui plus est, ces derniers mois le parti a traversé plusieurs crises. Tout d’abord, les élections municipales. Bordeaux, Strasbourg, Poitiers… Au total, cinq villes majeures conquises en 2020 par les écolos ont fini par leur échapper en mars dernier.
Marine Tondelier, qui a annoncé sa candidature en octobre 2025, n’arrive toujours pas à décoller dans les sondages. Selon le dernier rapport d’Ipsos, elle est créditée d’environ 5 % d’intentions de vote, bien loin derrière Raphaël Glucksmann (14,2 %) et Jean-Luc Mélenchon (17,8 %), tous deux capables d’insuffler une dynamique à leurs campagnes respectives.
Une situation qui peut rappeler celle de Yannick Jadot en 2022. Alors candidat pour la présidentielle, l’actuel sénateur avait refusé tout accord avec la France Insoumise – qui a fini à 21,95 % au premier tour –, récoltant de son côté 4,63 %, juste en dessous de la barre symbolique des 5 % des suffrages exprimés, seuil pour qu’un candidat puisse être remboursé de ses dépenses de campagne.
Un parti pas présidentiable
En réalité, hors quelques élections spécifiques, telles que les européennes et les municipales, les Verts n’ont jamais réussi à s’imposer sur la scène nationale. L’historique des campagnes présidentielles l’atteste. 2012 : Eva Joly obtient 2,31 % des voix. 2017 : le parti se range derrière Benoît Hamon, gagnant de la primaire socialiste, mais l'ex-député des Yvelines finit seulement à 6,36 %. 2022 : l’échec Jadot. À chaque présidentielle, les Verts sourient jaune.
Une difficulté que Sandra Regol, députée écologiste du Bas-Rhin, explique par l’histoire du parti. « Il y a surtout le fait qu'on est en partie très jeunes et qu'ils ne sortent pas du bipartisme français », confie-t-elle à Cuej.info.
Dans son ouvrage phare Le prix de la démocratie (2018), l'économiste Julia Cagé démontre une relation de cause à effet directe : plus un candidat dépense d'argent dans sa campagne, plus il obtient de voix et augmente ses chances d'être élu. Une vision partagée par Sandra Regol.
Alliance ou pas alliance ?
Kelig Voisin, co-secrétaire national des Jeunes Écologistes, admet que le parti n’a pas su s’adresser à un électorat populaire. « Sur la question des voitures et de l’agriculture, il y a eu un discours qui a été à côté des enjeux des Français et Françaises. Il faut leur faire comprendre que l'écologie leur permettra d'avoir de meilleures conditions de vie », reconnaît-elle à Webex.
Mais les prochains mois pour les écolos pourraient être bien pires. C’est en tout cas le point de vue adopté par Théodore Tallent, chercheur en sciences politiques et expert sur les dynamiques électorales de l'écologie. Interrogé par Webex, il estime que le parti se trouve face à un dilemme. Sans accord avec Glucksmann ou LFI, il pourrait « faire un très petit score » et pousser certains « à partir ». À l’inverse, une alliance pourrait provoquer « des fractures » et compliquer sa capacité à « exister de manière indépendante ».
Un constat qui mérite toutefois d’être nuancé. Pour Brice Teinturier, président d’Ipsos, ces premiers rapports de force électoraux sont encore loin de dessiner l’issue du scrutin. D’ici le 18 avril, date du premier tour, les Verts auront tout le temps d’imposer leur ligne. Reste à savoir comment et avec qui…
Léo Sallé