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Rester ou retourner

Le conflit de 1992 a obligé un habitant sur deux à quitter son logement. Aujourd’hui, malgré la politique d’aide au retour, il reste 117 000 déplacés entre la Republika srpska et la Fédération croato-bosniaque.

15 ans de convalescence

Sarajevo est une ville essoufflée. La capitale de Bosnie-Herzégovine a vu fondre sa population de
525 000 habitants en 1991 à 430 000 aujourd’hui. La guerre a fait perdre une génération, et le tissu industriel qui employait 200 000 personnes avant les combats est aujourd’hui laminé.
Les accords de Dayton ont arrêté la guerre mais introduit la confusion administrative. Le territoire de Sarajevo est aujourd’hui partagé entre quatre municipalités - Centar, Stari Grad, Novi Grad, Novo Sarajevo. Le canton de Sarajevo a la haute main sur l’urbanisme, mais peu d’argent, avec un budget annuel de 30 à 40 millions de KM (15 à 20 millions d’euros). Les planifications urbaines sont mises à mal par les maisons construites sans permis et de riches bâtisseurs improvisés.
Les accords de Dayton ont aussi coupé la ville en deux. Sarajevo-Est, la partie de la capitale située sur le territoire de la Republika srpska, se développe, avec ses 100 000 habitants, contre 16 000 au début du conflit. Les jeunes y sont attirés par les logements bon marché, et les centres commerciaux poussent sur les friches. Il y a quinze ans, Sarajevo était assiégée. Beaucoup de coins de rue en témoignent : musulmans, croates, serbes, mixtes, civils ou militaires, environ 120 cimetières émaillent le paysage. Beaucoup n’existaient pas avant la guerre. Quinze années sont passées, et le temps n’a pas encore souillé la blancheur des tombes.

Julien Lemaignen

Sarajevo, mon amour blessé

Dessinée au gré des invasions, la capitale déconcerte par son foisonnement de styles architecturaux. Du vieux centre ottoman aux bâtisses de l’époque austro-hongroise, chaque quartier porte la marque de l’histoire mais aussi ses blessures. Souvenirs du siège, immeubles détruits, afflux de réfugiés : les bouleversements provoqués par la guerre laissent les Sarajéviens sans repères.

Anne Cagan
Mersiha Nezic


Afficher Les dix lieux de reportages sur une carte plus grande

Sarajevo la bosniaque, Mostar la croate, Banja Luka la serbe : trois cités-totem pour un seul pays. La Bosnie-Herzégovine peine à réconcilier ses peuples. Les accords de Dayton ont mis fin aux combats, mais le pays vit coupé en deux, séparé par l’ancienne ligne de front devenue frontière intérieure entre deux entités. D’un côté, la Republika srpska, à majorité serbe, garde jalousement la gestion de son territoire. De l’autre, la Fédération bosno-croate, éclatée en dix cantons et autant de gouvernements, se perd dans les lourdeurs administratives.
Au milieu de ce millefeuille, l’Etat ne parvient pas à se construire une autorité. Trois présidents, un de chaque communauté, exercent cette fonction alternativement. Les institutions centrales et les réformes sont paralysées par les divisions entre les peuples.
Le pays, sous tutelle internationale, doit avancer sur le chemin du compromis s’il veut regagner sa souveraineté. Le Haut représentant des Nations Unies, incarnation du protectorat étranger, a posé les conditions à son départ : les responsables politiques doivent s’entendre, entre autres, sur la répartition des biens de l’Etat.
La Bosnie devra aussi se doter d’une nouvelle Constitution, jugée discriminatoire par la Cour européenne des droits de l’Homme en décembre. Ceux que Dayton appelle les « Autres » - juifs, Roms, Bosniens qui ne se déclarent d’aucun des trois peuples constitutifs – ne peuvent prétendre à un mandat national.
Accordée aux voisins croates et serbes, mais refusée à la Bosnie, l’exemption de visas pour l’espace Schengen est attendue par les citoyens. Les Bosniens sont appelés à rejoindre l’Union européenne. Ils aspirent, dans l’immédiat, à sortir librement de leurs frontières.

Elodie Auffray
 

Un an après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, ses coutures craquent sous l’effet de la crise. Les élus nationaux, pour y avoir beaucoup perdu, s’y voyaient reconnaître de nouveaux droits. Ils s’y étaient préparé. Mais à peine engagés dans l'exercice, leurs prérogatives budgétaires s’étrécissent sous l’effet du semestre européen. La discipline commune de la gouvernance économique élargit son périmètre à même leurs circonscriptions. Leurs électeurs, à l’entrée du tunnel d’une austérité sans débouché visible, grondent. La question des raisons de vivre à 27, et même à 17, fait retour sur la scène politique nationale. Pour retrouver prise, les parlements nationaux ont une option : jouer collectif. Cette perspective donne le vertige, tant ils diffèrent, surtout quand il faut fixer les règles de concert avec le Parlement européen.

Cliquez-ici pour accéder au dossier réalisé par les étudiants du CUEJ en décembre 2010.

Deux immeubles du quartier de la Montagne Verte vont être démolis en juin 2012. Depuis plusieurs années, ceux-ci sont laissés à l'abandon par le bailleur, CUS habitat. Des habitantes témoignent. 

