Mercredi 11 mars, les six têtes de liste les plus susceptibles d’accéder au second tour des élections municipales dans la capitale alsacienne ont débattu sur Ici Alsace. Alliances partisanes, mobilité, insécurité… Voici ce que l’on retient de l’échange.

Le dernier débat entre les candidat.es aux municipales 2026 de Strasbourg avait lieu mercredi 11 mars. © Ici Alsace
Elles sont onze. Onze listes qui s’affronteront, dimanche 15 mars, au premier tour des élections municipales à Strasbourg. Mais seules six étaient présentes mercredi sur le plateau d’Ici Alsace pour un ultime débat.
Leur point commun ? Toutes sont susceptibles de dépasser au premier tour les 10 % nécessaires pour se qualifier au second, d’après un sondage Ipsos, réalisé à un mois du scrutin (avec une marge d’erreur de 2 à 4 %).
Catherine Trautmann serait en tête pour le Parti socialiste (PS), avec 31% des intentions de vote, suivie par Jeanne Barseghian, la maire sortante encartée chez Les Écologistes, à 22%. Le Républicain Jean-Philippe Vetter la talonnerait à 19%, devant la candidate du Rassemblement national (RN) Virginie Joron, créditée de 11%. Florian Kobryn, lui, offrirait à la France insoumise (LFI) un score de 9% au premier tour, tandis que Pierre Jakubowicz, étiqueté Horizons, grappillerait 6% des suffrages.
Cuej.info vous propose de revenir sur les temps forts du débat.

Pourcentage des intentions de vote à un mois du premier tour. © Ipsos
À droite : Vetter et Jakubowicz prêts au dialogue, le RN isolé
Dès les premières minutes, le spectre du second tour plane sur les candidat·es. La question des futures alliances se pose. À droite, Jean-Philippe Vetter exclut tout futur copinage avec « les extrêmes ». Il laisse ainsi la porte ouverte aux partis qu’il juge fréquentables pour rejoindre sa liste, probablement donc les socialistes, le centre droit et les écologistes.
Virginie Joron évite la question. « Ma liste est déjà une union des droites. Nous avons déjà essayé de l’élargir au maximum. » La nationaliste souhaite attendre les résultats du premier tour pour voir si, par miracle, un·e candidat·e désirerait finalement lui accorder son soutien.
Le militant d’Horizon, Pierre Jakubowicz, assure quant à lui vouloir « respecter cette élection en deux tours », et ne fermer « aucune porte de l’arc républicain » dimanche prochain.
À gauche : fuis-moi, je te suis ; suis-moi, je te fuis
France insoumise, Parti socialiste, Écologistes… Ce premier tour offre l'embarras du choix aux électeurs et électrices de gauche. Entre le premier et le second tour, ces listes devront tenter de trouver des terrains d’entente si elles veulent maximiser leur nombre d’élu·es au Conseil.
Sur le papier, insoumis et écologistes n’excluent pas de s’allier au second tour. Florian Kobryn parle d’« un front antifasciste » pour « ne pas laisser les clefs de la ville à la droite ». Jeanne Barseghian, elle, reste plus prudente. La maire sortante se contente d’évoquer l’union des gauches déjà présente au sein de sa liste, « allant des partis de François Ruffin à Raphaël Glucksmann ». La candidate paraît vouloir esquiver à tout prix l’épineuse question d’un futur rapprochement avec le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Quoi qu’il en soit, une coalition n’est pas à l’agenda du Parti socialiste. D’ailleurs, pourquoi le serait-elle quand les sondages placent Catherine Trautmann en tête au premier tour ?
Une chose reste sûre, LFI ne veut pas du PS. Florian Kobryn accuse la candidate septuagénaire et son parti de s’être « droitisés ». Il en veut pour preuve les saillies islamophobes subies par une Strasbourgeoise de la part d'une candidate de la liste Trautmann. L’avis semble partagé par la maire sortante qui n’a de cesse de désigner la droite strasbourgeoise comme les « comparses » de Catherine Trautmann.
