Des experts de l’ONU dénoncent dans un rapport publié ce mardi les techniques d'espionnage, les intimidations et les attaques du parti au pouvoir envers les citoyens nicaraguayens exilés.

Le gouvernement nicaraguayen intensifie la lutte contre ses opposants. © José Porras
La répression de la population nicaraguayenne s’étend désormais au-delà des frontières et fait des centaines de victimes à l’étranger. C’est ce qu’affirme un groupe d’experts de l’ONU, dans un rapport publié mardi 10 mars. Le couple au pouvoir Daniel Ortega et Rosario Murillo ainsi que d’autres figures du régime dictatorial y sont ciblés comme « responsables de violations graves, systématiques et généralisées des droits de l'homme » contre « une part croissante de la population ».
Le comité est un organe indépendant. Mandaté en mars 2022 par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, il a pour but de mener des enquêtes approfondies sur les abus commis au Nicaragua à partir d’avril 2018. À l’époque, des manifestations avaient éclaté dans le pays d’Amérique centrale contre Daniel Ortega, président depuis 2007 et anciennement au pouvoir dans les années 1980 suite à la victoire de la révolution sandiniste. Après un an de contestation, on dénombrait 325 morts, plus de 2 000 blessés et 800 prisonniers. Des centaines de milliers de Nicaraguayens s’étaient exilés. En 2024, l’Organisation internationale pour les migrations en comptait 800 000 qui avaient choisi le Costa Rica, État voisin.
Un réseau transnational de surveillance
Mais les ressortissants ne sont pas plus en sécurité que les citoyens restés au pays. Le rapport qui sera présenté le 16 mars devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU détaille comment « un vaste réseau transnational de surveillance et de renseignement » a été mis en place. Ce système est utilisé pour « surveiller, intimider voire attaquer » les centaines de milliers de Nicaraguayens vivant à l’étranger.
En juin 2025, l’ancien militaire considéré comme un symbole de résistance au régime nicaraguayen Roberto Samcam a été assassiné au Costa Rica, où il s’était exilé. Au moins une douzaine de cas d'assassinats ou de tentatives d'assassinat de dissidents exilés ont été signalés.
Le retour au pays est d’ailleurs impossible pour certains, le gouvernement a « arbitrairement » déchu de leur nationalité 452 Nicaraguayens. Il en a également rendu des milliers d'autres apatrides de facto en refusant de renouveler ou de fournir les documents nécessaires, tout en interdisant à nombre d'entre eux de rentrer au Nicaragua.
Des fonds publics détournés au profit d’opérations de sécurité
Le rapport du comité s’appuie sur des dizaines d’entretiens et plusieurs documents. Il démontre comment un système a été mis en place. Depuis 2018, des fonds publics ont été détournés pour alimenter la répression grâce à la création d’une structure au sein du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), le parti au pouvoir.
Le groupe d'experts attribue à cette structure le financement d’opérations de sécurité, de groupes armés pro-gouvernementaux et d’activités du parti avec des fonds publics auparavant alloués à l’aide sociale ou à des dépenses de fonctionnement.
« Le détournement et l’utilisation abusive des ressources publiques ont directement contribué à de graves violations des droits humains », a déclaré à l’AFP Reed Brody, avocat américain spécialisé dans les droits humains et membre du groupe d’experts. Il dénonce une répression "structurée et financée de manière corrompue ».
En janvier 2025, le Parlement du Nicaragua a réformé la Constitution. Rosario Murillo - jusque-là vice présidente - est devenue « coprésidente » au côté de son époux. Ils ont désormais la mainmise sur les pouvoirs législatif et judiciaire, mettant fin à leur indépendance. Le chercheur en droit international Jan-Michael Simon dirige le groupe d’experts de l’ONU, il s’est exprimé auprès de l’AFP : « Plus on tarde à agir, plus les dommages sont importants et les conséquences profondes. »
Quentin Baraja avec l’AFP
Édité par Axel Guillou