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02/02/18
16:26

« Faire partie des élites ne veut pas dire travailler dans une tour d'ivoire »

Les énarques vont devoir sortir de leurs bureaux parisiens. Fini les carrières entières passées au sein de la Cour des comptes, les premières pistes de la réforme de l’État ont été dévoilées jeudi 1er février. Les hauts fonctionnaires devront se consacrer aux secteurs prioritaires dans les débuts de leur carrière. Une nouvelle en apparence plutôt bien accueillie par les premiers intéressés.

« Je souhaite très profondément que les fonctionnaires des grands corps se frottent au réel. » Emmanuel Macron secoue les énarques. Jeudi 1er février, le comité interministériel de la transformation publique a précisé les contours de la réforme de l'Etat. Plus question pour les meilleurs élèves de l'Ecole nationale de l'administration (ENA) de rester dans les grands corps. Education nationale, affaires sociales, ils devront renforcer les secteurs prioritaires pendant au moins deux ans au début de leur carrière.

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« Mettre les mains dans la glaise »

La réforme initiée par le gouvernement a pour objectif de renforcer la mobilité entre les différentes institutions et corps de l’État mais aussi la connaissance du terrain des hauts fonctionnaires que l'on accuse d'être « déconnectés du réel ». Inspection générale des finances, Conseil d’État, Cour des comptes, les grands corps de l'Etat ont la cote au sein de « la botte ». La botte dans la langue des énarques, ce sont les quinze premiers élèves du fameux classement de sortie. Prestige et salaire obligent, la majorité d'entre eux choisissent d'y faire leur carrière à la sortie de l'école. En bas du palmarès, l'éducation nationale et les affaires sociales ont du mal à recruter les meilleurs éléments.

« En sortant de l'ENA, les diplômés doivent avoir une expérience concrète assez tôt dans leur carrière. Faire partie des élites ne veut pas dire travailler dans une tour d'ivoire. » Daniel Keller est président de l'association des anciens élèves de l'ENA. D'après lui, la proposition du chef de l’État est une « excellente initiative ». Il s'agit de diriger les meilleurs énarques pour répondre aux priorités du gouvernement. De plus, organiser la reconstruction de Saint-Barthélémy après l'ouragan Irma ou aider les équipes des universités à réformer, ce type de mission permettrait d'affiner leur connaissance du terrain. « Les élites sont là pour dynamiser les 5,5 millions d'agents. Il n'y a rien de tel que d'aller sur le terrain et de mettre les mains dans la glaise », affirme Daniel Keller.

Du terrain mais pas trop

Mais pas sûr que ce système règle complètement de problème. La formation au sein de l'ENA reste très théorique. « Tout ce qui est fait dans l'école est fait pour leur donner le sens du concret », explique Patrick Gérard. Certes, les étudiants font de nombreux mois de stage, toujours dans des bureaux, au sein des préfectures et des institutions internationales. Tout dépend donc du sens que l'on donne au mot « terrain ». Les étudiants n'effectuent qu'une trentaine d'heures par semestre (non notées) aux côtés des services sociaux ou d'associations comme la Croix Rouge ou le Secours Catholique lors de « missions d'intérêt général ». « L'idée est qu'ils se rendent compte qu'il y a des gens malheureux en France », explique Patrick Gérard. Visiblement, le gouvernement attend plus que des bons sentiments.

La tentation des hautes sphères

Autre problème : les diplômés de l'ENA doivent passer minimum deux ans dans les secteurs prioritaires mais n'ont aucune obligation d'y rester. La tentation pourrait donc être forte de retourner dans les grands corps directement après. « On n'en sait rien. Peut-être que certains seront contents de rester en Guadeloupe », veut croire Patrick Gérard. Mais à moins que les énarques ne se trouvent une passion soudaine pour l'éducation nationale ou les affaires sociales, le turn-over pourrait créer un manque de continuité au sein des équipes et leur être finalement défavorable. Difficile en effet de résister à la tentation : l'Inspection générale des finances, le Conseil d’État et la Cour des comptes offrent des carrières de meilleures qualité, un réseau, un salaire et une carte de visite. Des avantages attractifs, que les énarques ne sont peut-être pas prêts à sacrifier.

Julie Munch

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