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07/02/20
14:25

Isha : mélancolie et questionnements

Dans son dernier projet, La vie augmente vol.3, le rappeur belge affirme son style : un rap froid et impudique, bercé par des sonorités variées.

Le rappeur belge cumule plus de 36 000 abonnés sur Instagram. Photo Isha_lva3 / DR

« Je ne peux pas m’imaginer parler de lumière sans parler de noirceur » déclarait Isha dans une interview au site spécialisé Yard. Cette dualité se retrouve de nouveau sur La vie augmente volume 3, sorti ce vendredi 7 février. Le rappeur belge de 33 ans, avance toujours dans l’ombre de ses compatriotes Damso, Hamza, ou Roméo Elvis, mais affirme de nouveau son identité singulière.

Le rap et la musique comme pouvoir thérapeutique. Des écrits d’Isha en ressort une vie marquée par la violence, la pauvreté ou l’alcoolisme. Son dos reste marqué par le coup de couteau d’un ami dans une soirée qui a dérapée. « Quand j’avais 20 ans je croyais qu’à 25 ans je serai mort, parce que c’est la rue, confiait-il à Viceland il y a quelques mois. Ma mère me disait ça. Bruxelles c’est imprévisible. »

Influence new-yorkaise

La capitale belge, ses habitants et ses moeurs sont d’ailleurs en filigrane tout le long du projet. « Nos rues sont froides, y a que des dingues, y a que des thugs, déclare-t-il dans Bad Boy, un morceau plus électro qu’à l’accoutumée. Dans les paroles de Décorer les murs, la bascule vers la délinquance est évoquée : « On joue, on grandit, on va au catéchisme, on en sort on s’essaye au ce-vi. »

Et Isha n’a pas changé. Son rap est toujours brut, froid, d’inspiration new-yorkaise, notamment de la scène underground. De ce fan de Mobb Deep ressort une façon de poser sa voix et ses mots sur l’instru, mais aussi une attitude et un style vestimentaire dont le port du durag, un bandeau issu des ghettos noirs-américains, qui donne son nom au premier titre de l’album. L’ homme semble toujours torturé. Le décès de son père en 2005, au sortir de l’adolescence, accompagne le projet après avoir fait l’objet d’un morceau entier sur le précédent opus : « Mon père est parti vers le nouveau monde, je sais qu’il ne va jamais revenir » (Les magiciens) ; « J’ai l’amour de ma mère mais mon papa me manque » (Boulot / Baobab). De même, le retour vers ses démons n’est jamais très loin : « Je n’arrive jamais à savourer mes victoires, je pense tellement à la prochaine période de crise » (Décorer les murs).

« J’ai besoin de rester seul pour entrevoir un ciel tout blanc »

Si le propos est souvent sombre, les productions apportent, elles, une certaine variété. Comme sur Les magiciens, produit par Katrina Squad, célèbres beatmakers connus pour leurs collaborations avec le rappeur SCH. L’instrumental mélodieux et le refrain chanté entrent en opposition avec le thème du morceau : la colonisation du Congo belge : « Ils ont pris l’or et les diamants, ils ont laissé le livre magique. Tous ceux qui les ont vu de près disent que leurs yeux ont la couleur du ciel. Ils portaient tous un homme mort attaché à une croix de fer. »

Le surnom ironique de « magiciens », donné aux colons, montre également l’humour de l’artiste. Une facette que l’on retrouve aussi sur le tube Magma où le Bruxellois explique regarder des « documentaires sur crimes organisés, un peu comme si c’était des tutos ». Ce titre, très dynamique et mélodique, produit par King Doudou, qui a notamment travaillé avec le duo de superstars PNL, évoque également les tourments de l’artiste : « J’ai besoin de rester seul pour entrevoir un ciel tout blanc. » Une personnalité difficile à totalement cerner mais qui fait la patte de l’artiste et de son écriture impudique, lui qui explique dans Idole « écrire pour guérir ses maladies ». 

Dinos, PLK, Green Montana et Sofiane Pamart en featuring

Isha sait bien s’entourer. On retrouve sur le projet Dinos, l’un des meilleurs lyricistes de la scène rap sur le morceau Idole, mais aussi PLK la nouvelle tête d’affiche du rap français sur Tradition, et Green Montana, qu’Isha avait repéré, désormais signé sur 92i le label de Booba (Bad Boy). Le pianiste lillois Sofiane Pamart a collaboré pour produire Décorer les murs, dernier track de l’album. Les boucles de piano du musicien viennent magnifier la fin du projet et ne sont pas s’en rappeler celles du morceau Journal Perso II de Vald, également produit par le pianiste.

Reste que le troisième opus de La vie augmente réussit à se diversifier des deux précédents par des sonorités plus variées, sans diluer le fond et l’authenticité qui fait la marque de l’artiste. Ce projet devrait donner suite à un premier véritable album l’an prochain, avant de peut-être quitter le milieu : « Le rap c’est un chapitre de ma vie mais j’ai des visions sur autre chose » expliquait-il chez Clique fin janvier. Un profil définitivement unique.

Victor Boutonnat

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