Si l’on se fie aux intentions de vote, plus de 60 % des électeurs et électrices s’exprimeront dimanche en faveur d’une liste de gauche. En fonction des résultats, ces derniers et ces dernières influenceront le rapport de force lors des négociations prochaines.
La mobilité… ce sujet qui agite les foules
Une fois la question des alliances évacuées, le débat se recentre sur les propositions des candidat·es pour la ville. Florian Kobryn prône la mobilité comme « un droit pour tous et toutes », et propose la gratuité des transports en commun pour les moins de 25 ans. Chez Catherine Trautmann, cette même gratuité ne cible pas les jeunes, mais les aînés de plus de 65 ans. En outre, l’ancienne édile regrette la gestion de la maire sortante, arguant que les mobilités ne doivent pas être une « punition ». Une marotte régulière contre la politique de Jeanne Barseghian : stationnement payant trop élevé et circulation ralentie ont fait grincer des dents.
L'élément le plus pointé du doigt à ce sujet reste le projet du tram Nord. Pour Pierre Jakubowicz, c’est un « échec » ; pour Catherine Trautmann, un « mauvais projet » couplé d’un « mauvais tracé ». Jeanne Barseghian se défend. L’élue regrette que ce projet ait été mal compris par ses administré·es. « On peut toujours faire mieux, en matière d’information », concède-t-elle, en rejetant tout retour en arrière.
À droite, on défend le droit à la bagnole, on dénonce l’abondance des cyclistes, on adresse une pensée émue au piéton, « le grand oublié » dans l’histoire pour Jean-Philippe Vetter. À l’extrême droite, on estime qu’on « ne peut pas mettre tout le monde sur un vélo ».
La sécurité au cœur des discussions
La décision de la municipalité d'éteindre une partie de l’éclairage public entre 1 h et 5 h du matin dans certains quartiers de la ville soulève les passions. « Le vrai féminisme, c’est de permettre aux femmes de se sentir en sécurité dans la rue [quand elles rentrent le soir] », dénonce Pierre Jakubowicz. L’élu évoque un « déni de sécurité » concernant cette mesure. Aucune étude fiable n’a pourtant permis de constater une hausse du nombre d'agressions due à l’extinction de l'éclairage public pour le moment. Jean-Philippe Vetter et Catherine Trautmann rejoignent néanmoins l’opinion du candidat.
Celle qui se décrit « social-démocrate » propose également « d’augmenter les effectifs de la police municipale pour soutenir les victimes ». Plus de force de l’ordre à Strasbourg : les autres listes se retrouvent sur ce point, à l'exception de celle menée par Florian Kobryn qui ne s’est pas exprimé à ce sujet lors du débat, préférant proposer un « plan de lutte contre le harcèlement de rue ».
Enfin, droite et extrême droite s'accordent sur le retour d’un arrêté anti-mendicité, présenté comme une mesure de lutte contre l’insécurité. Une idée jugée « inadmissible » pour Florian Kobryn, visant à « exclure les gens de l’espace public ».
Le climat, grand oublié du débat
« Nous avons amélioré la qualité de l’air », pose Jeanne Barseghian en vantant son bilan sur la réduction des véhicules dans la ville. La maire ne rentre pourtant pas plus en détail sur les enjeux environnementaux, et notamment sur le climat. L’Écologiste se contente de lancer une pique à la candidate nationaliste Virginie Jorgon, qu’elle accuse de déni face au réchauffement climatique.
Le candidat insoumis, Florian Kobryn assure défendre « l’idée de concilier changement climatique et justice sociale », mais glisse à peine plus de détails. Après une heure d’échange, le nombre de fois où le mot « climatique » a été prononcé se compte sur les doigts des mains. Si l’organisation du débat n’a pas prévu une thématique spécifique à l’écologie, force est de constater que les candidat·es ne se sont pas non plus saisi·es du sujet. Certaines thématiques, comme celle des mobilités, leur offraient pourtant une belle occasion de le faire.
Maud Karst et Tom Soriano
Édité par Quentin Baraja, Zoé Fraslin et Gaïa Herbelin