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Plus de 888 000 noms, répartis dans les 34 875 communes françaises. Le fichier Excel, colossal, commence par l’Ain, finit par la Nouvelle-Calédonie, et répertorie l’ensemble des personnes présentes sur une liste candidate pour les élections municipales de 2026. Plus de 160 Martin, des dizaines de Dubois et une centaine de Payet à La Réunion. Parmi eux, combien de frères et de sœurs, de maris et de femmes, de parents et d’enfants, de cousins et cousines ? Difficile de le savoir. « La seule information qui nous permettrait d’établir des données, c’est le nom de famille, mais sinon c’est impossible », confirme Christophe Lévêque, statisticien et chercheur à l’Université de Bordeaux, qui a enquêté sur les liens familiaux lors des élections municipales de 2008 et 2014.
En bon matheux, il nous parle en « estimation à effet fixe par nom » pour étudier les « variations de probabilité » lorsqu’on l’interroge sur la possibilité de réaliser des statistiques fiables sur le sujet. On pourrait comprendre vite mais il faudrait nous expliquer longtemps, alors on choisit une autre méthode. Moins exhaustive, certes, mais tout aussi éclairante et fiable : la presse locale et régionale s’avère être une mine d’or sur le sujet. Des dizaines d’articles évoquent ces situations souvent insolites dans lesquelles des membres d’une même famille se retrouvent impliqués dans les élections municipales. Soixante-trois cas ont pu être établis. On démarre au pied du mont San Petrone, en Haute-Corse, où six des sept sièges du conseil municipal de Campana sont occupés par la famille… Campana. Ça ne s’invente pas ! Plus people : à Paris, c’est l’ancienne ministre Marlène Schiappa, présente sur la liste de Pierre-Yves Bournazel (Horizons), qui affrontait son père Jean-Marc, soutien de Sophia Chikirou (La France insoumise). C’est la fille qui a finalement été élue sur la liste de Rachida Dati. Il faut bien tuer le père.
Loin des idées, près du coeur
Des proches concurrents en politique ? Une configuration pas si rare que ça, avec 18 cas recensés sur l’ensemble de nos données. À Saint-André (La Réunion), Jean-Marie Virapoullé (divers centre) affrontait son frère Laurent (soutenu par le Rassemblement national). Le premier affirmait même au Monde que « la politique n’est pas une question de filiation, mais de méritocratie ». Culotté : leur père Jean-Paul a été maire de la ville de 58 000 habitants pendant quarante-deux ans. Pas rancuniers, les deux frangins ont fini par mettre les désaccords de côté et fusionner leurs listes entre les deux tours. Ce qui ne les a pas empêchés de perdre la mairie à 34 voix près.
À Mulhouse (Haut-Rhin), on est proche d’un mauvais scénario de comédie romantique. D’après L’Alsace, au moins trois couples s’affrontaient sur des listes différentes, avec notamment les Freybuger, présents sur les listes menées par Loïc Minery et Annouar Sassi ou encore Delphine Ghelli, présente sur la liste vainqueure de Frédéric Marquet, et son mari Pierre-Yves Guillot, en huitième position sur celle de Cécile Sornin. En Bretagne, les Briochins aussi sont désireux de mélanger amour et politique : d’après Ouest-France, trois couples faisaient partie de la liste Unité pour combattre l’austérité à Saint-Brieuc, tout comme sur la liste Vivre Saint-Brieuc.
Des frères qui s’écharpent pour récupérer le siège de leur père, des dynasties qui durent depuis plus d’un siècle, un père et son fils repris de justice : autant d’histoires que racontent les dernières municipales. On s’est plongé pour vous dans la presse quotidienne régionale.
2 Achin, C. et Lévêque, S. (2014). « La parité sous contrôle. Égalité des sexes et clôture du champ politique ». Actes de la recherche en sciences sociales, 204(4), 118-137.
Seulement 2,75 % des communes françaises sont administrées par un ouvrier ou une ouvrière, alors qu’ils et elles représentent près de 10 % de la population française de plus de 18 ans. Patrick Durand est l’un d’entre eux. Il compose avec la fatigue, le manque de temps et les pertes de revenu pour jongler entre l’usine et la mairie.
1 Les conseils municipaux de toutes les villes peuvent décider d’octroyer une indemnité du maire inférieure à la grille de référence fixée par la loi. Les conseils municipaux des villes de 100 000 habitants peuvent la majorer de 40 %.
2 Les élections municipales de 2032 seront sûrement décalée à 2033, en raison des élections présidentielles et législatives prévues également cette année.
Selon la taille des communes, le renouvellement des élus ne s’observe pas de la même manière, notamment en fonction du genre. Dans les villes considérées par l’Insee comme « rurales non périurbaines », c'est-à-dire la catégorie la moins densément peuplée, 70 % des femmes élues - maires ou conseillères municipales - l'étaient pour la première fois, contre 51,5 % des hommes. Dans les communes les plus denses, l’écart s’affaiblit : 64 % des femmes et 58,5 % des hommes sont des nouveaux élus.
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En 2026, avec l’extension de la loi sur la parité en politique, toutes les communes, y compris celles de moins de 1 000 habitants, ont dû proposer des listes paritaires. Ainsi, on a vu arriver un grand nombre de conseillères municipales dans les plus petites communes.
Patrick Durand touche 2 000 euros nets d'indemnité par trimestre pour son poste de maire. Près de 650 euros par mois quand on touche un peu plus que le Smic (autour de 1 450 euros net), ce n’est pas négligeable. Mais il l’assure : « Je ne fais pas ça pour l’argent ». Il perd 8 à 10 jours de congés payés, pour assurer ses obligations d’édile, comme « les AG ou la sortie du club des anciens en décembre ». À l’usine, il est forcé de se mettre en indisponibilité « certains jours fériés, alors qu’ils sont hyper bien payés. Parce que le 8 mai, si je veux faire la cérémonie tranquillement, je ne peux pas travailler. Le 11 novembre, non plus. Je perds peut-être 200 euros de pouvoir d'achat juste pour ça. » Autre galère : la gestion des week-ends. « Quand je célèbre un mariage un samedi où je suis censé être à Laïta, je suis obligé de retravailler un autre samedi. » Bref, « on n'a pas d'avantages à être maire au niveau de l'usine ».
« La chance »
Pour autant, Patrick Durand ne cesse de répéter avoir « de la chance ». De la chance d’avoir un emploi du temps fixe qui lui permet de s’adapter : « À partir du moment où j'ai une date, je préviens mes chefs, et ils peuvent changer mon planning. Ça se fait assez facilement. Il y a d’autres usines où ça doit être très compliqué déjà de s'absenter une journée par-ci, par-là. » Pour le maire ouvrier, le rythme n’a jamais été trop dur à suivre au point qu’il ait l’envie d’arrêter. Ce qu’il redoute davantage, c’est d’avoir à constater un suicide ou à annoncer un décès à une famille du vilage : « Moi, j'ai eu des mariages, j'ai eu des baptêmes, j'ai eu des Pacs. Juste une fois, j’ai dû mettre des scellés sur un cercueil et constater que c’était le bon corps dedans. En six ans, j’ai de la chance. »
Jusqu’ici tout va bien, mais Patrick Durand n’a plus 20 ans : « Parfois, je fais des journées de 3h30 - 23h30, et le lendemain, il faut quand même se relever à 3h30. Quand on est jeune, on récupère vite, mais passé 50 ans, c'est de plus en plus dur. » Il vient de rempiler pour six ou sept ans2 de cette course au rythme effréné.
© Titouan Catel--Daronnat
Édité par Eva Lelièvre