Vous êtes ici
07/02/19
14:56

L'avortement toujours tabou en Allemagne

Le conseil des ministres allemands examinait mercredi 6 février un projet de loi autorisant les médecins de mentionner sur leurs sites qu'ils pratiquent l'avortement. Un petit pas pour briser l'omerta qui entoure le sujet outre-Rhin.

«Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C'est toujours un drame, et cela restera toujours un drame», martelait Simone Veil à l'Assemblée nationale, en 1974. Pas assez fort faut-il croire, pour que ses homologues allemands lui emboîtent le pas.

Outre-Rhin, l'avortement n'est en effet pas autorisé mais dépénalisé, nuance essentielle. La loi allemande prévoit trois conditions à la pratique de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) : ne pas dépasser les douze semaines de grossesse — comme en France — consulter un centre agréé, et attendre un délai de trois jours de réflexion entre la prise de rendez-vous et l'acte lui-même. Un délai similaire de sept jours existait dans l'Hexagone jusqu'en 2016, et a depuis été supprimé. Autre obstacle : l'avortement n'est remboursé que dans de très rares cas. Les Allemandes désirant interrompre une grossesse doivent alors payer entre 350 et 460 euros.

Les médecins qui pratiquent l'IVG sont aussi plus rares qu'en France. Résultat : des déserts médicaux pour ce type d'acte et des femmes obligées de parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour pouvoir avorter. Seules Hambourg et Berlin recensent les praticiens chez qui il est possible d'avoir recourt à l'IVG.

Une législation qui remonte au nazisme

Alors qu'en France, c'est le délit d'entrave à l'IVG qui est, depuis 2017, puni par la loi de deux ans de prison et 30 000 euros, c'est la situation contraire en Allemagne. Il est interdit pour les médecins de faire la « publicité » de l'avortement, c'est-à-dire mentionner qu'ils le pratiquent ou même donner des informations sur la procédure. Ce délit, prévu au paragraphe 219a du Code pénal allemand, date du nazisme. Un projet de loi devait être examiné mercredi visant à assouplir ces mesures.

Ce paragraphe 219a fait de l'avortement un sujet encore très tabou en Allemagne et soumet les femmes et les professionnels de santé à une véritable omerta. Aucun des quinze gynécologues que nous avons contactés n'a accepté de répondre à nos questions, avançant qu'ils devaient «suivre des directives du corps médical qui interdit d'en parler.»

Kristina Hänel, gynécologue de 61 ans à Giessen, au nord de Frankfort, a ainsi été condamnée à 6 000 euros d'amende pour avoir précisé sur son site qu'elle pratiquait l'IVG. Elle est devenue un symbole de la lutte pour un meilleur accès à l'interruption volontaire de grossesse en Allemagne.

Si c'est un petit progrès pour les femmes, la doctoresse n'est pourtant pas satisfaite de la modification de la loi, encore trop superficielle. «Ce nouveau compromis n’est pas un compromis ! Il nous autorise certes à mentionner sur nos sites internet si nous pratiquons ou non l’avortement. Mais rien de plus. Pas un mot sur les méthodes, c’est toujours interdit. Mon site (…) reste hors-la-loi», avait-elle confié mercredi au micro de France Inter.

Mais si la législation au pays des droits de l'Homme est plus souple qu'en Allemagne, le droit à l’avortement est toujours fréquemment remis en question. Conservateurs, religieux, formations d'extrême droite et autres «marcheurs pour la vie»... nombreux sont ceux qui souhaiteraient voir le pays rebrousser chemin sur le droit des femmes.

En septembre, Bertrand De Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France, avait comparé l'IVG à un homicide, en déclarant «nous ne sommes pas là pour retirer des vies.» Près d'un demi siècle après la légalisation de l'avortement, sa légitimité est continuellement attaquée.

Clémentine Rigot

Imprimer la page

Fil info

09:38
Monde

Des milliers de personnes défilaient, jeudi, à Haïti pour protester contre l'inflation et demander le départ du président Jovenel Moïse.

09:12
Monde

Crise diplomatique France/Italie : le rappel de l'ambassadeur français vise à "marquer le coup", explique Benjamin Griveaux.

17:32
Monde

Le groupe Etat islamique ne contrôle plus que moins de 1% de son "califat", selon la coalition internationale antijihadiste.

16:48
Monde

Cacophonie à Bruxelles. Theresa May a déclaré que le Brexit aura lieu dans les temps. Donald Tusk, lui, ne voit pas de "percées sérieuses".

15:29
Monde

La Lettonie annonce qu'elle facilitera la vie des 800 résidents britanniques sur son sol en cas de Brexit.

13:00
Monde

L'Ukraine inscrit l'objectif d'adhésion à l'UE et l'Otan dans sa Constitution

10:56
Monde

Les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, selon l'ONU.

10:40
Monde

Procès Nemmouche : deux journalistes français, anciens otages en Syrie, ont formellement reconnu Mehdi Nemmouche comme un de leurs geôliers.

09:57
Monde

En Allemagne, le gendarme de la concurrence restreint la collecte des données personnelles des utilisateurs de Facebook.

09:54
Monde

Brésil : Incarcéré depuis avril, l'ex-président Lula condamné à 12 ans de prison supplémentaires pour corruption et blanchiment d'argent.

09:39
Monde

Tchad : Frappes de l'armée de l'air française contre des rebelles venus de Libye. Vingt véhicules ont été détruits.

18:42
Monde

Le président kényan Uhuru Kenyatta propose de l'aide au nouveau chef d'Etat de la RDC, Felix Tshisekedi, pour stabiliser son pays

18:03
Monde

Ankara condamne la journée de commémoration du génocide arménien décidée par E. Macron, l'accusant de nuire aux relations franco-turques

17:50
Monde

Des milliers d'oiseaux marins s'échouent et meurent sur les plages néerlandaises, les scientifiques soupçonnent une grave famine

16:56
Monde

Cameroun : plusieurs arrestations après des tirs à Buea. Cette région est en proie à un conflit entre séparatistes et forces de l'ordre.

15:40
Monde

Les Etats-Unis vont "continuer à diriger" la lutte contre les jihadistes malgré le retrait de leurs forces armées de Syrie

12:34
Monde

Alexis Tsipras a visité deux lieux du passé orthodoxe d’Istanbul, lors d'un déplacement destiné à apaiser les tensions entre les deux pays.

12:15
Monde

Les pourparlers entre représentants talibans et opposants au gouvernement afghan reprennent à Moscou, évinçant les autorités de Kaboul.