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01/02/18
12:19

Charles Maurras, querelle autour d'un mot

La présence de Charles Maurras dans la liste des commémorations nationales, pour les 150 ans de sa naissance, n’a pas manqué de réveiller les passions. Bien que la ministre de la culture Françoise Nyssen ait retiré le poète et théoricien d'extrême-droite de cette liste, la polémique est loin d’être éteinte. 

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Faut-il commémorer Charles Maurras ? C’est une pierre d’achoppement contre laquelle se heurtent les associations militant contre le racisme, le ministère de la culture, et son Haut comité des commémorations nationales, instance chargée d’établir chaque année la liste des personnalités dont la Nation doit se souvenir.

D’un côté comme de l’autre, ce n’est pas tant le fait de parler de Maurras pour le cent-cinquantième anniversaire de sa naissance qui pose problème. La difficulté vient du mot commémoration. Pour Jean-Noël Jeanneney, Charles Maurras mérite une commémoration. Invité mercredi matin de France Inter, l’historien et membre du Haut comité des commémorations nationales a tenu à rappeler l’étymologie du mot : commémorer, se souvenir ensemble, d’un événement heureux ou malheureux. Et de rajouter : « il est utile de rappeler le personnage qu’a été Charles Maurras ».

Journaliste, royaliste enragé et militant virulent de l’Action française, Charles Maurras a combattu violemment la République tout en la soutenant en temps de guerre. Il était antisémite tout en protestant contre le fait que Vichy ne les ait pas protégé contre l’Allemagne nazie... En fin de compte, il a été frappé d’indignité nationale après la Libération. En soulignant ce que ce personnage complexe a apporté au débat politique et intellectuel en France, Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, autre membre du Haut comité, dans une tribune au journal Le Monde, disent déplorer que les associations antiracistes aient interprété le mot commémorer comme une célébration.

Rétropédalage du ministère

Constatant cette confusion d’ordre sémantique, la ministre de la culture Françoise Nyssen a annoncé le retrait de Charles Maurras du livre des commémorations, qui connaîtra donc une nouvelle édition. Décision très rapide, car elle est arrivée moins de quarante-huit heures après que des voix se sont élevées, la semaine dernière, pour fustiger la présence du controversé théoricien de l’action Française sur cette liste. La ministre l’explique par le fait que ce genre de polémique « conduit à des malentendus qui sont de nature à diviser la société française ».

Énergiquement, elle rejette toute responsabilité dans cette affaire : « Je tiens d’abord à rappeler mon rejet total des thèses et de l'engagement de Charles Maurras. Il n'y a absolument aucune ambiguïté dans ma position ». Elle annonce la convocation du Haut comité des commémorations afin qu’il s’explique là-dessus. Or, selon la présidente Danièle Sallenave, qui répondait à nos confrères du Figaro, le ministère a bien validé la listes des personnalités figurant sur cette liste avant publication.

Un personnage plus que « controversé »

Le Président de SOS Racisme, Dominique Sopo, dénonce pour sa part une tentative de minimiser la charge négative d’un personnage comme Charles Maurras car sur le site internet du ministère, assure-t-il, Maurras est « simplement qualifié de personnage controversé ».

« Ce n’est pas simplement un personnage qui, dans sa carrière intellectuelle, aurait eu de-ci de-là des paroles malheureuses, affirme Dominique Sopo. C’est un personnage qui a construit tout son édifice intellectuel sur la question de l’antisémitisme d’État, sur la haine de la démocratie et de la République, et la chute de la République est même qualifiée par lui de divine surprise. » Pour lui, l’argument étymologique est un argument de circonstance, et il répond à Jean-Noël Jeanneney : « Que Monsieur Jeanneney soit gêné aux entournures par cette polémique, je veux bien l’entendre, mais ce qui est gênant, c’est que des gens aient pu penser que Maurras pouvait figurer dans un tel recueil. La preuve en est que, dans la préface de ce recueil officiel, la ministre parle des commémorations comme étant une fête ».

En 2011, une polémique sur Céline, figurant alors sur la liste des célébrations nationales, avait contraint le Haut comité à remplacer, dans son intitulé, le terme célébration par celui de commémoration. La réflexion sur le mot commémoration est désormais ouverte, car Danièle Sallenave n’en doute pas : « C'est certainement le mot commémoration qui pose problème, il y a une connotation proche de l'hommage, positive. Il est important que nous menions une vraie réflexion sur le mot et sur son usage ».

Maxime BAZILE

 

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