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06/02/20
11:43

Discours sur l'état de l'Union : Trump à l'aise avec la vérité

En pleine année électorale, le président des États-Unis s’est prêté au jeu du bilan le 4 février. Dans l’optique d’un second mandat, il a vanté les retombées de ses mesures, quitte a commettre quatre approximations.

Donald Trump a consacré vingt minutes de son discours à son bilan économique. Photo : Gage Skidmore / CC by-SA 2.0.

« C’est comme regarder un combat de catch : tout est faux », assène l’élu démocrate Tim Ryan sur Twitter, à propos du discours de Donald Trump sur l’état de l’union. Le 4 février, il s’est exprimé sur le « Great American Comeback », échos à l’ « American Carnage » qu’il attribuait à ses prédécesseurs démocrates au moment de son investiture en janvier 2017. 

Visé par une procédure d’impeachment dont il est sorti blanchi mercredi 5 février, le président des États-Unis s’est targué d’un bilan plus que positif. Consacrant à la santé économique retrouvée une vingtaine de minutes. « Dès ma prise de fonction j’ai rapidement mis en oeuvre des actions pour améliorer l’économie américaine. J’ai diminué les réglementations qui tuaient les emplois, diminué les impôts. Je me suis battu pour des accords commerciaux justes et réciproques », s’est-il félicité. Puis il a annoncé les bonnes nouvelles, à grand renfort de chiffres. Au risque de délivrer des données sorties de leur contexte ou inexactes. 

1) « Les années de déclin économique sont terminées » 

C’est incomplet et non chiffré. Cette déclaration introductive renvoie au « Great American Comeback » et attire l’oreille. Mais elle relève davantage du discours politique que du véritable bilan économique, faute de chiffres. Le pays observe en effet une croissance de son PIB depuis l’élection de Donald Trump: 1,6% en 2016, 2,3% en 2017, 2,9% en 2018 selon le Fonds monétaire international (FMI). Mais si la crise de 2008 semble derrière les Etats-Unis (-2,6% de PIB en 2009), le Fonds anticipe une croissance moins importante pour les prochaines années. Dans ses « perspectives de l’économie mondiale », parues en janvier 2020, il table sur une hausse de 2,3 % du PIB pour 2019, contre 2 % pour 2020, et 1,7 % pour 2021.

Un constat qui pourrait s’expliquer par un essoufflement de la politique de relance menée par l’administration Trump. Or le président évite les chiffres, dont celui de la hausse des dépenses publiques. Le déficit de l'Etat fédéral est à son plus haut niveau depuis sept ans et représente 4,6% du PIB en 2019. Il résulte en partie des allègements fiscaux offerts aux entreprises (1 500 milliards de dollars sur dix ans), pour doper l’investissement et l’emploi. 

2) « Le taux de chômage moyen est au plus bas depuis un siècle »

C’est vrai, mais... Il faut replacer ce chiffre dans son contexte. Avec 3,9% de chômage pour l’année 2019, on peut dire que cette affirmation est exacte, si l’on en croit les données collectées par la Banque mondiale. Pour rappel en 2010, année noire pour l’économie américaine, il avait atteint 9,6%.

Mais le taux de chômage, au sens du Bureau international du travail (BIT) ne prend en compte que la population active, suffisamment âgée et désireuse de travailler. Or aux Etats-Unis, cette « labor force » décroit d’année en année. Entre 2016 et 2019, soit depuis l’élection de Donald Trump, 1 285 000 personnes de plus de 15 ans sont sorties du marché du travail. Au total en 2019, le Bureau des statistiques du travail américain (BLS), lié au Département du travail, recensait 95 636 000 adultes inactifs. Si plusieurs facteurs peuvent expliquer un tel phénomène, comme le nombre croissant d’étudiants ou le vieillissement de la population, d’autres raisons comme la crise des opiacés et la marginalisation d’une frange de la société peuvent être évoquées. Pour ainsi dire, se réjouir d’un taux de chômage historiquement bas sans mettre ce chiffre en perspective, c’est masquer une réalité plus complexe. 

3) « Nous restaurons notre puissance industrielle, même si les prévisions disaient que cela serait impossible. Après avoir perdu 60 000 usines au cours des deux administrations précédentes, l'Amérique en a gagné 12 000 sous la mienne. »

C’est inexact et incomplet. Chaque trimestre, le Bureau of Labor Statistics, principal établissement du gouvernement américain de statistiques sur le travail, procède à des recensements. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, il a enregistré moins de 11 000 créations d’usines. Si la différence est faible, il faut noter que plus de 8 000 d’entre elles (soit environ 73%), emploient cinq personnes ou moins. Ce chiffre est donc à nuancer. 

4) « L'accord Etats-Unis - Mexique - Canada créera près de 100 000 nouveaux emplois bien rémunérés dans l’industrie automobile. »

C'est contestable. L’USMCA, nouvel accord de libre échange remplaçant l’ALENA, comprend des mesures favorables au protectionnisme cher à Donald Trump. Il érige des obstacles à l’importation de véhicules et de pièces automobiles vers les Etats-Unis, et vise à booster l’emploi dans ce secteur. 

Mais le chiffre avancé dans le discours est contesté par la United States International Trade Commission (Commission américaine du commerce international). Cet organisme fédéral indépendant estime à 28 000 le nombre d’emplois que pourraient créer cet accord. Un chiffre bien moins ambitieux, car si la fabrication de véhicules aux Etats-Unis est encouragée, leur prix augmentera, faisant baisser la consommation et de fait la production. 

Moins pessimiste, le Bureau du représentant américain au commerce a une estimation plus élevée - 76 000 nouveaux emplois au cours des cinq prochaines années. Ce chiffre ne correspond toujours pas aux 100 000 avancés par le président. 

Thémis Laporte

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