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Du côté d’Orange (Vaucluse), ce sont les Bompard qui se succèdent à l’hôtel de ville… et au tribunal. Élu en 1995 avec l’étiquette Front national, réélu à quatre reprises, Jacques Bompard a dû quitter la mairie en 2021 après avoir été condamné à cinq ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts. Son fils Yann prend alors la succession. Preuve qu’on échappe rarement à son milieu : lui aussi a été condamné à cinq ans d’inéligibilité – pour emploi fictif cette fois-ci – le forçant à démissionner, début 2026. C’est donc le patriarche qui a fait son come-back. Sans succès.
Augustin Brillatz
Édité par Zoé Fraslin
© Lucie Porquet
© Augustin Brillatz
Rétablir l’éclairage public la nuit, c’est l’une des premières mesures que veut prendre Thomas Cazenave, le nouveau maire de Bordeaux. La décision de plonger la ville dans le noir datait de Pierre Hurmic, l’ancien maire écologiste, qui, face à la résistance de l’opposition, avait fini par décaler l’heure d’extinction des feux à 2h30 au lieu d’1h. Même chose à Besançon, où le nouveau maire Ludovic Fagaut a déjà rallumé la citadelle la nuit. À Strasbourg, Catherine Trautmann, fraîchement élue, promet de délibérer dès le premier conseil municipal sur la réduction des prix du stationnement, qui avaient été augmentés par sa prédécesseuse écologiste, Jeanne Barseghian.
Ces reculs sur les mesures des anciennes équipes écologistes sont la suite logique du scrutin municipal du 22 mars. Sur les neuf grandes villes gagnées en 2020, seulement trois pavoisent encore en vert. Tantôt c’est Renaissance qui s’est installé, à Bordeaux et à Annecy, tantôt ce sont Les Républicains (LR), à Colombes et à Besançon. La commune de Fagnières, elle, est la première de la Marne à basculer au Rassemblement national (RN). À Strasbourg, la liste du Parti socialiste (PS), menée par Catherine Trautmann, a repris la mairie après une alliance controversée avec le candidat Horizons. Les listes écologistes gagnent malgré tout quelques villes moyennes, comme Bagnolet et Villepinte, et se maintiennent à Grenoble, Tours ainsi que Lyon. Mais la métropole lyonnaise, elle, passe aux mains de LR.
Lorsqu’on défile la longue liste des homonymes présents sur des listes, un nom revient régulièrement : Lutte ouvrière. Exemple à Falaise, où Michel et Nelly Hie sont frère et soeur, ou encore à Saint-Brieuc avec le couple Le Foll-Van den Berghe. Les trotskistes seraient-ils plus « famille » que d’autres ? C’est plus compliqué que ça, d’après notre chercheur : « Ces partis d’extrême gauche sont très structurés mais ont relativement peu de membres et un fort contrôle à l’entrée, donc ils vont avoir tendance à se tourner vers les familles de leurs membres. » Avec 11 000 candidats pour 8 000 adhérents revendiqués, on imagine bien qu’il a fallu aller sonner aux portes de tonton et tantine pour compléter les listes.
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Du côté des Le Pen, la famille a toujours été sacrée. Dans un article de 2020, Christophe Lévêque soulignait l’importance du réseau familial dans les listes présentées par celui qu’on appelait encore FN lors des municipales de 2014. Un phénomène manifestement toujours d’actualité. À Angoulême, on retrouve le couple Limare mais aussi la mère du mari et le frère de la femme. Game of Thrones, version extrême-droite.
Dans certaines communes, l’écharpe de maire se transmet comme héritage, le plus souvent de père en fils. Réélu sans opposition en 2026, Marc-André Dodivers a succédé à son père, Bernard, en 2020, qui avait lui-même succédé à son père, André, en 1971, qui avait lui-même succédé à son père, Numa, en 1942, qui avait lui-même succédé à son père, Louis, en 1888. Vous êtes toujours là ? C’est pas fini : des ancêtres Dodivers avaient déjà occupé le fauteuil de maire entre 1818 et 1830 puis de 1832 à 1854. Record de longévité à battre : quarante-neuf ans d’exercice, avec Bernard. Élu à 52 ans, peu de chances que son rejeton Marc-André le batte.
De Strasbourg à Bordeaux, en passant par Poitiers ou Besançon, les écologistes ont perdu six grandes villes aux élections municipales par rapport à 2020. Leur nombre d’élus est réduit à peau de chagrin, face à des majorités de droite ou du centre.
© Augustin Brillatz
Au RN, on aime la famille
Difficile de savoir si le phénomène est plus important cette année. Mais cela pourrait être le cas, d’autant qu’il y a une nouvelle règle : toutes les listes doivent obligatoirement être paritaires, y compris dans les communes de moins de 1 000 habitants. « Ça peut conduire à contacter des gens un peu par défaut, donc instinctivement je dirais que ça peut faire augmenter le nombre. Pour faire la parité, on va avoir tendance à aller chercher la femme d’un des co-listiers par exemple », estime Christophe Lévêque. Comme on n’a pas le temps d’aller fouiller les archives de la presse locale pour 2020 et 2014, on le croit sur parole. Mais pour éviter les listes aux allures de réveillon de Noël, le législateur veille. D’après le Code électoral, « le nombre des ascendants et descendants, frères et sœurs, qui peuvent être simultanément membres du même conseil municipal est limité à deux ». Une règle applicable seulement aux communes de plus de 500 habitants. Mais pas d’inquiétude pour les amateurs de cousinades : oncles, tantes, cousins et cousines ne sont pas affectés par ces interdictions.
© Augustin Brillatz