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De Strasbourg à Bordeaux, en passant par Poitiers ou Besançon, les écologistes ont perdu six grandes villes aux élections municipales par rapport à 2020. Leur nombre d’élus est réduit à peau de chagrin, face à des majorités de droite ou du centre.

Rétablir l’éclairage public la nuit, c’est l’une des premières mesures que veut prendre Thomas Cazenave, le nouveau maire de Bordeaux. La décision de plonger la ville dans le noir datait de Pierre Hurmic, l’ancien maire écologiste, qui, face à la résistance de l’opposition, avait fini par décaler l’heure d’extinction des feux à 2h30 au lieu d’1h. Même chose à Besançon, où le nouveau maire Ludovic Fagaut a déjà rallumé la citadelle la nuit. À Strasbourg, Catherine Trautmann, fraîchement élue, promet de délibérer dès le premier conseil municipal sur la réduction des prix du stationnement, qui avaient été augmentés par sa prédécesseuse écologiste, Jeanne Barseghian. 

Ces reculs sur les mesures des anciennes équipes écologistes sont la suite logique du scrutin municipal du 22 mars. Sur les neuf grandes villes gagnées en 2020, seulement trois pavoisent encore en vert. Tantôt c’est Renaissance qui s’est installé, à Bordeaux et à Annecy, tantôt ce sont Les Républicains (LR), à Colombes et à Besançon. La commune de Fagnières, elle, est la première de la Marne à basculer au Rassemblement national (RN). À Strasbourg, la liste du Parti socialiste (PS), menée par Catherine Trautmann, a repris la mairie après une alliance controversée avec le candidat Horizons. Les listes écologistes gagnent malgré tout quelques villes moyennes, comme Bagnolet et Villepinte, et se maintiennent à Grenoble, Tours ainsi que Lyon. Mais la métropole lyonnaise, elle, passe aux mains de LR. 

© Lucie Porquet

Si les écologistes avaient créé la surprise avec la « vague verte » des dernières municipales, ce revirement n’en est que plus frappant. Les alliances conclues au second tour avec d’autres listes de gauche n’ont souvent pas réussi à réunir suffisamment d’électeurs. Ces derniers ont de nouvelles priorités, davantage centrées autour de la sécurité que de l’écologie. Certains se disent aussi en quête d’un renouveau, et déçus du mandat écoulé : la décision de la maire de Strasbourg de rendre le stationnement payant, par exemple, a fortement déplu à un certain nombre d’électeurs, et a été l’un des arguments de l’opposition pour discréditer Jeanne Barseghian.

© Lucie Porquet

Marge de manoeuvre réduite

Les tentatives d’explication vont donc bon train depuis les élections, mais ne changent rien pour les perdantes et les perdants. Une partie d’entre elles et eux siège malgré tout dans l’opposition des conseils municipaux, mais leur marge de manœuvre est fortement réduite. À Poitiers, les élus écologistes ne sont plus que sept sur 53, contre 38 auparavant. À Colombes, les écologistes ont également subi une défaite notable : ils perdent 36 de leurs élus, ne conservant que cinq sièges sur 53 au conseil municipal. À Bordeaux, ils sont 16 sur 65, au lieu de 48, et à Strasbourg, la débâcle est plus cuisante encore avec six conseillères et conseillers sur 65, au lieu de 47. Ces nouveaux groupes d’opposition doivent maintenant composer avec une majorité qui leur a été hostile lors du dernier mandat. 

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Dans la capitale alsacienne, la nouvelle maire, Catherine Trautmann (PS), s’est dit prête à « un mandat d’apaisement » lors du conseil d’installation, après avoir tenu une posture virulente au sein de l’opposition ces six dernières années. Les écologistes strasbourgeois trouveront-ils des projets en commun à défendre avec les socialistes, qui constituent des alliés ailleurs en France ?  « Cela dépendra de si [Catherine Trautmann] a la main tendue, et si elle préfère travailler dans un esprit de revanche, ou dans un esprit de travail », confie Syamak Agha Babaei, ancien premier adjoint de Jeanne Barseghian, quelques jours après la déconfiture.

Lucie Porquet

Édité par Augustin Brillatz

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