Sur la place Kléber, le « bus de l’emploi » de la CTS recherche ses nouvelles conductrices de bus, alors que la profession reste très masculine.
La pluie battante n’a pas suffi à décourager de potentiels candidats à se rapprocher du stand de la CTS. La compagnie de transports en commun de l'Eurométropole de Strasbourg a garé ce mercredi son « bus de l’emploi » sur la place Kléber, en marge du marché. Pour la petite équipe présente, l’objectif est de faire connaître les offres d’emploi de l’entreprise, qui cherche à recruter 140 personnes, dont 120 conductrices et conducteurs.
Debout à l’avant du bus accessible aux intéressés, Alina Mikhalets fait découvrir la cabine dans laquelle elle travaille tous les jours. Elle accompagne une passante en recherche d’emploi, curieuse de découvrir le métier de conductrice. « Ça a eu l'air de lui plaire mais elle ne candidatera sans doute pas. Elle est maman d’enfants en bas âge et n'a pas de solution de garde qui corresponde à nos horaires», regrette la salariée de la CTS.
Selon la jeune femme, la garde des enfants, encore majoritairement assurée par les mères, est le seul frein concret à la féminisation du métier. « Dans le quotidien, il n’y a rien qui fait qu’une femme serait moins compétente. S’il y a plus d’hommes dans le métier, c’est avant tout une question d’image », complète sa collègue Karine Manoury, elle-même reconvertie en conductrice de bus depuis un an après avoir passé onze ans dans l’armée et huit ans à La Poste.
12 % de conductrices seulement
Les chiffres sont pourtant bien là. Si les instances dirigeantes de la compagnie comptent plus de 45 % de femmes, l’écart reste important quand on quitte les emplois de bureau. Sur les 1 146 conducteurs et conductrices de bus ou de tram que compte la CTS, seulement 12 % sont des femmes. Un chiffre qui étonne Karine Manoury et Alina Mikhalets, uniformes professionnels et bonne humeur assortis, qui disent ne pas ressentir cet écart au quotidien, « mais c’est vrai qu’on a vu bien plus d’hommes s’approcher du stand aujourd'hui », constatent-elles.

Karine Manoury et Alina Mikhalets montrent aux interessés la cabine dans laquelle elles travaillent. Crédit : Myriam Blanc
Le « bus de l’emploi » attire en effet une grande majorité d’hommes, de tous les âges, souvent en recherche d’emploi ou en reconversion. Selon Julien Ancel, chargé des ressources humaines à la CTS, beaucoup viennent sur les recommandations de France Travail car la formation au permis D, qui permet de conduire des bus, et au FIMCO, qui permet de transporter du public, est prise en charge.
Un secteur d’emploi dynamique
« On n’a pas forcément de données sur le sujet mais je pense que c’est un métier dans lequel les femmes se projettent moins quand elles souhaitent changer de branche », explique le trentenaire. « C’est dommage parce que le secteur est dynamique. Un certain nombre de nos employés s’approchent de la retraite et la tendance est clairement au recrutement. » En 2025 déjà, la CTS avait signé 136 embauches en CDI.
Abritée sous la tente du stand, Selma – elle n’a pas souhaité donner son nom de famille –, « proche de la soixantaine », prend le temps de lire un des flyers de la compagnie de transports. Restée paralysée du bras gauche après un AVC, son allocation adulte handicapée ne lui permet plus de vivre dignement et elle cherche activement un emploi qui lui serait accessible. « Je ne peux pas conduire les bus mais j’espère pouvoir postuler pour être contrôleuse, malgré mon âge. » Julien Ancel, confiant, l’encourage à tenter sa chance : « On forme des personnes de tout âge, même au-delà de soixante ans. »
Myriam Blanc