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Depuis 2016, le centre Bernanos, situé face au campus de l’Esplanade, accueille une trentaine de jeunes migrants qui ne sont pas pris en charge par le Département. Récit d’une journée en immersion dans les locaux.

Il est 7h du matin au centre Bernanos, l’aumônerie universitaire catholique de Strasbourg, située rue du Maréchal Juin à l'Esplanade. Un jeune homme, qui sort de la douche, traverse le hall d’un pas nonchalant pour récupérer ses affaires rangées dans son casier au vestiaire. Mais la pièce est exiguë, alors il n’a pas d’autre choix que de revenir dans un coin du hall, pour s’enduire le corps de crème et enfiler ses vêtements. Au sous-sol, les toilettes publiques sont déjà occupées par deux adolescents en train de se raser. Tour à tour, les jeunes partent en cours. Ils se croisent, mais parlent peu : il est encore tôt, et certains ne sont pas tout à fait réveillés.

Après l'accident mortel d’une cycliste à Schiltigheim, l'association Cadr67 et le collectif Vélorution appellent à protester ce vendredi à 17h30. 

Surnommée la « Perle de Strasbourg », l’église de Tous-les-Saints culmine à 41 mètres. Ses trois dômes et ses deux croix ont été fabriqués à Moscou par l’entreprise russe « Predlsava ». / Photo Laurie Correia

Mariella Hutt

A 66 ans, Gabrielle Runge a vu l'évolution de la tour au 25 rue Schulmeister, où elle habite depuis 1983. Elle regrette un délaissement et un manque d'information. /Photo Marine Godelier 

Dileck Yildiz tient l'unique bar PMU de la Canardière. Ce commerce, elle l'a créé il y a deux ans. Elle ne sait pas ce qu'il va devenir. /Photo Aurélien Gerbeault 

POLE-SUD travaille en collaboration avec les écoles. Photo CUEJ/Aurélien Gerbeault.

Murielle Filipi réside dans un trois pièces au 12 rue Eugène Imbs. Relogée en 2014 du fait de la démolition de son domicile, elle doit à nouveau plier bagage. /Photo Marine Godelier 

En entrant dans l’église de Tous-les-Saints, difficile de rater l’affiche placardée au mur indiquant, en grands caractères rouges, le montant de la dette qui pèse sur la paroisse : 353 670 euros. Et priant les fidèles « d’aider à régler les factures impayées ». Juste en-dessous, un autre écriteau détaille, en français et en russe, la marche à suivre pour faire un don au Fonds d’aide à la construction de l’église orthodoxe russe de Strasbourg, en espèce, chèque, virement ou Paypal. Et pour que le message soit bien clair, le recteur de la paroisse orthodoxe, Philippe Ryabykh, appelle une fois encore aux dons en fin de messe. 

Une facture plus salée que prévu

Une méthode directe et assumée. Le personnel clérical préfère jouer la transparence sur cette dette contractée au cours de cinq années de travaux, de décembre 2013 à décembre 2018. « La facture est plus élevée que prévu car il a fallu s’adapter aux changements de normes durant la construction », explique l’assistant du recteur, Sergiy Volonsenko. Rien que l’installation d’équipements de sécurité au sous-sol a coûté 14 500 euros. Résultat, la paroisse est débitrice vis-à-vis de plusieurs entreprises alsaciennes de BTP, et s’est donné un an pour les rembourser. 

Consacrée en grande pompe par le patriarche russe Kirill le 26 mai 2019, l’église de Tous-les-Saints est érigée dans le très chic quartier du Conseil des XV, rue du Général-Conrad. Avec ses trois bulbes dorés, sa toiture vert pâle et son allure de pièce montée, l’édifice ne passe pas inaperçu. Il permet d'accueillir quelque 300 fidèles lors de la messe dominicale, qui se tenait jusqu’alors dans un garage privé aménagé au 4 rue de Niederbronn, à deux pas de la place de Haguenau. Au total, la communauté orthodoxe russe de Strasbourg compterait plus d’un millier de personnes, russophones et originaires d’Europe de l’Est pour la plupart. « Mettre ce lieu à leur disposition est une grâce de Dieu », selon Sergiy Volonsenko. Une grâce qui a tout de même un coût : 10 millions d’euros au total.

« Ils considèrent cette église comme un service »

Soucieuse de conserver son indépendance, la paroisse n’a pas demandé de subvention publique pour la construction. Hormis le bail emphytéotique accordé par la Ville de Strasbourg pour un loyer annuel symbolique de 15 euros, elle ne fait appel qu’à des sources de financement privées. Les dons affluent du monde entier, mais les trois principaux contributeurs viennent de Russie :  la société pétrolière Transneft, qui a signé un chèque de 7,5 millions d’euros, l’entreprise métallurgique de Tcheliabinsk et la Vnechtorgbank, deuxième banque du pays. « Cette décision est aussi liée à la spiritualité, précise Sergiy Volonsenko. Ce n’est pas correct d’exiger de l’argent de l’État, c’est à nous de trouver des sources de financement, et aux fidèles de nous aider en donnant. Il y a une notion d’effort. » Une notion qui se perd : « Dans notre paroisse, beaucoup de gens ne donnent rien car ils considèrent cette église comme un service. Je pense que c’est le résultat de sept décennies d’athéisme en URSS. »

Pour combler la dette, mais aussi payer les dépenses de fonctionnement, la paroisse multiplie les activités et compte sur le soutien de ses bénévoles, comme Vuk. Ce jeune docteur en chimie consacre de nombreuses heures à faire vivre le lieu. Il dirige la chorale, assure les visites guidées payantes le week-end et aide au salon de thé attenant. L’église organise aussi des événements. Dernier en date, un concert de chants spirituels ukrainiens à 15 euros l’entrée. Buffet non compris.

Laurie Correia et Julia Toussaint

Une dette pèse sur l’église orthodoxe de Tous-les-Saints, édifiée dans le quartier du Conseil des XV et consacrée en mai dernier. Pour rembourser rapidement ses créanciers, la paroisse pousse les fidèles aux dons.

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