Alors que le premier tour des élections municipales doit se tenir dimanche 15 mars, les principales forces de gauche strasbourgeoises partent divisées. Si les écologistes bénéficient du soutien d’une partie de la gauche, les insoumis et les socialistes mènent toujours leur propre liste. Une situation qui pourrait évoluer au second tour.

Une alliance Les Écologistes-LFI au second tour pourrait rivaliser avec Catherine Trautmann, que les sondages placent en tête du premier tour. © Claude TRUONG-NGOC / Greenbox / Zoé Fraslin
« On nous demande parfois si nous allons nous allier avec LFI ou avec les écologistes. La réponse est simple, elle tient en un mot : c’est non. » Catherine Trautmann, la candidate socialiste donnée en tête du premier tour des élections municipales à Strasbourg par les sondages, n’a pas l’intention de participer à une union des gauches. Alors que les candidats socialistes, insoumis et écologistes présentent chacun des listes séparées pour le premier tour, de potentielles alliances sont en discussion pour le second tour. Une idée impossible pour celle qui incarne l’opposition à Jeanne Barseghian, maire écologiste sortante, depuis six ans.
Catherine Trautmann en a même fait un argument de campagne, accusant la majorité d’abandonner la République et « d’abîmer quelque chose de profond dans notre ville ». Pendant son dernier meeting, elle n’a pas manqué une occasion de rappeler l’endettement de la ville, qui a doublé sous le mandat écologiste, les échecs du tram Nord ou encore les manquements au niveau de la sécurité et de la laïcité qu’elle reproche à la mairie. Autant d’arguments qui résonnent chez ses futurs électeurs, parfois plus que le programme que l’ex-ministre de la Culture propose : « J'ai voté écologiste la dernière fois, mais maintenant ce n’est plus envisageable. Barseghian est un personnage terriblement antipathique. Trautmann ne va pas donner un nouvel élan à Strasbourg, mais elle peut casser la dynamique Barseghian », explique une retraitée présente au meeting de la socialiste. Retourner sa veste pour une alliance de gauche reviendrait donc à se tirer une balle dans le pied pour les socialistes qui perdraient une partie de leur électorat venu du centre et de la droite.
Un isolement à rebours de la stratégie nationale
La position du PS trautmannien contraste avec les efforts d’Olivier Faure pour soutenir les listes d’union. Si aucune consigne formelle n’a été transmise aux socialistes investis, le bureau national voit d’un bon œil les rapprochements avec la plupart des partis de gauche, voire avec LFI dans certains cas. Lundi 9 mars, le Premier secrétaire du PS était même en déplacement à Amiens, aux côtés de Marine Tondelier, de Léon Deffontaines (PCF) et de François Ruffin (Debout !) pour encourager Frédéric Fauvet, candidat de l’union de la gauche. Mais à Strasbourg, hors de question de faire des compromis. D’autant plus que Trautmann domine les enquêtes d’opinion, avec dix points d’avance sur Jeanne Barseghian au premier tour.
Pour les autres formations de gauche, il n’y a de toute façon pas de débat : aucune alliance ne peut être conclue avec le PS. Du côté de la France insoumise, il est impensable de s’unir à une liste où figure Anne-Pernelle Richardot, élue PS au conseil municipal qui avait fait l’actualité en octobre pour ses propos ciblant une strasbourgeoise voilée représentée sur une affiche de la ville. Il n’est pas question de s’unir à « une élue socialiste qui s’est mise au service de l’extrême-droite en ciblant une concitoyenne strasbourgeoise », martèle Florian Kobryn.
Chez LFI, la crainte de « trahisons » en cas d’alliance
Les relations sont par ailleurs tendues entre les deux partis depuis la mort de Quentin Deranque et les derniers propos de Jean-Luc Mélenchon sur Jeffrey Epstein. Sur ce dernier point, le PS avait condamné « les caricatures complotistes et propos antisémites intolérables » du leader insoumis. Une division nationale qui se ressent aussi à l’échelle strasbourgeoise. Le 9 mars, Florian Kobryn a appelé à constituer une « union antifasciste » réunissant toute la gauche, à l’exception du PS. Il a explicitement tendu une main vers les Écologistes. Chez les militants et les colistiers LFI, cette perspective divise. Antoine s’est rendu au meeting organisé mardi 10 mars dans un bar strasbourgeois : « C’est une très bonne idée de faire des compromis. » Mais le trentenaire s’inquiète, « quand on voit ce qui s’est passé avec le NFP [le Nouveau front populaire désigne l’alliance entre les principales forces de gauche pour les élections législatives de 2024], avec les coups bas et les trahisons. » À côté de lui, Lou, 29 ans, argumente : « La démocratie, c’est justement faire des compromis et parler avec tout le monde. Il faut savoir travailler ensemble. »
Pour l’instant, la maire sortante a refusé d’évoquer publiquement sa stratégie pour le second tour. La proposition d’union formulée en dernière minute par les insoumis reste donc en suspens, et lors d’une réunion publique organisée le 10 mars, Jeanne Barseghian a déclaré à ce sujet : « Je trouve que ça démontre une certaine fébrilité de leur part. Personnellement, je suis mal à l’aise avec les propos de Mélenchon de ces derniers jours donc c’est difficile de se positionner. Pour l’instant, je mène une campagne de premier tour. » En attendant, la liste écologiste est déjà soutenue par le PCF, Génération.s, L’Après, Debout ! et Génération écologie.
Des socialistes pour Barseghian
Il y a quelques semaines, la maire a même été rejointe par les Socialistes avec Jeanne Barseghian (Saje). Un apport de quatre encartés PS déçus de Catherine Trautmann qui ne devrait pas changer l’issue du vote, mais qui représente un contrecoup symbolique pour la socialiste. Ils ont d’ailleurs payé sévèrement leur crime de lèse-majesté puisque les quatre militants ont été exclus du parti « à effet immédiat ». Colline Trautmann (sans lien de parenté avec la tête de liste septuagénaire), l’une des militantes concernées par la sanction, a du mal à comprendre cette décision : « Moi je me sens socialiste, j’ai l’impression de respecter la ligne d’Olivier Faure d’union de la gauche. » Elle pointe aussi du doigt l’incohérence de la situation, donnant l’exemple de Schiltigheim où « d’autres socialistes sont sur une autre liste que celle du PS, mais ils n’ont pas reçu de mail. » Et explique avoir rejoint Jeanne Barseghian pour « trouver des gens motivés pour tracter et coller des affiches », un dynamisme moins présent chez les socialistes où on ne lui a « pas proposé d’action depuis le Covid ».
Si les tensions sont aussi fortes autour de l’union de la gauche à Strasbourg, c’est que pour l’instant, les deux listes en tête dans les sondages sont celles de Trautmann et de Barseghian, devant le candidat LR Jean-Philippe Vetter et loin devant les listes de Pierre Jakubowicz (Horizons) et de Virginie Joron (Rassemblement national). Le duel du second tour se jouera donc certainement entre les socialistes et les écologistes, et une alliance de la majorité avec LFI pourrait permettre à la maire sortante de récupérer les dix points de pourcentage qui la séparent de sa rivale dans les sondages. Affaire à suivre dès le dimanche 15 mars, date du premier tour des élections municipales.
Gaïa Herbelin
Édité par Quentin Baraja