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Le retour à Strasbourg

Avec la Libération de Strasbourg, le 23 novembre 1944, le retour de tous ceux qui s'étaient exilés devient possible. Ils découvrent une ville bombardée, leur appartement parfois vidé, les difficultés du ravitaillement, l'essence encore rare.
Ils retrouvent ceux qui sont restés en Alsace, avec lesquels il faut réapprendre à vivre. Pierre Feuerstein se souvient de la joie qu'il a ressentie, mais aussi de l'incompréhension à laquelle il a été confronté.

Près de soixante ans plus tard, Armand Utz se souvient de son trajet de l'Alsace à l'Auvergne.
« Au mois de mars 1942, j'ai été libéré après six mois, comme les autres camarades alsaciens français. Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? J'avais déjà envie de m'évader. Mais il fallait trouver un passeur. Ce n'était pas si facile. Ça ne se trouvait pas dans les journaux. (…) Il a donné l'ordre que je sois le 16 mai à Kirchberg à 5 heures. Je le trouverais à la ferme forestière. C'était un samedi. (...) 
En montant à la ferme, voilà que deux gendarmes de frontière allemands nous arrêtent. « Qu'est-ce que vous faites ici ? ». Alors là on est perdus.(...) « Heil Hitler ! ». « Heil Hitler ! ». On voulait montrer qu'on était des nazis convaincus. Encore maintenant je ne comprends pas. On avait des sacs, de l'argent français, s'ils nous avaient fouillés, on aurait été pris. Ils nous croyaient de bons nazis. J'ai présenté ma fiche de démobilisation du RAD, du Reicharbeitdienst. Je leur ai dit qu'avant d'aller à l'université allemande, on voulait faire un tour dans les Vosges. Cinq minutes après on était chez le garde forestier. (...) 
Après avoir été incorporé aux chantiers de jeunesse à Pont d'Ain, j'ai rejoint en mai 1943 l'université de Strasbourg à Clermont-Ferrand. C'était la seule université qui recueillait les Alsaciens. Là-bas on avait la carte d'étudiants et l'allocation de réfugiés. On était forcé d'y aller pour l'argent. Je suis arrivé là-bas très malade. (…) Je me suis inscrit à la faculté des lettres, et tous les mois je touchais mon allocation. Et là j'ai rencontré tous les Alsaciens qui étaient réfugiés là-bas depuis 39. »

Armand Utz, novembre 2011

La lettre de Mme Mariotte au recteur.

Gaston Mariotte et Jean Salomon racontent leur rôle dans la résistance auvergnate.

Tous les étudiants présents ce jour-là sont arrêtés par la Gestapo. Récit de cette nuit par André Lobstein.

Rafle de la Gallia

La cité universitaire Gallia de Strasbourg est reconstituée dans une résidence rue Rabanesse, à Clermont-Ferrand. Les étudiants alsaciens y sont logés. Le 25 juin 1943, les soldats allemands investissent les lieux. La rafle de la Gallia est la conséquence directe de l'assassinat, deux jours plus tôt, de deux gestapistes au domicile du professeur Flandin, membre de Combat. Georges Raynaud, un résistant surnommé « Fernoël », est l'auteur de cette élimination. L'étudiant voulait rencontrer le professeur Flandin à son domicile. Il était tombé sur les deux membres de la Gestapo qui attendaient Flandin pour l'arrêter. Les 37 étudiants présents le 25 juin à la Gallia seront arrêtés, déportés à Compiègne, puis en Allemagne.

Du costume nazi à celui d'étudiant libre. Armand Utz, à droite,en costume allemand du Reicharbeitdienst. Plus tard, à gauche, en compagnie de Jean Salomon à Clermont-Ferrand. Crédit photos : Armand Utz

« Lorsqu'un étudiant évadé d'Alsace arrive à Clermont, il faut qu'il change d'état civil. Il en est de même, à plus forte raison, pour ceux qui se sont compromis et ont été repérés. (…)
Il est recommandé, au moment où on signe ses faux papiers, de se souvenir de son faux nom et de ne pas employer le vrai. Il vaut mieux ne pas coller une photo trop récente sur des pièces antidatées. Il convient de se faire teindre les cheveux avant de rédiger son faux signalement. Les lunettes noires sont à déconseiller. Elles attirent l'attention. (…) Et il vaut mieux savoir par cœur sa fausse identité avec tous les détails – quitte à oublier l'autre. Si on doit la décliner, il y aura danger, à quelque degré que ce soit. Et peut-être n'aura-t-on pas tout son sang-froid. (…)
Et il faut s'entraîner à ne jamais se retourner dans la rue, si quelqu'un vous appelle par votre vrai nom. » 

Jean Lassus, Souvenirs d'un cobaye, éditions Alsatia, 1973.

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