 

Des portes d'entrée fracassées, des carreaux cassés, des murs défoncés, des escaliers squattés où l'odeur d'urine prend à la gorge, des appartements humides, mal isolés, pourris par la moisissure. C'est ici, dans les deux immeubles de la rue Elmerforst, à côté de l'arrêt de tram, en bordure de la Montagne Verte, que vivent encore une vingtaine de familles.

Propriété de Cus Habitat, ces blocs sont voués à la démolition, prévue pour juin 2012. En attendant, le bailleur laisse les communs de ces immeubles à l'abandon.

 

Si 40 familles ont été relogées sur les 60 appartements des deux bâtiments, les autres attendent encore des propositions de relogement censées répondre à leurs désidératas et aux possibilités du bailleur social. Rencontre avec quatre mamans isolées, démunies face à cette situation. Angela, deux enfants, sans emploi et Julia, sa cousine, cinq enfants, sans emploi. Magnolia, deux enfants, sans emploi et Cynthia, sa soeur, deux enfants, femme de ménage à temps partiel.

 


 

 Angela sort de l'immeuble, pour faire prendre l'air à son fils. Elle habite à l'avant-dernier étage ; comme les carreaux des fenêtres de la cage d'escalier sont cassés, les pigeons entrent, et meurent au quatrième étage. Genaro, sont fils, est né grand prématuré. « Lorsque les médecins ont vu les conditions dans lesquelles il vivait, ils ont préféré le garder à l'hôpital. Récemment, il avait des vers dans les scelles, car il met ses mains dans sa bouche après avoir tenu la rampe de l'escalier», explique Angela.

 

 

L'étage au-dessus de l'appartement d'Angela est envahi par les pigeons. (Photo Cuej - Elsa Sabado)

 

Julia, la cousine d'Angela, est passée par trois logements de la cité Elmerforst. Elle a quitté le second à cause d'une invasion de cafards. Aujourd'hui, elle a obtenu un bail, mais les murs sont rongés par la moisissure. Son dernier enfant est lui aussi prématuré. Toutes celles qui habitent, ou ont habité là, témoignent de phases de déprime provoquées par leurs conditions de vie. L'une a arrêté de travailler, car elle « n'avait pas la tête à ça », l'autre a des calculs dans la vésicule biliaire, « à cause du stress ». Une autre encore évoque « l'envie » qu'elle ressent lorsqu'elle entre dans des logements « normaux ».

 

Les murs de l'appartement de Julia sont rongés par la moisissure. (Photo Cuej - Marjorie Lenhardt)

 

 

Côté budget, si elles paient des loyers très faibles, leurs factures sont abracadabrantesques : elles se chauffent à l'électricité dans des appartements mal isolés. Alors, comme elles vivent quasiment exclusivement grâce aux allocations sociales, elles s'endettent.

 

Toutes les femmes de la cité saluent l'action de Maude, du service orientation, insertion, prévention. C'est grâce à elle que deux sœurs de Magnolia ont été relogées. « C'est quand Maude est intervenue, que Cus Habitat nous a écoutées. A partir de là, j'ai été relogée en trois mois », explique Sabrina, qui habite aujourd'hui aux Hirondelles. La plupart des habitantes craignent de s'éloigner d'Elmerforst. Elles ont grandi là, ne travaillent pas, et la cité, la solidarité entre sœurs ou cousines est tout ce qu'il leur reste.

 


 

Cus Habitat reconnaît que la situation est préoccupante pour ces locataires. Mais l'office public de la Ville ne veut pas agir « dans la précipitation pour reloger les dernières familles, qui sont des cas difficiles », avoue un agent du bailleur social. Une maîtrise d'oeuvre urbaine et sociale (MOUS) a démarré il y a deux ans. Elle se poursuit avec les derniers occupants de la rue Elmerforst. Cette MOUS vise à mettre en adéquation les souhaits des familles et les possibilités de relogement. « Cus habitat rencontre deux obstacles : la baisse des subventions étatiques d'une part, la pénurie de logements de l'autre », explique Christelle Charvais, responsable de la communication du bailleur social.

 


 

Le souhait des mères d'Elmerforst ? Être relogées dans le secteur. Un rêve qui semble difficile à réaliser. L'agent de Cus habitat affirme que « même si ces locataires sont prioritaires pour être relogés là où ils demandent, il n'y a pas suffisamment de places dans le quartier. Mais nous sommes en relation avec d'autres bailleurs pour voir ce que nous pouvons faire ».

L'idéal pour Cynthia, Angela et les autres... être relogées rue Elmerforst, dans les nouveaux bâtiments, dont la reconstruction est programmée en 2013. Mais qui dit nouveaux bâtiments, dit nouveaux loyers...Et il serait surprenant qu'elles continuent à payer entre 30 et 40 euros mensuels (une fois les allocations déduites).

Elsa Sabado et Marjorie Lenhardt

Une trentaine d'enfants a participé au goûter presque parfait organisé par le centre socio-culturel du Neufeld, mercredi 19 octobre dans l'après-midi. Chacune des quatre équipes était encadrée par un senior. Elles devaient réaliser une ou deux recettes tirées au sort, dans un délai d'une heure et demi.

Jessica Trochet et François Régnier

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