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12/03/26
14:31

« J’entends des bruits d'agonie, mais je ne sais pas qui est mort » : ma première fois à l’opéra

Alors que Timothée Chalamet s’est moqué de l’opéra et du ballet il y a deux semaines, j’assiste mercredi 11 mars à mon premier opéra. Je n’ai peut-être pas tout compris, mais ça ne m’a pas empêché de passer un bon moment.

Je suis arrivé bien en avance pour admirer l’opéra. © Quentin Baraja

Mercredi à Strasbourg, j’ai vu mon premier opéra. Le Roi d’Ys, composé par Edouard Lalo fin XIXe siècle. Avec Elena, ma copine, nous avons acheté nos billets en ligne, il y a deux semaines. Directement après, je suis allé voir mes amis et je leur ai annoncé fièrement : je vais aller à l’opéra. Je ne leur dis pas quand je vais au cinéma, ni quand je vais voir un match de handball, pourquoi donc faire un tel événement d’une sortie à l’Opéra national du Rhin ? Parce que j’ai 24 ans, et dans ma tête, les jeunes ne vont pas à l’opéra. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à penser ça. 

Lors d’un événement promotionnel le 24 février, la superstar Timothée Chalamet a déclaré : « Je ne veux pas travailler dans le ballet ou l’opéra, ou dans les domaines qu’il faut garder en vie alors que personne ne s’y intéresse. » S’il a rappelé son respect pour les artistes de ces milieux, ces derniers n'ont pas manqué de partager leur mécontentement dans les médias. Ai-je pris mon billet pour Le Roi d’Ys afin de donner tort ou raison à l’acteur franco-américain ? Malheureusement non, on va juste appeler ça du bon timing.

Comment on s'habille ?
 
Deux heures avant le début de la pièce, la première inquiétude se manifeste : comment s'habille-t-on à l'opéra ? Je ne connais absolument rien à ce milieu, mon imaginaire se concentre autour de James Bond dans Quantum of Solace. Je bois mon Martini à la cuillère et non au shaker, je me contente alors d’une paire de baskets, d’une surchemise marron et d’un jean trop large.

Soulagement en arrivant à l’opéra de Strasbourg, personne ne porte de smoking. Pas mal de tweed, quelques nœuds papillons, mais dans l’ensemble des tenues assez « casual ». Le public est d’ailleurs moins âgé que ce à quoi je m’attendais. Une majorité de cheveux grisonnants en effet, mais aussi des trentenaires, quelques étudiants. Mes observations à la louche correspondent assez bien aux chiffres du syndicat professionnel des employeurs du spectacle vivant, Les Forces Musicales. D’après leur dernière étude sur les opéras hors région parisienne datant de 2017, le spectateur moyen est âgé de 51 ans et les moins de 30 ans représentent 19% du public d’opéra.

« Je vous en prie, bon spectacle », nous souhaite l’ouvreur en nous indiquant nos places. Il part, puis fait demi-tour : « Il y a les numéros sur les sièges, si ça peut vous aider. » Perspicace, il a constaté à quel point j’étais perdu dans cet illustre bâtiment. Alors que tout le monde se met en place et que l’orchestre s’entraîne, j’admire l’immense lustre, la fresque peinte sur le plafond, les balcons dorés qui contrastent avec les traditionnels fauteuils rouges. Construit en 1804, l’opéra de Strasbourg est intimidant. En 2028, il compte d’ailleurs se refaire une beauté. Ça fait quand même 27 ans que le bâtiment n’est plus aux normes selon la commission départementale de sécurité. La rénovation se poursuivra jusqu’en 2033, avec un budget de 120 millions d’euros.

Pourquoi on applaudit ?

Fin de la parenthèse historique, je dois ranger mon téléphone, les lumières s’éteignent. Tout ce que je sais, c’est que Le Roi d’Ys s’inspire des légendes bretonnes pour raconter une guerre autour de la cité d’Ys, construite dans la baie de Douarnenez. Mariage arrangé, amant ressuscité, trahison fraternelle : je devrais passer un bon moment. Les spectateurs se mettent à applaudir, je ne sais pas pourquoi, mais je les suis. 

