La clientèle s'élargit plus qu’espéré chez (Dé)boutonné-e-s, au point que la gérante, Adèle, envisage d’ouvrir une seconde boutique à Nancy. Mais Salomé regrette leurs difficultés à attirer tous les publics : « Très peu d’hommes hétéros viennent pour leur propre plaisir. L’offre de jouets est moins importante que pour les personnes à vulve et clitoris. Mais il y a surtout un tabou encore plus grand que chez les femmes autour de la sexualité et des jouets. »
Salomé ne la célèbre pas personnellement, mais observe des demandes plus diversifiées qu’auparavant, « même si les dildos restent une valeur sûre ». Elle détaille une impressionnante collection de couleurs et tailles sur les étagères. « Ceux en bois ont du succès, et parmi ceux en silicone liquide, le fluo est sold-out. De plus en plus de personnes se tournent aussi vers le verre. » Elle s’étonne de certains succès : « On vend beaucoup de strings et slips en bonbons. J’imagine que c’est pour rire… ».
Près des deux tiers des acheteurs français (61 %) achètent leurs sextoys sur internet. Comme Marine, 21 ans, qui habite pourtant à cinq mètres de la boutique. Elle avoue « ne pas oser y entrer ». Laetitia, quadragénaire mariée depuis « un petit bout de temps », vend des ustensiles de coiffure en face du love store. Elle pense recevoir un bouquet, mais envisage de traverser la rue pour « pimenter sa relation ». Laetitia trouvera peut-être au fond de la boutique un petit godemichet en forme de rose. Fleur ou sextoy, pourquoi choisir ?
Grégoire Cherubini
Édité par Camille Lowagie et Camille Bluteau
C’est comme un bouquet de fleurs : quelques roses, des violettes et lilas… De toutes les couleurs et de toutes les tailles. À quelques jours de la Saint-Valentin, les étagères du love store strasbourgeois (Dé)boutonné-e-s sont pleines de sextoys.
Sûrement sensibles à la météo humide, ils poussent tels des champignons aux quatre coins de la boutique. « On est débordées ! Je ne pensais pas qu’autant de monde fêtait la Saint-Valentin », s’étonne Salomé, vendeuse de la boutique depuis l’ouverture en septembre 2020. Elle ouvre des dizaines de cartons remplis de jouets et de livres. Et en prépare des dizaines avec des commandes à distance.
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Pour sa deuxième Saint-Valentin, la boutique s'attend à une journée record samedi : « En temps normal, on vend pour 1 100 euros lors d’une bonne journée. Samedi dernier, à J-10, c’était environ 3 000 euros ! » La vendeuse de 24 ans voit défiler « beaucoup de jeunes, parfois des couples, certains disent être queer. Mais aussi des personnes plus âgées. » Certains demandent conseil pour offrir et casser la routine. Elle pense que la plupart « ne se posent pas la question de la dimension strictement commerciale de cette fête ».
Cet intérêt croissant pour les sextoys s’inscrit dans une dynamique plus générale de démocratisation du plaisir et de la sexualité. Selon l’Ifop, 49% des Français, hommes comme femmes, ont déjà essayé des sextoys en 2017. Ce nombre plafonnait à 16% en 2009. Le marché mondial, qui pesait déjà 25 milliards de dollars en 2018, ne cesse de croître selon l’institut Kantar.
À trois jours de la fête des amoureux, le love store Les (Dé)boutonné•e•s, rue du Marché, voit ses ventes augmenter et la demande se diversifier.
Voilà presque un an que les riverains du quartier Neudorf-Musau contestent un projet de construction local. Mais le remplacement d’un espace public par des bureaux privés est presque acté.
Des paniers de basket qui tombent en lambeaux, un ballon de foot abandonné, des bouteilles en plastique répandues sur les bords du terrain. Dans le nord du quartier du Neudorf, un terrain multisports a triste mine. Accrochés aux portails de quelques maisons environnantes, des flyers du collectif Sauvons le 92AV. du Rhin alertent : un permis de construire est en attente pour remplacer cet espace public par des bureaux privés.
Depuis l’annonce de la vente du terrain en mars 2021, Delphine Bernard, membre du collectif, tente de mobiliser les habitants du quartier Neudorf-Musau pour empêcher la construction de ce projet immobilier. Mais elle estime que le sort du terrain de jeux situé Avenue du Rhin est déjà scellé. « Je pense que rien ne l’aurait arrêté. La municipalité nous a bien fait comprendre qu’il n’y aurait pas de marche arrière. »
Depuis 2018, l’Eurométropole de Strasbourg poursuit l’élaboration d’un bâtiment privé sur le site qui accueillera 5000m2 de bureaux. Mais selon Delphine Bernard, aucune consultation avec les riverains n’a été faite avant la vente de la parcelle. Actuellement, les jeunes, les familles et les écoles du secteur profitent de cet espace accessible à tous pour jouer au foot, au basket et pour apprendre à faire du vélo. « C’est dommage, je pense que cet espace est réellement nécessaire pour le bien-être des habitants du quartier, déplore Delphine Bernard. Il y a très peu d'endroits au Neudorf comme celui-ci où on peut respirer et se divertir. C’est un terrain où tout le monde pouvait cohabiter. »
Un enjeu logistique et écologique
En plus d’encombrer davantage ce quartier de Strasbourg, l’arrivée d’un immeuble aussi vaste pourrait rendre plus difficile la circulation et le stationnement. Ce n’est pas que le terrain de jeux qui serait perdu mais aussi un parking gratuit d’une grande utilité pour les riverains. M. Kerle habite juste derrière l’espace en question, et se montre accablé par cette décision. « C’est une bêtise. On doit se bagarrer le soir pour trouver une place de parking et là on nous demande de payer pour aller dans un parking privé. » En effet, un parking souterrain de 59 places sera inclus dans la structure prévue par la municipalité mais son accessibilité au public n’est pas encore avérée. Le promoteur Lazard chargé du projet anticipe deux ans de travaux, risquant d’aggraver le problème de rues « déjà bouchonnées le matin », selon Delphine Bernard.
Dans son rapport du conseil municipal lors de la vente des terrains au 92 avenue du Rhin, la Ville de Strasbourg inscrit ce projet dans sa démarche d’ÉcoCités, des bâtiments exemplaires en termes de développement durable. Lazard Promotion vante l’innovation du bâtiment qu’ils appellent « le Cube », qui utilisera au maximum du bois dans sa structure au lieu du béton. Selon Delphine Bernard, pendant les réunions publiques auxquelles elle a pu assister, la municipalité a souvent argumenté que le placement du terrain multisports est dangereux, par sa proximité avec l’avenue du Rhin et la pollution qu’elle dégage. Un raisonnement qu’elle trouve incohérent : la circulation d’encore plus de personnes venant travailler dans le nouveau bâtiment augmentera certainement la pollution sur l’avenue du Rhin.
Emilio Cruzalegui
Édité par Séverine Floch