Malgré un avis favorable aux congés menstruels, il faudra attendre septembre 2027 pour leur mise en place à l’université de Strasbourg. En attendant, un dispositif permet aux personnes souffrants de dysménorrhées d’aménager leurs études.
En mars, la Commission de la formation et de la vie universitaire de l’université de Strasbourg a voté en faveur de la mise en place d’un congé menstruel pour les personnes touchées par des douleurs intenses pendant leurs règles (dysménorrhées). Ce dispositif pourrait permettre aux personnes souffrantes d’être diagnostiquées et identifiées comme telles par le Service de santé étudiante (SSE), qui mettra en place un suivi et des aménagements pour les cours. Mais entre la création d’une plateforme dédiée, l’organisation des espaces et l’adhérence des différentes composantes de l’université, le projet ne pourra être mis en place qu’à partir de septembre 2027.
Un dispositif “étape” en attendant le congé
En attendant, et conformément à ce qui avait été voté en mars, le régime spécial d’étude (RSE) s’élargit. Ce système permet à des étudiants dans des situations particulières (handicap, sport de haut niveau, bénévolat, etc) de bénéficier d’une certaine flexibilité dans l’organisation de leurs études. Désormais, être atteinte de dysménorrhées entre dans ces catégories et permet d’être absente sans avoir à s’expliquer à chaque fois : un seul justificatif médical à l’année suffit. Petit hic cependant, le nombre de jours d’absence autorisés dépend de la composante dans laquelle on est inscrit et le dispositif ne permet pas d’être excusée pour un examen. « C’est vraiment dommage », constate Yara, une étudiante de 24 ans en attente de diagnostic, tout en triturant ses tresses. « Je suis déjà allée à un partiel de philosophie alors que mon utérus avait éjecté mon stérilet la veille, évoque-t-elle en riant jaune. Mon gynécologue m’avait dit que c’était comme si j’avais eu un mini accouchement, c’est injuste de devoir être concentrée alors qu’on souffre. C’est l’enfer. »

De nombreux espaces à l’université de Strasbourg mettent à disposition des protections hygiéniques gratuites. © Adèle Tabaali
Un tabou encore trop présent
Patricia Claudon, l’assistante de communication du Service de santé étudiante (SSE), temporise. Pour elle, la mise en place du nouveau RSE est une étape vers le congé menstruel, « une volonté d’agir vite » pour des personnes qui attendent depuis longtemps. Ce n’est pas seulement une aide, ça fait partie d’un ensemble d’actions pour essayer de lever le tabou des menstruations : « Les règles ce n’est pas du sang sale, ça n'a rien d'impur ». Le SSE propose aussi des cours de yoga spécifiques, des rendez-vous gynécologiques gratuits et monte des campagnes contre la précarité menstruelle. « Nos médecins sont vraiment très à l’écoute, on ne se retrouve pas les pieds dans les étriers sans discuter », remarque Patricia Claudon. Elle soulève que malgré le retard de l’Unistra sur la question, c’est important pour elle de se mobiliser autour des règles, « ça fait aussi partie de la santé ».
Devant la faculté de lettres, Danaé, étudiante en licence Humanité de 18 ans, raconte, en remplaçant ses lunettes bleues sur son nez, que sa copine, en attente de diagnostic pour l’endométriose, fait souvent des malaise en cours à cause de la douleur. Elle souffle, fataliste : « de toute façon quand t’es une femme, ta douleur n’est jamais prise au sérieux et tu dois constamment prendre sur toi». A ses côté, Leelou, 18 ans également, salue la décision de créer un statut particulier pour les personnes souffrant de règles douloureuses mais harangue : « Je n’ai pas envie de ne pas réussir juste à cause de mon corps de femme. Si les hommes peuvent le faire, je peux le faire aussi. »
Adèle Tabaali
Pratique :
Service de santé étudiante (SSE) : Campus Esplanade, 6 rue de Palerme, 67000 Strasbourg. Mail : sante.etudiants@unistra.fr. Site :https://sante.unistra.fr. Tél. : 03 68 85 50 24.
Rendez-vous gratuits avec des médecins généralistes formées à la gynécologie : Julia Cribier, Roxane Delhumeau et Nina Uhlrich sur doctolib.
Cours de yoga pour les personnes atteintes de douleurs pelviennes (dysménorrhées, syndrôme métabolique ovarien polyendocrinien ou d’endométriose) : les jeudis entre 12h30 et 13h45 au CSU. Inscription sur doctolib.
Pour les personnes atteintes d'endométriose, la Mission handicap propose un accompagnement.