La pièce commence. Un paquebot défile, les vagues sont symbolisées par de grandes plaques métalliques grises, deux hommes se battent avec des pièces métalliques. Je me sens comme Omar Sy dans Intouchables, je ne comprends absolument rien (ce sera la dernière référence au cinéma dans cet article, promis). Je me laisse porter par l’orchestre, tout en déchiffrant ce qui se passe sous mes yeux. Le véritable problème est ma place : j’ai choisi les emplacements les moins chers, je me retrouve au dernier étage, sur le siège le plus à gauche de la salle. 

Je comprends mieux pourquoi les places n’étaient qu’à 7,50 €. © Opéra national du Rhin

Même incliné sur les sièges devant moi, je ne vois que deux tiers de la scène, toute la partie gauche est dans mon angle mort. J’entends des bruits d'agonie, mais je ne sais pas qui est mort. Des dialogues sont prononcés, mais je ne sais pas par qui. J’ai l’impression de rater une partie de la pièce. Les dernières rangées sont les moins chères, à 7,50 € pour les moins de 28 ans et les demandeurs d’emplois. Les prix grimpent jusqu’à 103 € pour les meilleurs sièges. Toujours selon Les Forces Musicales, le prix moyen d’un billet était de 23 € pour les opéras de région en 2017. Ça va que je ne suis pas de Paris, une place pour l’Opéra Garnier ou celui de Bastille coûtait en moyenne 102 € en 2024 selon la Cour des comptes.

C'est quoi l'histoire ?

Ayant opté pour le prix étudiant, je dois alors me concentrer sur les sous-titres et la musique. Petit à petit, je comprends ce qu’il se passe. Du moins, je crois comprendre, jusqu’à l’entracte. Dans le couloir, les petits groupes débriefent de la première partie, les ouvreurs font leur pause dans la cage d’escalier. Comme moi, Elena assiste à son premier opéra. « Margared annule l’union et ça renforce la guerre, m'explique-t-elle, avec comme expertise, les souvenirs de son option théâtre au lycée. Sa sœur se rend compte qu’elle aime l’amoureux de sa sœur, et l’amoureux de sa sœur se rend compte qu’il aime aussi sa sœur ». L’explication n’est pas très claire, elle suffit à me rendre compte que j’avais confondu Margared et Rozanne pendant une heure. 

Place maintenant à la seconde partie, cette fois-ci avec les bons personnages. Et je passe un très bon moment. J’aime l’esthétique très sombre, avec des éléments fantastiques et des costumes qui rappellent le début du XXe siècle. Je suis impressionné par l’envergure des décors : des grandes structures métalliques, un navire d’une vingtaine de mètres de long, des arches noires. Je ne vois pas très bien les artistes et pourtant, je perçois très bien leurs émotions. L’orchestre ajoute un ton dramatique, parfois solennel. De l’amour, de la violence, du tragique, en seulement 1 h 30, beaucoup de choses se passent. Quand la pièce se termine, je me sens épuisé. Les techniciens, les chœurs et les artistes saluent la foule, l’ovation dure cinq minutes. Au bout d’un moment, les applaudissements se synchronisent, le public applaudit avec deux grandes mains.

« J’ai adoré, j’ai trouvé que la deuxième partie était bien plus vivante que la première », analyse Elena dans les rues de Strasbourg. Je suis d’accord. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans la pièce, le manque de visibilité m’a parfois fait décrocher. Mais au final, j’ai trouvé cette expérience très forte émotionnellement, j’ai beaucoup apprécié la mise en scène et j’ai aimé découvrir une nouvelle façon de raconter une histoire. Prochaine étape, le ballet. Je dois porter un smoking ?

Quentin Baraja

Edité par Eva Lelièvre

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