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07/02/24
17:54

Pour les étudiants juifs de Strasbourg, "c’est dur de faire comme si tout allait bien"

Natacha Hubelé, présidente de l’antenne strasbourgeoise de l'Union des étudiants juifs de France, revient sur leur état d'esprit, en ce jour d'hommage aux victimes françaises de l'attaque du Hamas.

Des étudiants placardent régulièrement les photos des otages israéliens. © Natacha Hubelé

« Ne rien céder à un antisémitisme rampant » et « désinhibé ». Lors de l'hommage aux 42 Français morts en Israël le 7 octobre 2023, Emmanuel Macron a rappelé la flambée des actes de haine envers les personnes de confession juive, ce mercredi 7 février.

À Strasbourg, trois étudiants juifs ont été agressés la semaine dernière. D'autres ont reçu des messages malveillants via les réseaux sociaux. Natacha Hubelé, présidente de la section locale de l’Union des étudiants juifs de France qui compte 200 adhérents, fait le point sur cette réalité, avant un rassemblement prévu dimanche place de la République à 17 heures, pour protester contre l'antisémitisme et demander la libération des otages.

Natacha Hubelé, présidente de la section locale de l'Union des étudiants juifs de France. © Natacha Hubelé

La semaine dernière, trois étudiants de confession juive se sont fait agresser sur le campus. Comment vont-ils aujourd’hui ?

Mentalement, c’est très dur pour eux. En tant que Juifs, on a tous été au moins une fois victime d’un acte antisémite, verbal ou via des tags. Mais se faire attaquer physiquement, pour notre génération, on ne connaît pas du tout. Et quand nos grands-parents et arrière-grands-parents nous disent de faire attention à l’antisémitisme, c’est bien réel, car on arrive encore, en 2024, à se faire frapper parce qu’on est Juif.

Avez-vous recensé d’autres actes antisémites envers des étudiants depuis le 7 octobre ?

Oui, plusieurs étudiants se font fait insulter sur des groupes WhatsApp par exemple. On s’est organisé avec des avocats pour savoir comment porter plainte en cas d’attaques antisémites. Mais il y a aussi des étudiants qui ne vont plus en cours car ils ont un nom à consonance hébraïque et qu’ils ont peur que leur nom soit cité si un professeur fait l’appel.

Il y a également des étudiants qui sont partis en Israël pour apporter leur aide. Il y en a d’autres qui ont organisé des collectes de matériel médical. Ils ont mis leurs études en pause. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à valider mes examens et mes stages car on a la tête ailleurs et qu’on est inquiets. C’est dur de faire comme si tout allait bien.

Qu’est-ce qui a changé depuis quatre mois ?

J’ai l’impression que plus on avance, moins on arrive à dialoguer. Pour beaucoup d’étudiants, il faut être soit d’un côté, soit de l’autre. On ne peut pas réussir à condamner les agressions du Hamas et les attaques du gouvernement israélien. Pour moi, c’est une vraie régression par rapport à la situation d’il y a quelques mois. J’espère qu’on arrivera à retrouver un dialogue, sans dénigrer tout un peuple.

Vous échangez entre étudiants sur ce sujet ?

On essaye de se retrouver au minimum une fois par semaine, de faire un cercle de parole, pour échanger sur ce que chacun ressent. On connaît beaucoup de personnes qui ont de la famille ou des amis qui sont dans l’armée ou qui ont perdu un proche. Il y a aussi des étudiants qui connaissaient des otages. On voulait montrer qu’on était également là pour eux.

Vous vous investissez à votre manière dans ce conflit ?

On a fait des manifestations, on a collé le visage des otages, on a organisé une conférence sur le conflit avec un historien. On essaye par tous les moyens de sensibiliser pour maintenir une certaine pression médiatique et politique. Je me suis moi-même rendu au Parlement européen pour discuter avec des députés.

Comment voyez-vous la suite ?

Personnellement, j’ai toujours beaucoup d’espoir pour que les otages soient libérés et que les tensions se calment. Néanmoins, quand j’entends, dans des manifestations à Strasbourg, que c’est Israël qui a organisé l’attaque 7 octobre pour trouver une excuse pour attaquer Gaza, on se demande où nous avons raté le coche dans le partage d’informations sur le conflit. Il y a une masse de publications sur les réseaux sociaux qui n’est pas vérifiée.

Malgré cette tension, j’espère qu’on arrivera à organiser un jour des ateliers avec les étudiants, collégiens et lycéens, pour partager des connaissances historiques et repartir sur de meilleures bases pour vivre ensemble.

Propos recueillis par Milan Derrien

Édité par Lisa Delagneau

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